Environ 20 000 fidèles de confession catholique et protestante sont descendus dans la rue dimanche dernier pour s'opposer à ce projet de loi visant à permettre aux fillettes et adolescentes d'interrompre dans les 12 premières semaines une grossesse consécutive à un viol.

Avortement: recul des féministes au Guatemala face aux Églises

GUATEMALA — Les partisans au Guatemala de l'assouplissement de la législation de l'avortement ont battu en retraite mardi face à la forte mobilisation des Églises catholique et protestantes contre un projet de loi controversé.

Les organisations féministes préconisent désormais de retirer du projet de loi présenté par un parti de gauche l'article visant à autoriser les avortements pour les mineures victimes de viol.

Ce recul a pour but de sauver le reste du texte, a indiqué à l'AFP Paula Barrios, de l'organisation «Femmes qui transforment le monde».

«Prenant en compte les différents points de vue (sur l'avortement), nous préférons donner la priorité à la situation et à l'assistance aux fillettes et adolescentes» victimes de viol, a-t-elle expliqué.

Au Guatemala, «nous ne sommes pas prêts à parler de l'interruption de grossesse», a déploré la militante féministe.

La loi guatémaltèque n'autorise l'avortement que dans les cas où la poursuite de la grossesse met la mère en danger de mort.

Environ 20 000 fidèles de confession catholique et protestante sont descendus dans la rue dimanche dernier pour s'opposer à ce projet de loi visant à permettre aux fillettes et adolescentes d'interrompre dans les 12 premières semaines une grossesse consécutive à un viol.

Si le parti de gauche Convergencia, à l'origine du texte, retire ce dernier, ne restera à l'examen du parlement une autre disposition qui durcit au contraire les peines encourues pour une interruption de grossesse.

Les organisations féministes et de défense des droits de l'homme sont vent debout contre ce deuxième texte «Pour la défense de la vie et de la famille» qui doit être prochainement débattu devant un parlement guatémaltèque dominé largement par les partis conservateurs.

Menace de prison pour une fausse couche

Pour Ada Valenzuela, de l'Union nationale des femmes guatémaltèques, ce deuxième projet de loi constitue un «recul historique», car il irait jusqu'à criminaliser les avortements spontanés. Il serait ainsi possible de jeter en prison des femmes victimes de fausses couches, qui concluent entre 15 et 20 % des grossesses, a assuré la militante féministe à l'AFP.

Le directeur pour les Amériques de Human Rights Watch (HRW) José Miguel Vivanco fait chorus en estimant que le texte «criminalise encore davantage l'avortement au Guatemala et pourrait exposer les femmes victimes d'avortements spontanés à des poursuites pénales ou au moins à des enquêtes des autorités».

Le projet de loi «comporte aussi des définitions de la “famille” et de la “diversité sexuelle” ouvertement discriminatoires qui attentent aux droits fondamentaux des personnes lesbiennes, gaIs, bisexuelles ou transsexuelles» (LGBT), dénonce M. Vivanco.

«Si le parlement guatémaltèque adopte ce projet de loi, cela voudra dire qu'il considère les femmes et les personnes LGBT comme étant des êtres humains de seconde catégorie», met en garde le responsable de HRW. «Ce projet manque totalement de sens commun. Il est inhumain et pourrait faire de femmes et de fillettes des criminelles en cas d'avortements spontanés», insiste-t-il.

Le texte définit en effet l'avortement comme «la mort naturelle ou provoquée de l'embryon ou du foetus et prévoit des peines pouvant aller jusqu'à quatre ans de prison» en cas d'avortement volontaire, rappelle M. Vivanco.

Plusieurs études ont établi que jusqu'à 30 % des grossesses se terminent par une fausse couche au début de la gestation et qu'au moins 10 % des femmes dont la grossesse a été reconnue médicalement font des fausses couches, fait valoir HRW.

«La perte du foetus peut avoir pour cause des anomalies du chromosome, l'âge avancé de la mère, ou un antécédent de fausse couche, toutes circonstances qui sont indépendantes de la volonté de la femme enceinte ou de son médecin», explique encore l'organisation de défense des droits de l'homme.