Même si l’Espagne est un des pays ayant le taux d’homicide le plus bas du monde, l’affaire a ravivé un débat en cours sur la réclusion criminelle à perpétuité rétablie en 2015 pour certains crimes très graves — sur les mineurs en particulier.

Assassinat d’un garçon en Espagne: une mort qui ravive le débat sur la perpétuité

MADRID — La découverte dans le coffre de la voiture conduite par sa belle-mère du corps sans vie de Gabriel, un enfant de huit ans qui avait disparu fin février, a consterné l’Espagne, au point d’entraîner des appels au rétablissement de la peine capitale abolie en 1995.

Dimanche soir, peu après l’annonce de cette macabre découverte, la foule scandait ainsi «Peine de mort!» devant les grilles rouges de la direction de la garde civile à Almeria (sud), où cette Dominicaine de 43 ans a été placée en garde à vue, tandis que l’enquête se poursuivait.

Sur les réseaux sociaux, une pétition signée lundi à la mi-journée par 158 000 personnes réclamait que cette femme pas encore inculpée soit condamnée à perpétuité.

Une autre, portant plus de 220 000 signatures, exhortait la République dominicaine à demander son extradition, afin notamment qu’elle ne jouisse pas du «confort» des prisons espagnoles.

Devant cette avalanche, Patricia Ramirez, la mère du petit garçon, a lancé un appel à ne pas se laisser submerger par la haine.

Gabriel Cruz était porté disparu depuis le 27 février.

Ana Julia Quezada a été interpellée en flagrant délit dimanche dans son village de Puebla de Vicar : le corps de l’enfant était dans le coffre d’une voiture grise qu’elle conduisait, enveloppé dans une couverture.

«Ce n’est pas moi! J’ai pris la voiture ce matin!» l’entend-on crier aux gardes civils sur une vidéo amateur au moment de son interpellation.

Tous les médias suivaient l’affaire depuis le 27 février, quand Gabriel avait quitté la maison de sa grand-mère dans le village de Las Hortichuelas, à deux kilomètres des plages de Cabo de Gata, un parc naturel paradisiaque du sud de l’Espagne.

L’enfant unique de parents séparés devait rejoindre des cousins pour jouer, mais n’est jamais arrivé. Selon la presse espagnole, l’autopsie révèle qu’il est mort d’asphyxie, peut-être étranglé.

Des centaines de bénévoles avaient auparavant bravé le vent et les pluies de mars pour tenter de retrouver ce garçon brun au sourire espiègle.

«Je dormais quatre heures par nuit», raconte un des journalistes qui a suivi l’enquête, Fran Gavilan, du quotidien Ideal, de la ville d’Almeria (Andalousie), évoquant un enfant «introverti, mais très affable et sympathique», d’après les témoignages.

Jusque-là, Ana Julia Quezada n’était que la compagne du père désespéré de Gabriel. Elle affichait sa tendresse pour Gabriel et aussi le t-shirt sur lequel il est représenté.

Mais la garde civile la surveillait de près depuis plusieurs jours.

Selon Fran Gavilan, les soupçons étaient nés après qu’elle eut découvert un t-shirt de Gabriel, dans un lieu déjà fouillé par deux fois. Mais aussi parce qu’à deux reprises elle avait fait disparaître son téléphone portable alors qu’elle devait le remettre aux enquêteurs, comme les autres proches de l’enfant.

Lundi, l’ensemble de la classe politique espagnole exprimait sa consternation.

Le roi Felipe VI a observé une minute de silence. Et le chef du gouvernement Mariano Rajoy a présenté ses condoléances à la famille.

Débat sur la perpétuité

Même si l’Espagne est un des pays ayant le taux d’homicide le plus bas du monde, l’affaire a ravivé un débat en cours sur la réclusion criminelle à perpétuité rétablie en 2015 pour certains crimes très graves — sur les mineurs en particulier.

Le Parti populaire (PP) de M. Rajoy veut l’étendre à d’autres crimes et la gauche souhaite au contraire la faire disparaître.

Cette peine qui avait disparu en 1928 implique une «révision» après 25 ou 35 ans suivant les cas, mais si elle ne se conclut pas de manière positive pour le condamné, celui-ci peut passer toute sa vie derrière les barreaux.

«Nous demandons au reste des partis de revoir leur position», a déclaré lundi un porte-parole du PP, Pablo Casado.

Le Congrès des députés doit en débattre cette semaine. Et la Cour constitutionnelle est saisie d’un recours sur la légalité de cette disposition.

En attendant, les enquêteurs cherchent à savoir si Ana Julia Quezada a agi seule et si elle n’était pas «récidiviste». En 1996, une enfant qu’elle gardait — sa fille selon certains médias — était tombée d’un balcon à Burgos. L’enquête judiciaire avait été classée sans suite.