«Ils ne pourront pas empêcher que le monde sache ce qui se passe au Venezuela», a réagi sur Twitter l’opposant Juan Guaido, le président autoproclamé qui a pris la tête de la mobilisation, en référence au gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro.

Crise politique au Venezuela: la presse étrangère dans le collimateur

CARACAS — La presse étrangère subissait jeudi les conséquences de la crise politique au Venezuela avec notamment deux journalistes français interpellés et qui ont été expulsés du pays.

En revanche, trois journalistes de l’agence espagnole EFE, initialement arrêtés, ont été autorisés à rester sur place et poursuivre leur travail.

Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers, qui travaillent pour l’émission «Quotidien» du journaliste et animateur Yann Barthès sur la chaîne française TMC, «soulagés et un peu fatigués», «vont bien et vont quitter le Venezuela dans quelques heures», avait annoncé l’ambassadeur Romain Nadal publiant deux photos des journalistes.

Les jeunes reporters français, partis au Venezuela pour couvrir la crise politique en cours, filmaient le palais présidentiel mardi soir quand ils ont été interpellés, ont indiqué des sources diplomatiques à l’AFP.

Ils ont été arrêtés avec «leur producteur dans le pays, Rolando Rodriguez», a précisé le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP). Le sort de Rolando Rodriguez n’était pas connu.

L’Union européenne, tout comme l’Espagne, avaient exigé leur libération.

Un peu plus tôt jeudi, l’agence de presse espagnole EFE avait annoncé la libération de ses trois salariés.

«Les journalistes libérés resteront au Venezuela et continueront» à travailler, a déclaré l’agence sur Twitter. Les journalistes concernés sont l’Espagnol, Gonzalo Dominguez Loeda et les Colombiens, Mauren Barriga Varas (vidéaste) et Leonardo Munoz (photographe).

«Sains et saufs» 

Selon l’agence de presse, le photographe était entré dans le pays le 24 janvier avec deux collègues, en provenance de Bogota. À l’aéroport de Caracas, «ils ont déclaré qu’ils allaient réaliser un travail journalistique au Venezuela», avait indiqué EFE.

«Le gouvernement de Colombie rejette l’arrestation au Venezuela de son ressortissant Leonardo Muñoz (...) et exige sa libération immédiate», avait commenté sur Twitter le ministre des Affaires étrangères colombien Carlos Holmes Trujillo.

Le ministère des Affaires étrangères espagnol avait exigé dans un communiqué «la libération immédiate» des trois journalistes de EFE et de leur chauffeur vénézuélien.

L’UE avait également demandé la libération de tous les journalistes détenus sans raison au Venezuela, par la voix de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Par ailleurs, deux journalistes chiliens, également arrêtés mardi soir près du palais présidentiel, ont été expulsés mercredi soir, selon le SNTP, principal syndicat de journalistes au Venezuela.

Rodrigo Pérez et Gonzalo Barahona travaillent tous les deux pour la chaîne de télévision chilienne TVN.

Ils avaient été arrêtés par des membres de la sécurité présidentielle avec deux journalistes vénézuéliens. Ces derniers ont été relâchés mercredi matin.

Selon un des reporters vénézuéliens, Mayker Yriarte, les autorités ont accusé les journalistes d’être entrés dans «une zone de sécurité» interdite d’accès.

«C’est ce que font les dictatures: piétiner la liberté de la presse, bâillonner la liberté avec la violence. Je remercie seulement que nos compatriotes chiliens rentrent sains et saufs», a déclaré sur Twitter le ministre chilien des Affaires étrangères, Roberto Ampuero, dénonçant «14h de détention injustifiable».

«Éviter des inconvénients» 

Plus tôt, le président chilien Sebastián Piñera avait exigé la «libération immédiate» de ses deux compatriotes.

De nombreux reporters étrangers ont été arrêtés ou expulsés ces dernières années au Venezuela, faute de visa de journaliste.

Sans mentionner explicitement les arrestations de ces jours-ci, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza a dénoncé sur Twitter que des journalistes étrangers soient entrés dans le pays «sans réaliser auparavant la demande de permis de travail auprès de nos consulats».

Il a appelé les médias et agences internationales à «réaliser les démarches indispensables» pour «éviter des inconvénients».

Mardi, Reporters sans frontières (RSF) avait dénoncé «les violences des forces de l’ordre à l’encontre des journalistes» vénézuéliens et internationaux couvrant les mouvements de protestation qui secouent le pays depuis le 21 janvier.

Ces manifestations ont fait au moins 40 morts et 850 personnes ont été arrêtées, selon l’ONU.

RSF a demandé au gouvernement le «respect de la liberté d’information» et dénoncé les confiscations de matériel (caméras, téléphones portables...) ainsi que la censure sur les radios et télévisions locales.

Les arrestations des journalistes internationaux sont intervenues peu avant une nouvelle manifestation samedi à l’appel de l’opposition, qui exige la mise en place d’un gouvernement de transition et l’organisation d’élections générales libres.

«Ils ne pourront pas empêcher que le monde sache ce qui se passe au Venezuela», a réagi sur Twitter l’opposant Juan Guaido, le président autoproclamé qui a pris la tête de la mobilisation, en référence au gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro.