Depuis samedi, les feux de forêt qui ravagent la Californie ont fait une quinzaine de morts et forcé l’évacuation de 20 000 personnes, selon le plus récent bilan.

Éric Gagné joue les sauveurs en Californie

(Trois-Rivières) En carrière dans le baseball majeur, le lanceur Éric Gagné a cumulé 187 sauvetages dans quatre uniformes, dont celui des Dodgers de Los Angeles. Le releveur s’est de nouveau transformé en sauveur dimanche soir alors qu’il a permis d’éviter le pire pour plusieurs personnes prises dans l’enfer des feux de forêt en Californie.
Éric Gagné a possiblement sauvé la vie de plusieurs personnes dimanche soir alors qu’il était pris dans l’enfer des feux de forêt en Californie.

Gagné était en visite dans la région de Sonoma, située au nord de San Francisco, afin de participer à un tournoi de golf pour la cause des enfants malades organisé par l’ancien footballeur Ronnie Lott. Plusieurs autres célébrités sportives, dont Barry Bonds, Bret Saberhagen, Baron Davis et Joe Carter, ont aussi participé à l’événement.

Or, en soirée, les participants ont réalisé que quelque chose clochait lorsque l’hôtel dans lequel ils logeaient a été privé d’électricité.

«Les cellulaires ne marchaient pas. On a reçu un téléphone à la chambre pour nous dire d’évacuer le plus vite possible. Je me disais que c’était une blague faite par un des athlètes. J’ai demandé au lobby si c’était vrai et ils nous ont dit de ne pas prendre de chance et d’évacuer. En sortant, il n’y avait pas de feu, mais beaucoup de lumière parce qu’on ne voyait pas de l’autre côté de la montagne. Soudainement, le vent s’est levé et on a vu les flammes arriver. Le ciel était orange», raconte Gagné.

L’hôtel en question a finalement été réduit en cendres. Depuis samedi, les feux de forêt qui ravagent la Californie ont fait une quinzaine de morts et forcé l’évacuation de 20 000 personnes, selon le plus récent bilan. Afin d’éviter le pire, Gagné et les autres participants ont été transportés dans un deuxième hôtel. Mais le Québécois était incapable de dormir.

«Il y avait beaucoup de vent et de la cendre dans l’air. J’ai ouvert la porte au cas où on entendrait une sirène. Ça sentait la fumée. Je suis monté au deuxième étage et c’est là que j’ai réalisé que le feu était rendu en avant de l’hôtel. Il faisait chaud, je n’arrivais plus à respirer. Le vent tournait donc on ne savait pas quelle direction le feu allait prendre. Toute la montagne était orange, il fallait partir.»

Gagné s’est alors précipité dans les corridors de l’hôtel et a frappé avec vigueur dans toutes les portes afin d’avertir les gens du danger qui approchait. Il a réveillé plusieurs célébrités, mais aussi des inconnus. Selon le San Francisco Chronicle, tous auraient survécu, certains subissant quelques brûlures.

«Je ne sais pas si j’ai sauvé la vie de gens, mais je sais que si on était resté à l’hôtel, on ne sait pas ce qui serait arrivé. En plus, il y avait une station d’essence juste à côté. Si le feu prenait, ça allait exploser», raconte Gagné qui cherchait toujours à savoir mardi si l’immeuble avait été détruit.


Je suis monté au deuxième étage et c’est là que j’ai réalisé que le feu était rendu en avant de l’hôtel. Il faisait chaud, je n’arrivais plus à respirer. (....) Toute la montagne était orange, il fallait partir.
Éric Gagné

La fuite

Une fois hors de l’hôtel, Gagné et sa conjointe étaient loin d’être sortis d’affaire, eux qui n’avaient pas de véhicule. Le lanceur a pris le volant de la voiture d’une des employées du tournoi de golf et s’est engouffré sur la route afin de fuir l’enfer.

«On était six dans l’auto. Les vitres cassaient autour de nous et le feu était partout. Sur la route, il fallait rouler à travers les flammes. Certaines personnes ralentissaient, leurs pneus fondaient et elles restaient prises. Je ne savais pas où on s’en allait et on ne voyait que deux ou trois pieds devant. C’était le chaos total.»

Évitant les flammes qui traversaient même les autoroutes de six voies, Gagné a finalement atteint San Francisco vers 4 h le matin. À travers cette fuite, le lanceur retraité a même utilisé son bagage acquis au fil de sa carrière à côtoyer des joueurs d’origine hispanique pour possiblement sauver plusieurs vies.

«Nous avons croisé une famille mexicaine qui ne parlait pas anglais. J’ai essayé de les diriger, c’était plus compliqué, mais on a fini par se comprendre. Je leur ai indiqué le chemin où il n’y avait pas de flammes, mais quand nous sommes arrivés, le feu était tout autour. Je n’ai pas pensé que j’allais mourir brûlé parce que ça va tellement vite. Je me passais tous les scénarios dans la tête.»

Un poste avec les Dodgers?

Gagné est de retour à son domicile situé en banlieue de Phoenix en Arizona, là où «il n’y a pas de risque de feu parce qu’il n’y a pas de végétation!» 

L’avenir pourrait toutefois lui demander de retourner en Californie de manière plus permanente. Après avoir tenté un retour au jeu la saison dernière, le gagnant du trophée Cy-Young est prêt à amorcer son après-carrière à titre d’entraîneur, ce qui pourrait se faire chez les Dodgers. «J’ai postulé pour un rôle et j’ai passé une entrevue. Je ne sais pas encore dans quel poste je pourrais me retrouver, ça pourrait être un rôle comme assistant au directeur général ou avec les releveurs. Mais je suis prêt à commencer ma carrière d’entraîneur.»