Toronto et le lac Ontario

Dominé par Vienne, le palmarès des villes les plus agréables fait une belle place au Canada [PHOTOS]

VIENNE — Vienne se distingue pour la deuxième année consécutive comme la ville du monde la plus agréable à vivre, dans un classement publié mercredi, qui voit Paris rétrogradé à cause de l’impact du mouvement des gilets jaunes.

La capitale autrichienne confirme son avantage après avoir été la première ville européenne à s’emparer l’an dernier de la tête de ce classement annuel, réalisé par «Economist Intelligence Unit», la cellule de recherche et d’analyse affiliée à l’hebdomadaire anglais The Economist.

Ses infrastructures, la qualité de l’air, son offre culturelle, éducative et médicale frôlent la perfection, dans un contexte de stabilité enviable, analysent les auteurs.

Pour la deuxième année consécutive, la capitale autrichienne a obtenu un score de 99,1 points, devant deux villes australiennes, Melbourne (98,4), resté des années première du palmarès, et Sydney (98,1). Suivent ensuite Osaka (Japon), puis trois villes canadiennes, Calgary, Vancouver et Toronto. Tokyo (Japon), Copenhague (Danemark) et Adelaide (Australie) complètent le top 10.

Le rapport souligne que Paris perd six places (25e), en raison de l’impact du mouvement des gilets jaunes.

Chaque année, 140 agglomérations sont évaluées sur une échelle de 100 points selon une série d’indicateurs: niveau de vie, criminalité, réseaux de transports, accès à l’éducation et à la médecine, stabilité économique et politique.

Statue de Wolfgang Amadeus Mozart dans le jardin de Burg, à Vienne

Pour la première fois, l’indice intègre un paramètre tenant compte des effets du changement climatique sur la qualité de vie: à cet égard, New Delhi et le Caire sont sanctionnés en raison de «la mauvaise qualité de l’air, de températures moyennes rebutantes et d’un approvisionnement en eau insuffisant».

«Nous nous attendons à ce que les problèmes liés au changement climatique exercent une pression croissante sur le degré d’habitabilité» des villes, a déclaré Agathe Demarais de l’EIU.

Alors que plusieurs métropoles des pays émergents ont gagné des points ces dernières années, en raison de l’amélioration de la stabilité, du système éducatif et de soins, ces progrès sont «gravement menacés par un climat de plus en plus défavorable», a-t-elle ajouté.

Londres et New York (États-Unis), toujours aux prises avec la perception d’un risque important de criminalité et de terrorisme et des infrastructures surchargées, se classent respectivement aux 48e et 58e places.

En bas du classement, les cinq villes les moins accueillantes sont Damas, dernière, Lagos, Dhaka, Tripoli et Karachi.

Dans une autre étude publiée en mars 2019, le cabinet Mercer avait également placé Vienne en tête de son classement des villes offrant la meilleure qualité de vie dans le monde, ce pour la dixième année consécutive.

Lien vers le rapport: eiu.com/topic/liveability

Melbourne, en Australie

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LA RECETTE DU SUCCÈS VIENNOIS 

 Voici pourquoi il fait bon vivre dans la capitale autrichienne:

De l’eau, de l’air, du vert 

Cinq fois moins dense que Paris, Vienne compte 1,9 million d’habitants, soit moins qu’en 1900. Si la population augmente rapidement ces dernières années, les infrastructures urbaines restent parfaitement dimensionnées.

À quelques stations de métro de la cathédrale gothique classée à l’UNESCO, les Viennois peuvent aller piquer une tête dans le Danube ou marcher des heures dans la forêt. Près de la moitié de la ville est recouverte d’espaces verts.

Ils bénéficient d’un accès facile à la nature grâce à un réseau de transports fiable et très développé. Se déplacer en transports en commun ne coûte qu’un euro par jour grâce à une politique tarifaire qui a permis au nombre de cartes annuelles de transports de dépasser celui des voitures de la capitale.

De l’eau de source, non traitée, sort des robinets. Elle est acheminée directement depuis les Alpes.

La cathédrale Saint-Étienne, à Vienne

Ville «inclusive»

Des places d’accueil en nombre suffisant pour les sans-domiciles en hiver, des demandeurs d’asile hébergés par les pouvoirs publics, des familles nombreuses en capacité de se loger: la politique sociale de Vienne favorise la mixité et freine la gentrification. Le coût de la vie se situe dans la moyenne des villes occidentales, le taux de criminalité est au plus bas depuis près de vingt ans.

Quelque 60% des Viennois résident dans un appartement à loyer plafonné, la capitale autrichienne restant le premier bailleur municipal d’Europe.

Plus de 20 000 cours, ateliers et cursus de formation pour adultes sont dispensés dans les Volkshochschule (VHS, «Écoles populaires») de quartier, institution municipale remontant au 19e siècle.

Alors heureux?

Neuf Viennois sur dix sont «contents» voire «très contents» de vivre à Vienne selon la dernière enquête de satisfaction réalisée par la municipalité, publiée en juin.

Une Viennoise interrogée par l’AFPTV, Barbara Zburny, cite aussi le «mélange de cultures qui cohabitent pacifiquement» dans une ville «sans ghetto» qui compte plus de 180 nationalités.

Pourtant les Viennois traînent une réputation d’indécrottables râleurs. Les manuels à l’usage des nouveaux arrivants sont remplis de conseils ironiques sur la meilleure façon de se «plaindre comme les Viennois» qui disposent d’ailleurs pour cela d’un verbe spécifique en dialecte local, «Raunzen».

Quant aux expatriés, ils avaient classé la capitale au 65e rang sur 72 des capitales «les plus accueillantes», dans un classement de 2018 qui avait suscité la consternation des médias locaux. La barrière de la langue était notamment mise en avant dans cette étude.

Un manifeste politique 

Ville gérée par la gauche depuis plus d’un siècle, hormis la période austrofasciste de la Seconde guerre mondiale, Vienne est considérée comme le «bastion rouge» et multiculturel d’une Autriche rurale plutôt conservatrice.

Chaque classement international flatteur pour la capitale est donc mis en avant par la municipalité comme une reconnaissance de ses choix politiques et sociaux alors que la droite et l’extrême droite ambitionnent de prendre la forteresse social-démocrate aux municipales de 2020.

Le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, au pouvoir jusqu’en mai, s’est régulièrement vu reprocher par l’opposition de pratiquer le «Vienne-bashing», notamment en lien avec le niveau de dépenses sociales.

L’église Saint-Charles, à la place Karlsplatz, à Vienne