L'enquête se poursuivait jeudi dans le jardin de la résidence anglaise de Sergei Skripal.

Affaire Skripal: le policier contaminé sort de l’hôpital

LONDRES — L’affaire Skripal, du nom de l’ex-espion russe empoisonné le 4 mars en Angleterre, a connu jeudi de nouveaux développements, avec la sortie d’hôpital d’un policier contaminé et la décision d’un juge d’autoriser des prélèvements sanguins pour des tests dans des laboratoires internationaux.

«Il n’y a pas de mots pour expliquer ce que je ressens», a expliqué à sa sortie d’hôpital Nick Bailey, l’un des premiers agents de police qui avait porté secours à l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille, empoisonnés le 4 mars à Salisbury (sud de l’Angleterre). «Surréaliste est le mot qui revient sans cesse» a-t-il affirmé, dans une déclaration lue par son chef.

Après son intervention, il avait été hospitalisé dans un état grave, conscient et capable de parler. La Première ministre britannique Theresa May lui avait rendu visite lors de sa venue à Salisbury le 15 mars et avait salué «le courage et le dévouement» des forces de police. Nick Bailey avait lui refusé d’être regardé en héros, considérant qu’il avait seulement «fait son travail».

La contamination d’un policier britannique avait, selon certains experts, amplifié la réponse du gouvernement britannique, plus prompte à réagir et à désigner la responsabilité du pouvoir russe que dans d’autres affaires similaires, comme lors de l’empoisonnement de l’ancien agent secret Alexandre Litvinenko à Londres en 2006, où Moscou avait été pointé du doigt au terme d’une enquête seulement conclue en 2016.

«Si l’enquête a été récupérée aussi rapidement par les autorités, c’est aussi probablement parce qu’une des victimes est britannique», avait déclaré à l’AFP Mathieu Boulegue, spécialiste de la Russie au centre de réflexion londonien Chatham House. «Un espion russe, cela rappelle la Guerre froide, mais un citoyen britannique, policier de surcroît, il y a une implication nécessairement immédiate et forte des autorités britanniques».

«Nous ne tolérerons jamais une menace posée contre la vie de citoyens britanniques, ou d’ailleurs, sur le sol du Royaume-Uni, venant du gouvernement russe», avait souligné Theresa May, après avoir désigné la Russie «coupable» de l’empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal, et gelé les contacts bilatéraux avec la Moscou.

Cet aspect de l’affaire a parfois été mis en parallèle avec la mort de la policière Yvonne Fletcher, policière britannique tuée par balle en 1984 devant l’ambassade libyenne à Londres, d’où semblaient venir les tirs, alors qu’elle encadrait une manifestation pacifique.

À la suite de ce drame, le Royaume-Uni avait rompu les relations diplomatiques avec la Libye.

Prélèvements sanguins

Cherchant à étayer leurs accusations face aux dénégations de Moscou, les autorités britanniques ont obtenu jeudi d’un juge londonien le droit de réaliser des prélèvements sanguins sur Sergueï Skripal et sa fille, qui seront transmis à des experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) afin d’être analysés dans des laboratoires internationaux.

Faisant état de «l’incapacité» des deux victimes à prendre une décision, le juge Williams a estimé que réaliser ces prélèvements était «respectueux de la loi» et «dans leur intérêt». Sergueï Skripal et sa fille, toujours hospitalisés dans un état critique à Salisbury, sont «sous sédatifs puissants», a-t-il précisé. «Il n’est pas inconcevable que leur état se détériore rapidement».

Des représentants de l’OIAC sont arrivés lundi au Royaume-Uni pour rencontrer les experts du laboratoire militaire de Porton Down, près de Salisbury, et de la police britannique. Ils devaient également examiner les échantillons prélevés par les experts britanniques.

Ces prélèvements «seront testés dans les laboratoires internationaux les plus réputés», les résultats devant être connus au mieux «après deux semaines», avait précisé le ministère britannique des Affaires étrangères.

Dans ce contexte, Theresa May, en déplacement à Bruxelles, a mis en garde jeudi ses partenaires de l’Union européenne contre la «menace» que font peser à ses yeux les agissements de la Russie pour le reste de l’Europe, et plaidé pour une condamnation unanime de Moscou.

«L’incident de Salisbury s’inscrit dans le cadre des attaques menées par la Russie contre l’Europe», a-t-elle martelé. «La menace russe ne respecte pas les frontières».