Le choléra est apparu en Haïti en 2010, apporté par les troupes népalaises porteuses de la maladie. Ces troupes faisaient partie des Nations Unies. À la suite d’une défaillance des installations sanitaires, leurs eaux usées ont été déversées dans les cours d’eau haïtiens.

Avocats sans Frontières Canada présente son plan d’assistance aux Nations Unies

Avocats sans Frontières Canada (ASFC) ont présenté jeudi une étude de faisabilité pour répondre aux besoins des victimes du choléra en Haïti à l’Organisation des Nations Unies à New York.

«On parle de plusieurs centaines de milliers d’Haïtiens et d’Haïtiennes qui ont été touchés par le choléra. Il y a eu 820 000 victimes dont près de 10 000 sont décédés», déplore le directeur général d’Avocats Sans Frontières Canada (ASFC), Pascal Paradis. Cette épidémie a eu des conséquences sociales et économiques désastreuses dans le pays. «La question aujourd’hui est celle de la meilleure façon de redresser les torts qui ont été causés par l’épidémie de choléra», souligne-t-il. 

Réunie autour d’experts et de hauts dirigeants de l’ONU, l’ASFC a exposé l’étude Comment répondre aux besoins des victimes du choléra en Haïti réalisée en collaboration avec l’Institution interuniversitaire de recherche et de développement et l’Institute for Justice and Democracy In Haiti.

Les origines du choléra

Le choléra n’est pas une maladie endémique en Haïti. Elle est apparue en 2010 à la suite de l’arrivée de l’ONU pour venir en aide aux blessés du tremblement de terre. «C’est documenté scientifiquement que ce sont des troupes népalaises qui étaient porteuses de la maladie. Elles faisaient partie des Nations Unies, et il y a eu une défaillance dans leurs installations sanitaires. [Les eaux usées] ont été déversées dans les cours d’eau haïtiens», déplore M. Paradis. Cela a contaminé les cours d’eau et la maladie s’est propagée, continue-t-il. Ce n’est que six ans plus tard que l’ONU s’est excusée pour les dommages causés. «En 2016, le secrétaire général Ban Ki-moon a présenté ses excuses pour le rôle que l’ONU a joué dans l’arrivée et la propagation de l’épidémie de choléra en Haïti», indique-t-il. 

L’ONU n’a pas respecté son principe de non-malfaisance et a nui aux populations vulnérables. «Dans ce devoir d’aider, il y a aussi le devoir de ne pas causer de tort et d’empirer la situation», souligne le directeur général de l’ASFC. Dans l’étude présentée, les auteurs n’hésitent pas à faire reproche aux Nations Unies. L’ONU doit «assumer la responsabilité de ses actes, surtout lorsqu’ils causent du tort aux personnes qu’elle a juré de protéger», écrit le Consultant indépendant Bill O’Neil dans la préface de l’étude. 

«Cette étude vient combler ce manque en offrant une orientation politique cruciale à ceux qui souhaitent que l’ONU se positionne du bon côté de l’Histoire en Haïti», continue-t-il.

Aller plus loin

Depuis 2016, l’ONU a mis en branle la politique Nouvelle approche contre le choléra en Haïti. «C’est un plan qui prévoit des mesures d’assistance collective pour améliorer l’information et la sensibilisation des Haïtiens en matière d’utilisation de l’eau et des questions sanitaires», explique M. Paradis. Bien que l’ASFC soit en faveur avec les mesures déployées, elle souhaite aller plus loin. 

«Notre étude montre qu’il y a des façons qui permettraient aux Nations Unies et à ses partenaires d’envisager une approche dualiste et complémentaire, qui aurait à la fois des mesures collectives et individuelles pour les personnes les plus gravement touchées», indique-t-il. 

L’ASFC souhaiterait aussi que l’ONU envisage des paiements de somme d’argent pour les victimes les plus touchées. «C’est une analyse qui se veut la plus proche possible d’une politique qui pourrait répondre le mieux aux besoins les plus criants et les plus urgents», réplique M. Paradis.

Un manque de documents 

En plus de prioriser une approche individuelle, l’étude mise sur une politique adaptée au contexte haïtien. «On veut trouver la meilleure solution possible, la plus scientifique, tout en acceptant qu’il faut faire preuve d’une certaine flexibilité», souligne-t-il. Ainsi, l’étude indique que l’ONU devrait développer un système de bases de données pour regrouper les informations sur les victimes. «Le pays était déjà dans un état d’extrême fragilité et le tremblement de terre de 2010 n’a pas aidé, et puis l’épidémie de choléra s’est déclenchée dans des zones où le taux d’alphabétisation était grand», déplore M. Paradis.

En combinant à la voix de l’ONU, celle de l’assistance collective à la leur, l’assistance personnelle, l’ASFC croit qu’il s’agirait de la meilleure solution pour aider les victimes et leurs proches atteints de la maladie. «On veut convaincre les décideurs qu’il faut compléter le plan actuel avec une autre façon de voir les choses. Il faut changer le paradigme qui a été établi et qui dit que la seule chose qu’on peut faire est du collectif. L’individuel est complexe, mais c’est faisable», conclut-il.