Une banderole géante a été déployée à flanc de montagne pour relayer le message du groupe d'extrême droite Génération identitaire.

Des militants d’extrême droite bloquent un passage de migrants en France

NÉVACHE — Une centaine de militants de Génération identitaire (GI, extrême droite) bloquaient samedi le col de l’Échelle, point de passage de migrants dans les Alpes françaises, pour «veiller à ce qu’aucun clandestin ne puisse rentrer en France».

Ce col est un «point stratégique de passage des clandestins» depuis l’Italie, a fait valoir à un correspondant de l’AFP un porte-parole de GI, Romain Espino, en dénonçant «un manque de courage des pouvoirs publics». «Avec un petit peu de volonté, on peut contrôler l’immigration et les frontières.»

Le groupe de militants, qui a demandé dans un communiqué «le blocage définitif du col de l’Échelle», est composé majoritairement de Français, mais compte aussi des Italiens, Hongrois, Danois, Autrichiens, Anglais et Allemands.

Après une ascension en raquettes sur la neige, ses membres ont matérialisé une «frontière symbolique» à l’aide de grillage en plastique de chantier. Ils prévoient de passer au minimum le week-end sur place et de «notifier» aux éventuels migrants «que la frontière et fermée et qu’ils doivent rentrer chez eux».

Les protestataires ont matérialisé une «frontière symbolique» à l'aide de grillage en plastique afin de «notifier» aux éventuels migrants «que la frontière et fermée et qu’ils doivent rentrer chez eux».

Une banderole géante a été déployée à flanc de montagne pour relayer ce message en anglais, en caractères blanc sur fond rouge. Si des migrants devaient quand même passer «nous appellerions la gendarmerie [...] La justice fera après son travail», a indiqué Romain Espino.

Deux hélicoptères affrétés par GI survolaient le site samedi en milieu de journée. Des drones devaient suivre, ainsi qu’un avion biplace dimanche.

«Ils vont pas trouver l’Eldorado»

Il s’agit d’«expliquer aux migrants éventuels que ce qui n’est pas humain, c’est de faire croire à ces gens qui traversent la Méditerranée ou les Alpes enneigées que ces parcours ne présentent aucun risque. C’est faux», a déclaré M.Espino.

«Ils ne vont pas trouver l’Eldorado, c’est immoral. Ceux qui en payent les frais, ce sont les Français», a-t-il ajouté.

Selon la préfecture des Hautes-Alpes, l’opération s’est «jusqu’à présent déroulée dans le calme» et une «partie» des militants avaient «déjà quitté le site» en début de soirée.

«La préfecture et les forces de l’ordre continuent de suivre avec attention et vigilance la poursuite de cette opération, afin de prévenir tout trouble à l’ordre public et de garantir le respect du droit», souligne-t-elle dans un communiqué.

Sur place, aucune force de l’ordre n’était visible samedi après-midi.

Culminant à 1762 mètres, le col de l’Échelle est situé à six kilomètres de la frontière avec l’Italie.

Depuis un an, le département des Hautes-Alpes, où se trouve ce col, connaît une augmentation exponentielle de migrants, essentiellement d’Afrique de l’Ouest. Selon les autorités françaises, 315 personnes en situation irrégulière ont été refoulées vers l’Italie en 2016 et 1900 en 2017.

La pression migratoire reste «forte» à la frontière franco-italienne dans son ensemble, a indiqué vendredi le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, rappelant que 50 000 non-admissions avaient été prononcées en 2017.

«Nous avons décidé de renouveler les contrôles aux frontières pour six mois», a-t-il ajouté lors des débats parlementaires sur le projet de loi «asile-immigration», texte très controversé accusé de laxisme par la droite et d’être «inhumain» par la gauche.

Fondé en 2012, Génération identitaire (GI) avait affrété en juillet 2017 le navire C-Star dans le cadre de sa campagne «Defend Europe» en Méditerranée, pour dissuader les ONG de secourir les migrants en mer. Arrivé le 5 août au large de la Libye, le bateau était reparti le 17 août.

Le mouvement privilégie des actions au fort retentissement médiatique, comme la fabrication d’un mur devant un futur centre d’accueil pour demandeurs d’asile à Montpellier en septembre 2016 ou encore, à l’hiver 2013, des maraudes pour venir en aide aux sans-abris, destinées uniquement aux «Français de souche».

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VIRULENT MANIFESTE «CONTRE LE NOUVEL ANTISÉMITISME»

Trois cents personnalités ont signé un manifeste «contre le nouvel antisémitisme» en France marqué par la «radicalisation islamiste», en dénonçant un «silence médiatique» et une «épuration ethnique à bas bruit» dans certains quartiers, dans le quotidien Le Parisien à paraître dimanche.

«Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu'est l'antisémitisme devienne cause nationale avant qu'il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France», lit-on dans ce texte signé par des personnalités politiques de droite comme de gauche (l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy, le chef de la droite Laurent Wauquiez, l'ex-premier ministre socialiste Manuel Valls, l'ancien maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë...), des artistes (le chanteur Charles Aznavour, l'acteur Gérard Depardieu...), des intellectuels, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques.

«Dans notre histoire récente, 11 Juifs viennent d'être assassinés — et certains torturés — parce que Juifs par des islamistes radicaux», écrivent-ils, en référence à l'assassinat du jeune Ilan Halimi en 2006, la tuerie dans une école juive de Toulouse (sud) en 2012, de l'attaque du magasin Hyper Cacher à Paris en 2015, de la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et, récemment, du meurtre d'une octogénaire juive dans la capitale, Mireille Knoll.

Cette dernière a été retrouvée morte le 23 mars dans son appartement, le corps lardé de coups de couteau et en partie carbonisé. Plusieurs milliers de personnes ont participé à «une marche blanche» contre l'antisémitisme après ce meurtre, pour lequel le parquet de Paris a retenu le caractère antisémite.

«Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d'être agressés que leurs concitoyens musulmans», lit-on dans ce manifeste.

Plus en sécurité

«Dix pour cent des citoyens juifs d'Île de France — c'est-à-dire environ 50 000 personnes — ont récemment été contraints de déménager parce qu'ils n'étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l'école de la République. Il s'agit d'une épuration ethnique à bas bruit au pays d'Emile Zola et de Clemenceau», accusent les signataires.

La «terreur» d'un antisémitisme meurtrier «se répand provocant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre», estiment-ils.

Le manifeste relève que «la radicalisation islamiste — et l'antisémitisme qu'elle véhicule — est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l'expression d'une révolte sociale».

En outre, «au vieil antisémitisme de l'extrême droite s'ajoute l'antisémitisme d'une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l'antisionisme l'alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société», assène le texte.

Ciblant principalement ce «nouvel antisémitisme» qui sévit dans les quartiers populaires sous l'effet d'un islam identitaire voire radical, les signataires demandant «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l'antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu'aucun croyant ne puisse s'appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime».

Les actes antisémites ont été pointés en repli en 2017 (-7 %) pour la troisième année consécutive, selon les données du ministère de l'Intérieur. Mais cette baisse globale masque l'augmentation des faits les plus graves (+26 % des violences, incendies, dégradations, tentatives d'homicide...). La communauté juive, qui représente environ 0,7 % de la population, est la cible d'un tiers des faits de haine recensés.

Dans son dernier rapport, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) notait une «persistance des préjugés antisémites traditionnels liant les juifs à l'argent, au pouvoir et leur reprochant leur communautarisme».