La mort de Jeffrey Epstein a été confirmée comme un suicide par pendaison par la médecin légiste en chef de New York le 16 août.

Epstein aurait pu être arrêté il y a plus de 20 ans, soutient une femme

SANTA MONICA — Il y a plus de 20 ans, en 1997, une femme déposait en Californie l'une des plus anciennes plaintes pour crimes sexuels portées contre Jeffrey Epstein : elle soutenait à l'époque que l'influent financier l'avait touchée de façon inappropriée pendant ce qui devait être une entrevue de mannequin pour le catalogue «Victoria's Secret».

Alicia Arden soutient qu'elle n'a jamais eu de nouvelles des enquêteurs par la suite — et aucune accusation n'a jamais été portée non plus dans cette affaire. Aujourd'hui, elle estime que cela aurait pu empêcher Jeffrey Epstein d'agresser sexuellement des dizaines d'adolescentes et de jeunes femmes par la suite.

Un épais mystère plane toujours sur la vie des «amis» riches et célèbres qui ont gravité autour de Jeffrey Epstein, mais aussi sur ses contacts précoces avec la justice. Lorsque la plainte déposée par Mme Arden en 1997 auprès de la police de Santa Monica a été révélée pour la première fois il y a plusieurs années, le service policier en a peu parlé et les avocats de M. Epstein ont seulement plaidé que la police avait écarté les allégations.

En réponse aux requêtes de l'Associated Press et à une demande d'accès à l'information, la police de Santa Monica a accepté la semaine dernière de résumer certaines parties des notes de l'enquêteur au dossier. Ce policier masculin a notamment écrit que Mme Arden ne voulait pas porter plainte contre M. Epstein : elle voulait seulement le mettre en garde sur son comportement — une affirmation qu'elle nie catégoriquement. Dans une déclaration ultérieure, la porte-parole de la police, la lieutenante Candice Cobarrubias, a refusé de fournir une preuve documentaire de cette affirmation.

Jointe cette semaine par l'AP, Mme Arden est catégorique: elle n'a en aucune manière indiqué à la police qu'elle ne voulait pas porter plainte. Elle était d'ailleurs outrée d'apprendre que la police soutenait le contraire.

«Le fait de ne rien faire et de me discréditer de la sorte, c'est comme un coup de poignard au coeur», a déclaré Mme Arden.

Alicia Arden estime que sa plainte déposée en 1997 aurait pu empêcher Jeffrey Epstein d’agresser sexuellement des dizaines d’adolescentes. Aucune accusation n’avait été portée dans cette affaire.

Une entrevue mannequin?

Au moment de sa rencontre avec M. Epstein, le 12 mai 1997, Mme Arden avait 27 ans et menait déjà une carrière — notamment dans les téléséries Alerte à Malibu et Red Shoe Diaries. Elle dit avoir envoyé des photos de son portfolio au bureau de M. Epstein à New York après avoir entendu un ami commun lui dire qu'il pourrait l'aider à figurer dans le catalogue de lingerie fine Victoria's Secret.

Jeffrey Epstein a ensuite demandé de la rencontrer, dans un hôtel en bord de mer, et il aurait aussitôt commencé à critiquer sa silhouette. Il lui aurait alors demandé de s'approcher de lui pour qu'il puisse l'évaluer, selon des récits qu'elle a donnés dans des entrevues à l'AP et dans sa plainte à la police.

Il lui a ensuite demandé de se déshabiller et il l'a aidée à retirer son haut et sa jupe, en disant: «Permettez-moi de vous malmener une seconde», alors qu'il commençait à lui prendre les fesses. Mme Arden soutient qu'elle a écarté ses mains et qu'elle est partie.

Détail qu'elle a raconté à l'AP et qui ne figurait pas dans sa plainte initiale : Jeffrey Epstein aurait spontanément tenté de lui donner 100 $, une offre qu'elle a d'abord refusée parce qu'elle avait l'impression qu'il la traitait comme une prostituée. Mais elle a finalement accepté l'argent parce qu'elle avait besoin d'acheter de l'essence.

Selon Mme Arden, l'enquêteur qui a pris sa plainte a noté au passage qu'elle s'était volontairement rendue dans la chambre de M. Epstein — bien qu'elle ait insisté sur le fait que son seul objectif était de travailler. Le policier lui aurait aussi suggéré de se demander si elle souhaitait vraiment porter plainte.

La porte-parole Cobarrubias soutient qu'il n'y a aucune trace de cela dans le rapport d'enquête.

***

UN TESTAMENT DEUX JOURS AVANT SA MORT

NEW YORK — Deux jours avant de se suicider, le financier Jeffrey Epstein a paraphé un testament confiant tous ses biens à un trust aux bénéficiaires inconnus, selon le New York Post citant des documents judiciaires.

Selon ces documents, enregistrés dans les îles Vierges américaines, Epstein a confié ses biens, chiffrés à quelque 577 millions $, à un «trust» dénommé le «Trust 1953», affirme le journal.

Une telle méthode est classique pour protéger la confidentialité des bénéficiaires, selon un avocat cité par le New York Post.

Aucun bénéficiaire n'est nommé dans le testament, qui identifie uniquement les personnes chargées de l'exécuter, a ajouté le journal.

Dans le testament, la vaste résidence du financier à Manhattan — où il aurait abusé de nombreuses jeunes filles y compris des mineures — est évaluée à près de 56 millions $; son ranch du Nouveau Mexique à 17 millions $; sa propriété parisienne, avenue Foch, à 8,6 millions $; et les deux îles qu'il possédait dans les îles Vierges — Little St James Island, surnommée par certains «Île de la pédophilie», et Great St James Island, rachetée récemment et où il prévoyait des travaux — à quelque 85 millions $ au total.

À ces biens immobiliers s'ajouteraient quelque 307 millions $ en actions et autres placements, 56 millions $ en liquidités, et 18,5 millions $ pour ses avions privés, bateaux et voitures, selon le journal.

Les documents déposés incluent aussi une copie du certificat de décès du financier, daté du 15 août, sans préciser sa cause.

La mort a été confirmée comme un suicide par pendaison par la médecin légiste en chef de New York le 16 août.

Ces informations surviennent alors que d'autres sources ont indiqué que le financier, retrouvé mort dans sa cellule le 10 août à l'aube, supportait de plus en plus mal sa détention à la prison fédérale de Manhattan.

Selon des sources citées par le New York Times, Jeffrey Epstein détestait tellement ses conditions de détention qu'il payait des avocats pour lui rendre visite, 12 heures d'affilée, et passer la journée dans une salle réservée aux visites.

Dans les jours précédant sa mort, Epstein ne se lavait plus que rarement, ne se rasait plus, et dormait à même le sol au lieu d'utiliser son lit, ont indiqué ces sources.

Le ministère américain de la Justice a annoncé le 10 août deux enquêtes sur sa mort, qui a scandalisé les États-Unis.

Avant même les conclusions de ces enquêtes, le directeur de la prison a déjà été muté et les deux personnes chargées de garder Epstein cette nuit-là aussi.  Agence France-Presse