Pays de loin le plus touché d’Amérique latine, le Brésil connaît actuellement une accélération de sa courbe, avec 20 047 décès et 310 087 cas confirmés
Pays de loin le plus touché d’Amérique latine, le Brésil connaît actuellement une accélération de sa courbe, avec 20 047 décès et 310 087 cas confirmés

Brésil: plus de 20 000 morts du coronavirus, record en 24h

Pascale Trouillaud
Agence France-Presse
RIO DE JANEIRO — Le Brésil a dépassé jeudi le seuil des 20 000 morts du nouveau coronavirus, après une hausse record de 1188 décès au cours des dernières 24 heures, selon des données du ministère de la Santé qui y confirment l’accélération de la pandémie.

Pays de loin le plus touché d’Amérique latine avec 57 % des morts déplorés sur le continent (35 000), le Brésil enregistre au total 20 047 décès et 310 087 cas confirmés.

Le nombre de morts a ainsi doublé en seulement 11 jours au Brésil, selon les chiffres du ministère de la Santé. Dans les cimetières des grandes villes, comme Sao Paulo, les fossoyeurs multiplient les cadences.

Ces données sont toutefois largement mises en doute par la communauté scientifique, qui estime que le bilan réel de la pandémie est nettement plus élevé, peut-être de 15 fois en ce qui concerne les cas de contamination, le pays pratiquant très peu de tests.

Le Brésil, qui compte 210 millions d’habitants, est le 6e pays par le nombre de morts de la COVID-19. Il est le 3e pour les cas de contamination, derrière les États-Unis, de loin le pays le plus touché au monde, et la Russie.

Le chiffre des nouveaux morts quotidiens n’avait qu’une seule fois auparavant dépassé la barre psychologique du millier, avec 1179 enregistrés mardi. Les nouveaux cas d’infection confirmés en 24h se sont élevés jeudi à 18 508.

En dépit de la progression très inquiétante du virus, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro a encore appelé jeudi à une reprise de l’activité, au nom du sauvetage d’une économie promise à une grave récession.

Son insistance pour le retour au travail des Brésiliens a créé d’incessantes tensions avec les gouverneurs du pays, dont les pouvoirs en matière de santé publique ont été confortés par une décision de la Cour suprême.

Ainsi la quasi totalité des 27 États de l’immense pays ont décrété des confinements, plus ou moins stricts et observés de moins en moins par une population lasse de voir ses mouvements restreints depuis la fin mars.

«Bolsonarovirus»

Mais, jeudi, le président et les gouverneurs, réunis pour une visioconférence, ont enfin baissé le ton. Cette réunion a été « une grande victoire du peuple brésilien », a estimé M. Bolsonaro.

« Le Brésil doit être uni », a déclaré le gouverneur de Sao Paulo, Joao Doria. « Soyons en paix, président, soyons pour le Brésil, et avançons ensemble », a dit le gouverneur qui avait récemment lancé que le pays devait à la fois se battre contre le coronavirus et le « bolsonarovirus ».

L’État de Sao Paulo, capitale économique et culturelle du Brésil, reste de loin le plus touché par la pandémie, avec environ un quart des morts (5558 jeudi) et des cas de contamination (73 739).

Celui de Rio de Janeiro, où la progression du coronavirus s’est particulièrement accélérée ces derniers jours, est le deuxième foyer du pays, avec 3412 morts et 32 089 cas confirmés.

Dans ces deux États, les services de soins intensifs hospitaliers sont très proches de la saturation et les hôpitaux de campagne s’installent avec retard.

C’est aussi le cas dans le Nord et le Nord-Est, également très touchés par le coronavirus, notamment les États du Ceara (2161 morts), du Pernambouc (1925) ou de l’Amazonas (1620).

Depuis près d’une semaine, le ministère de la Santé n’a plus qu’un ministre intérimaire, le général d’active Eduardo Pazuello, qui a remplacé Nelson Teich. Ce médecin de formation avait démissionné après seulement quatre semaines en poste, en raison des pressions exercées par Jair Bolsonaro en faveur de la chloroquine.

M. Bolsonaro a profité mercredi de l’arrivée du général pour imposer au ministère de recommander l’usage de chloroquine et d’hydroxychloroquine pour les patients légèrement atteints par la COVID-19.

« Il n’y a pas encore de preuve scientifique, mais (la chloroquine) est utilisée sous contrôle au Brésil et dans le monde. Nous sommes en guerre », a tweeté le président.