Un Américain d'origine cubaine demandera devant la justice des États-Unis une réclamation concernant l'aéroport de La Havane. L'homme se présente comme l'unique héritier de cet aéroport confisqué par le régime castriste.

Des Cubains spoliés en 1959 s'apprêtent à saisir la justice américaine

MIAMI — José Ramon Lopez Regueiro, Américain d'origine cubaine, trépigne d'impatience : à partir de jeudi, il pourra - enfin - demander devant la justice des États-Unis réparation pour les biens confisqués à sa famille par la révolution de Fidel Castro en 1959.

«Je suis très optimiste sur le fait que justice sera rendue au bout du compte, ça fait 60 ans que j'attends ce moment», a confié à l'AFP celui qui se présente comme l'unique héritier de l'aéroport de La Havane et qui vit à Miami.

Il avait 6 ans quand son père a fui Cuba alors que les révolutionnaires renversaient son ami proche, le dictateur Fulgencio Batista.

Ses biens, comme ceux de nombreux riches Cubains, ont été confisqués par le régime castriste. Il était, entre autres, actionnaire majoritaire de l'aéroport Rancho Boyeros de La Havane, de la compagnie aérienne Cubana de Aviacion, de quatre hôtels et d'un journal.

Avec la récente décision de l'administration de Donald Trump d'activer le chapitre III de la loi Helms-Burton (adoptée en 1996) après une suspension de plus de deux décennies pour raisons diplomatiques, les Américains d'origine cubaine disposent à compter de jeudi d'une voie légale pour demander compensation aux États-Unis.

La justice américaine peut être saisie de demandes visant l'État cubain, mais aussi des entreprises privées considérées comme bénéficiant du «vol» de ces biens.

«Je vais déposer en premier la réclamation concernant l'aéroport de La Havane et Cubana de Aviacion», a indiqué M. Lopez Regueiro, 65 ans. Selon lui, le terminal valait 24 millions de dollars en 1958.

Il compte cibler «tous ceux qui utilisent» cet aéroport, comme les compagnies American Airlines, Aeromexico, Air Canada, Air France et Iberia.

Centaines de recours

Plusieurs centaines de recours pourraient être déposés aux États-Unis contre quiconque est accusé par des ayants-droit d'avoir tiré profit des nationalisations.

Autre plaignant attendu dès jeudi : Javier Garcia Bengochea, qui devrait s'attaquer au numéro un mondial des croisières Carnival pour son utilisation d'un terminal portuaire confisqué.

Son avocat Nick Gutierrez a affirmé sur la radio-télévision Marti —qui émet depuis Miami vers Cuba— que le port de Santiago de Cuba appartenait à la famille de son client.

«Nous continuons à offrir à nos clients notre programme normal de croisières à Cuba», a indiqué à l'AFP Roger Frizzell, porte-parole de Carnival, face à la menace de plainte.

L'ancien président américain Barack Obama avait engagé un réchauffement des relations avec Cuba en 2014, mais son successeur républicain a fait marche arrière, rétablissant notamment des sanctions contre ce qu'il a appelé la «troïka de la tyrannie», formée de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela.

Dans ce contexte, l'activation du chapitre III de la loi Helms-Burton vise à affaiblir le régime cubain, considéré par Washington comme le marionnettiste des présidents Nicolas Maduro à Caracas et Daniel Ortega à Managua.

Une méthode qui devrait être efficace, estime l'avocat Marcell Felipe, président de l'ONG Inspire America, qui conseille à Miami des cabinets d'avocats sur la loi de 1996.

«En plus du droit fondamental qu'est celui de la propriété privée et de promouvoir un État de droit, il s'agit aussi d'un arsenal considérable pour soustraire aux familles des généraux (cubains) l'argent frais des investisseurs», a expliqué M. Felipe.

«Complication importante»

L'Union européenne, principal partenaire commercial de l'île depuis 2017, et le Canada ont promis de protéger les intérêts de leurs entreprises.

Mais sans même présager de l'issue de chaque plainte, ni de l'exécution des éventuels jugements, la simple perspective de poursuites représente une «complication importante pour Cuba», a relevé l'avocat Jason Poblete, expert en matière de sanctions internationales.

Selon lui, les investisseurs potentiels ayant des intérêts aux États-Unis vont désormais réfléchir à deux fois avant de réaliser une transaction à Cuba impliquant une propriété confisquée. Un avis partagé par d'autres observateurs.

«Le spectre du risque politique a toujours existé. Mais désormais ce spectre s'est un peu concrétisé et il ne s'agit plus uniquement d'un risque politique, mais aussi potentiellement juridique», a poursuivi M. Poblete.

Donald Trump a accru encore davantage la pression sur La Havane mardi en menaçant d'instaurer un embargo «total» sur l'île si elle continuait de soutenir le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, tandis que des soldats se soulevaient contre lui.