De juin 2018 à mai 2019, le général Colin Keiver a commandé la Force opérationnelle interarmées en Irak impliquée dans la lutte armée contre Daech au Moyen-Orient.

Daech a été battue, mais son idéologie demeure bien vivante, dit Colin Keiver

CALGARY - Daech (groupe armé État islamique) a peut-être été vaincu sur le champ de bataille, mais il demeure une force avec laquelle il faut toujours compter, a affirmé l’ancien commandant des forces canadiennes en Irak, le brigadier-général Colin Keiver.

Selon lui, Daech demeure une force insurrectionnelle et peut encore exercer une forte influence dans cette région déchirée par la guerre.

De juin 2018 à mai 2019, le général Keiver a commandé la Force opérationnelle interarmées en Irak impliquée dans la lutte armée contre Daech au Moyen-Orient.

«Daech, ou État islamique, a été défait en Irak et au nord-est de la Syrie au sens où le groupe n’est plus un quasi-État, a souligné l’officier supérieur au cours d’une entrevue à La Presse canadienne. Il ne détient plus aucun territoire, mais il reste bien en vie, à l’arrière-plan, cherchant à étendre son influence et à saper les gouvernements de l’Irak et de d’autres pays.»

Le général Keiver signale que l’influence idéologique de Daech s’impose de plus en plus dans le Pacifique, en Indonésie et au Mali. Elle est défendue par des gens qui n’ont pas fui l’Irak et la Syrie.

«Cette idéologie influence certaines personnes pour diverses raisons qui s’y accrochent et l’utilisent comme un moyen pour faire progresser leur programme et justifier les actes de terrorisme qu’elles commettent, a-t-il dit. L’idéologie n’a pas été vaincue, loin ne s’en faut. Nous sommes loin d’avoir complètement éliminé les organisations extrémistes violentes dans le monde.»

Le gouvernement irakien est critiqué pour ne pas fournir à ses citoyens les services de base comme l’eau et l’électricité. Son incapacité à réprimer la corruption généralisée et la discrimination contre certains groupes ethniques est également dénoncée.

Ces facteurs ont pu contribuer à l’ascension de Daech en 2014. Le groupe a utilisé ces griefs pour obtenir un certain soutien et prendre le contrôle de vastes étendues de territoire.

Selon le général Keiver, l’Irak a fortement progressé sur le plan de la sécurité, au point que le gouvernement pourra commencer à se concentrer à améliorer les services de base. Il craint toutefois que les Irakiens ne soient pas patients longtemps.

«Cela a permis au gouvernement de gagner du temps. Aujourd’hui, il doit agir dans d’autres domaines. C’est au gouvernement de se rassembler en temps de paix de la même façon qu’il l’avait fait’en 2014 pour vaincre Daech. L’été sera un test pour lui. Comment réagira-t-il aux manifestations si elles se produisent ?»

Le contingent militaire canadien compte 850 soldats répartis dans toute la région. Il y a des entraîneurs, des membres des forces spéciales et du personnel médical en Irak, des entraîneurs en Jordanie et au Liban, des équipages d’avion de transport au Koweït.

Le gouvernement fédéral a récemment prolongé l’intervention canadienne jusqu’en mars 2021. Le général Keiver dit n’avoir aucune idée du rôle que jouera le Canada, mais il prédit que l’Irak aura besoin d’une aide internationale dans un avenir rapproché.

«C’est une hypothèse sûre que l’on peut avancer: le gouvernement irakien aura besoin d’une assistance dans certains domaines auxquels nous n’avons pas encore idée, a-t-il soutenu. Quand quitterons-nous l’Irak ? Je ne le sais pas. Tout ce que j’ai, c’est que le gouvernement irakien qui a demandé de l’aide et nous avons répondu à leur demande.»