Les jeunes réfugiés palestiniens de la classe de Mme Issa ont reçu leurs livres d’école. Les coupes américaines au budget de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens ont créé un déficit de plus de 200 M$ dans les coffres de l’organisation.

Dernière rentrée pour de jeunes Palestiniens?

BEYROUTH — Ce début septembre, la rentrée a tout du rituel dans cette école de l’Unrwa au Liban : un à un, des adolescents Palestiniens se voient remettre leurs livres scolaires. Mais avec la fin des financements américains, rien n’indique qu’il ne s’agira pas de la dernière.

Au total, avec la décision américaine, ce sont plus d’un demi-million d’écoliers qui risquent dès la fin du mois de rester à la maison, dans tous les pays du Moyen-Orient où l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) est engagée.

Les États-Unis, plus grands contributeurs au budget de l’organisation, ont annoncé vendredi qu’ils cessaient leur financement, accusant l’Unrwa de mener des activités «irrémédiablement biaisées».

Mais l’école de Haïfa a malgré tout ouvert ses portes lundi, dans la banlieue pauvre de Beyrouth. Devant une classe de quatrième année, Maissoune Issa, enseignante d’anglais, distribue les livres de maths, de géographie, de chimie, certains neufs, mais pour la plupart usagés.

Sous la chaleur écrasante, brassée par des ventilateurs, garçons et filles récupèrent leurs manuels. Les murs de la classe sont couverts de graffitis : «Neymar» -du nom du célèbre joueur de foot-, ou encore «Palastine», avec une faute d’orthographe.

Les pupitres en bois, parfois rongés, sont couverts d’inscriptions au correcteur, ou de sillons profonds creusés au stylo et à la règle.

Avenir des enfants

Rien qu’au Liban, 66 écoles pourraient fermer fin septembre, privant d’éducation quelque 38 000 Palestiniens, selon l’Unrwa.

Confrontée depuis plusieurs mois à des difficultés économiques, l’Unrwa réclame quelque 217 millions de dollars pour poursuivre tous ses services jusqu’en décembre, dans tous les pays. «C’est un complot contre l’avenir de nos enfants», lâche Ramadan Ibrahim, originaire du camp palestinien de Yarmouk, en Syrie, et installé avec sa femme et ses fils depuis six ans au Liban pour fuir la guerre.

Seul son plus jeune fils, Abdel Rahmane, adolescent de 14 ans, est à l’école.

Les trois autres ont abandonné les cours pour prendre de petits boulots et subvenir aux besoins de la famille. L’aîné a trouvé refuge en Allemagne.

«Ce serait bien d’avoir au moins une personne éduquée dans la famille», dit le papa de 53 ans, moustache grisonnante et crâne dégarni. «On essaye, avec le travail de ses frères, qu’Abdel Rahmane continue», lâche-t-il.

«Où vont aller nos enfants : travailler dans des cafés?» se lamente-t-il.

Craintes

«Nous avons 27 cliniques qui servent plus de 160 000 personnes, et 61 000 réfugiés vivant sous le seuil de pauvreté», énumère le chef de l’Unrwa au Liban, Claudio Cordone. «Il n’y a pas d’alternative aux services que nous apportons à ces gens», met-il en garde.

Mme Issa, la professeure d’anglais, reconnaît que la situation est difficile. «Il y a une classe où le plafond est tombé», souligne l’enseignante de 52 ans.

Sa famille est originaire de Haïfa, ville aujourd’hui en territoire israélien, mais elle est née au Liban et enseigne l’anglais pour l’Unrwa depuis 2003. Pour elle, les récentes annonces de Washington sont préoccupantes.

«On a tous des familles qui dépendent de nous, cela suscite de l’inquiétude chez les employés», déclare la quinquagénaire, qui a à sa charge sa mère et un neveu orphelin. «Tout à coup, il y a des élèves qui vont se retrouver sans écoles», craint-elle.

Fatmé Hamid a peur pour l’avenir de ses filles Rana, 14 ans, et Rawane, 10 ans. Cette mère au foyer qui a grandi en Libye avant d’arriver au Liban à l’âge de 13 ans, n’a jamais fini ses études.

Elle n’imagine pas ses enfants connaître le même sort. «C’est une grande catastrophe», lâche la jeune trentenaire, endimanchée afin d’assister à la cérémonie organisée par l’Unrwa pour célébrer la rentrée scolaire.

Pour l’occasion, la petite Rawane a revêtu une jupe blanche et un haut à carreaux aux manches bouffantes. Un élégant chapeau coiffe ses cheveux noirs ondulés.

«On a peur. Tout le monde connaît la situation des Palestiniens», confie la maman. «Si les écoles ferment, nos enfants n’auront pas d’avenir, ils finiront dans la rue».