Ladi Kodi, qui gagne en moyenne 4 $CAN par semaine et qui a cinq enfants, est au nombre des 300 000 Nigérians qui reçoivent une aide gouvernementale.

14 $ par mois pour aider les plus pauvres des pauvres au Nigeria

GARAKU, Nigeria — Ladi Kodi gagne 1000 nairas, 4 $, en moyenne chaque semaine en fabriquant et vendant du savon noir dans l’État de Nasarawa, au centre du Nigeria. Avec cette somme dérisoire, très largement en dessous du seuil d’extrême pauvreté, cette veuve de 45 ans doit essayer de nourrir ses cinq enfants.

Sa situation, plus que vulnérable, l’a qualifiée directement au premier programme d’aide sociale mis en place par le gouvernement de Muhammadu Buhari en janvier 2017 : 300 000 personnes, parmi les plus pauvres des pauvres reçoivent 5000 nairas (environ 18 $) par semaine d’aide gouvernementale.

Grâce à ce coup de pouce, Ladi estime qu’elle peut gagner maintenant 2000 nairas (8 $), «les bonnes semaines».

«Avant, je devais emprunter de l’argent pour démarrer une production», raconte-t-elle à l’AFP, en versant le savon brûlant, couleur charbon, dans des moules.

«Maintenant, je peux me débrouiller toute seule», assure-t-elle, avec une certaine fierté. La mère de famille peut également envoyer deux de ses enfants à l’école, dont le coût de 10 000 nairas par an (environ 40 $), était écrasant pour le foyer.

Dans la ville de Garaku, où vivent essentiellement des petits agriculteurs de subsistance ou des vendeurs à la sauvette, quelque 1400 personnes bénéficient de ce «Programme conditionnel de transfert d’argent».

Actif dans 27 des 36 États que compte le Nigeria, géant de 190 millions d’habitants, le programme était une promesse de campagne du président Buhari pour sa première élection en 2015.

Aujourd’hui, alors que le chef de l’État vient d’être élu pour un second mandat, on reste loin de l’ambition d’atteindre un million de Nigérians pauvres d’ici la fin 2017, avec seulement 300 000 personnes concernées.

Mais c’est un programme inédit dans un pays de tradition libérale, où l’État est quasiment absent dans tous les domaines sociaux.

Des aides étaient versées sporadiquement sous divers programmes avant l’arrivée du président Buhari au pouvoir, mais l’argent était souvent détourné et les politiques sociales se sont effondrées.

Le gouvernement actuel, avec la mise en place du CCT ou encore de programmes de distribution alimentaire dans les écoles primaires, ou des micro-crédits pour les femmes, se présente comme proche des gens et des plus pauvres.

Il affirme que ces aides sont en partie financées par les 321 millions $ de fonds volés par l’ancien dictateur militaire Sani Abacha, et rapatriés de ses comptes en Suisse.

Mais le Nigeria a également fait une demande d’emprunt de près de 3 milliards $ sur trois ans à la Banque Mondiale, qui encourage ces aides dans les pays en développement pour «soutenir la croissance économique».

Nigérians ordinaires

Pour Henry Ayede, employé au sein du programme de transfèrement d’argent à Abuja, le but «est d’aller frapper aux portes des Nigérians ordinaires».

«C’est ce que nous faisons, mais ça implique de nombreux défis», poursuit-il.

L’une des plus grandes difficultés est d’abord d’identifier les personnes éligibles dans un pays sans recensement à jour, où les plus pauvres n’ont pas d’existence administrative, ni de documents d’identité, notamment dans les régions rurales, qui comptent encore la moitié des 190 millions de Nigérians.

Autre problème : sélectionner les 300 000 bénéficiaires. Le Nigeria a dépassé l’Inde l’année dernière en nombre de personnes vivant avec moins d’1,9 $ par jour et est devenu le pays au monde qui compte le plus grand nombre de personnes dans l’extrême pauvreté (83 millions, près de la moitié de la population totale).

Les critères ont été compliqués à mettre en place, explique Binta Muhammed, coordinatrice du programme à Garaka.

«Vous avez un vélo? Vous avez une radio? Un téléphone? Ce sont le genre de questions que l’on pose aux gens», raconte-t-elle à l’AFP.

«Si vous avez un ventilateur dans votre maison, vous êtes disqualifié».

Les chefs communautaires sont également impliqués dans le processus pour calmer les jalousies et s’assurer que les personnes sont effectivement éligibles.

«Chaque transfert est surveillé, vérifié et enregistré», assure-t-on au siège à Abuja. «C’est un processus complètement transparent», insiste M. Ayede.