Le jour se lève sur le Capitol, à Washington, lundi.

Espoir d’un compromis budgétaire aux États-Unis

WASHINGTON - Des centaines de milliers d’employés sont restés chez eux lundi matin, démocrates et républicains s’étant montrés incapables durant le week-end d’adopter un compromis budgétaire permettant de financer l’État fédéral.

Malgré des tractations incessantes, les sénateurs des deux bords n’ont pas pu surmonter leurs différends et permettre aux employés fédéraux de se rendre au travail lundi.

Le métro et les principales autoroutes menant à la capitale fédérale étaient moins fréquentés que d’habitude.

Le vote qui pourrait éventuellement mettre fin au «shutdown --entré en vigueur samedi à 00H00-- et qui était initialement prévu dans la nuit de dimanche, a été reporté à lundi midi (17H00 GMT).

La pierre d’achoppement reste la question de l’immigration. Les démocrates, minoritaires dans les deux chambres, mais indispensables à la majorité républicaine pour adopter un budget même temporaire, veulent des engagements sur le sort de centaines de milliers de clandestins arrivés jeunes aux États-Unis, les «Dreamers», avant tout accord.

Les calculs politiques ne sont pas absents des postures en apparence inflexibles des deux partis, chacun espérant tirer avantage de la situation lors des élections législatives de mi-novembre en rejetant la faute du blocage sur l’autre.

Un compromis évoqué par les républicains consisterait à voter un budget temporaire jusqu’au 8 février en s’engageant à aborder la question de l’immigration dans les plus brefs délais.

Donald Trump est resté inhabituellement discret depuis le début du week-end et n’avait pas réagi lundi matin à la perspective d’un nouveau vote, préférant laisser sa porte-parole Sarah Sanders attaquer les démocrates.

«L’objectif du président c’est que le gouvernement rouvre ses portes. C’est scandaleux que les démocrates tiennent en otage notre sécurité nationale», a lancé Mme Sanders sur la chaîne ABC lundi.

Dès l’entrée en vigueur du «shutdown» la Maison-Blanche avait affirmé qu’il ne serait pas question de négocier sur l’immigration tant qu’un budget temporaire n’aurait pas été voté.

Le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer s’est moqué de ses adversaires dimanche soir, leur rappelant que c’est la première fois qu’un «shutdown» intervient alors que la Maison-Blanche, la Chambre des représentants et le Sénat sont aux mains d’un même parti.

«Il n’arrivent même pas à se mettre d’accord avec leur président!» a-t-il lancé, dénonçant un «Trump shutdown» qui aurait pu selon lui être évité si le président n’avait pas changé d’avis au milieu du guet.

La Statue de la Liberté résiste

Si les administrations jugées essentielles --en particulier celles chargées de la sécurité du pays-- vont continuer à fonctionner, de nombreuses autres ont demandé à leurs employés de rester chez eux lundi.

Autre effet collatéral possible de cette paralysie budgétaire: la Maison-Blanche a reconnu que l’incertitude pesait désormais sur la participation de Donald Trump au Forum économique de Davos (Suisse), en milieu de semaine.

Seule certitude au milieu de la cacophonie: la Statue de la Liberté, fermée aux touristes depuis samedi matin, rouvrira lundi.

L’État de New York paiera de sa poche les employés fédéraux nécessaires à la réouverture de ce monument emblématique d’une Amérique ouverte aux migrants.

La statue est importante pour l’économie, mais «elle est plus que ça», a souligné dimanche le gouverneur démocrate de New York Andrew Cuomo. «C’est un symbole de New York et de nos valeurs (...) Son message n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui.»

Dans ce contexte, Donald Trump a évoqué dimanche dans un tweet un hypothétique changement des règles du vote au Sénat.

Cette hypothèse est connue à Washington sous le nom d’»option nucléaire» tant elle marquerait une rupture radicale dans le fonctionnement de cette institution censée contrebalancer les excès partisans de la tumultueuse Chambre des représentants.

Le règlement intérieur du Sénat, qui est composé de 100 élus, stipule que pour chaque motion, comme la programmation d’un vote, tout sénateur a le droit d’objecter. Cette objection ne peut être surmontée que par un vote des trois cinquièmes du Sénat. En pratique, donc, il faut 60 sénateurs sur 100 pour faire quoi que ce soit.

Mais franchir le Rubicon et prendre la décision unilatérale d’abaisser la barre de 60 à 51 voix transformerait en profondeur le fonctionnement du Congrès et une majorité de sénateurs est vent debout contre une telle initiative.

Le dernier «shutdown» remonte à 2013, sous l’administration du président démocrate Barack Obama. Il avait duré 16 jours.