Le président élu du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador a réitéré qu'il ne voulait pas de la protection des services de sécurité de la présidence. Il compte les faire réintégrer l'armée, en plus de vendre les avions gouvernementaux pour voyager à bord de vols commerciaux, comme il en a l'habitude, en classe économique.

Des caméras et non des gardes du corps pour le président élu du Mexique

MÉXICO — Le président élu du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, s'est rendu à l'une des plus importantes rencontres de sa vie, mardi, à bord d'une voiture compacte aux fenêtres baissées, en l'absence apparente d'agents de sécurité, établissant ainsi un nouveau style de leadership qui soulève certaines inquiétudes dans ce pays gangréné par la violence.

En route vers le Palais national, au cœur de Mexico, M. Lopez Obrador était flanqué de caméramans à motocyclette au lieu d'une escorte policière.

«Le peuple me protégera», a-t-il répondu aux journalistes qui l'interrogeaient sur sa sécurité.

Le politicien de gauche a rendu visite au président sortant, Enrique Peña Nieto, pour discuter de la transition en vue de son entrée en poste le 1er décembre. Après une campagne électorale plutôt houleuse, les deux hommes espèrent assurer une passation des pouvoirs ordonnée.

M. Lopez Obrador a rapidement appelé à l'unité et a applaudi M. Peña Nieto pour ne pas s'être ingéré dans la campagne.

Il a également salué le travail de l'équipe du président sortant à la table de renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

«J'ai l'impression qu'ils n'ont pas fait un mauvais travail», a-t-il soutenu, même s'il souhaite que sa propre équipe prenne elle aussi part aux prochaines discussions.

M. Lopez Obrador, aussi connu sous ses initiales AMLO, s'est montré critique de ce traité de libre-échange par le passé, réclamant notamment que l'entente touche à des enjeux tels que l'immigration.

Rencontres de haut niveau

Selon le ministère mexicain des Affaires étrangères, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo se rendra au Mexique pour s'entretenir avec le président élu le 13 juillet - une première rencontre de haut niveau pour M. Lopez Obrador, qui se défend depuis longtemps d'être antiaméricain.

Depuis sa victoire de dimanche, avec près de 53 % des voix, AMLO dit s'être déjà entretenu avec quelques hommes d'affaires et se préparer à inviter des personnalités internationales comme le pape François et des militants pour les droits de la personne afin de trouver des solutions à la flambée de violence qui afflige le Mexique.

Ces crimes violents sont venus à l'esprit de bien des téléspectateurs, mardi, lors de la diffusion d'images de leur nouveau président élu se faufilant à travers le trafic infernal de la capitale dans le siège avant d'une voiture vieille d'au moins cinq ans.

Le politicien de 64 ans a réitéré qu'il ne voulait pas de la protection des services de sécurité de la présidence. Il compte les faire réintégrer l'armée, en plus de vendre les avions gouvernementaux pour voyager à bord de vols commerciaux, comme il en a l'habitude, en classe économique.

«Celui qui se bat pour la justice n'a rien à craindre, a-t-il lancé. Je ne veux pas avoir de gardes du corps.»

Jose Antonio Crespo, un analyste du Centre d'enquête et d'enseignement économiques de Mexico, juge cette décision «absolument irresponsable».

«C'est un peu démagogique de dire : “Je suis comme n'importe qui, je n'ai aucun privilège” quand il n'est pas un citoyen ordinaire, mais bien un chef d'État, fait-il valoir. C'est l'une des choses que je qualifierais de populistes chez lui.»

«Une bonne partie de la stabilité et de la loi et l'ordre dans le pays dépendent de sa sécurité et de sa santé», souligne M. Crespo.

Un total de 145 politiciens - pour la plupart au niveau local - ont été tués au Mexique depuis septembre.