Monde

Les terres rares, «arme stratégique» de Pékin dans la guerre commerciale

PÉKIN - Simple visite, mais lourde de symboles. En inspectant une usine de traitement de terres rares en pleine guerre commerciale avec Washington, le président chinois a subtilement laissé planer une menace: bloquer les exportations de ces métaux dont les États-Unis sont dépendants.

La guerre des droits de douane se double désormais d’un affrontement technologique centré sur Huawei, le géant chinois des téléphones intelligents, menacé dans son existence même par un embargo sur les puces électroniques américaines.

Mais si Pékin dépend de la technologie de l’oncle Sam, les États-Unis - comme le reste du monde - sont également en état de dépendance vis-à-vis de la Chine.

Le géant asiatique produit plus de 90% des terres rares de la planète, un ensemble de 17 métaux essentiels aux technologies de pointe et que l’on retrouve dans les téléphones, les écrans plasma, les véhicules électriques, mais aussi dans l’armement.

Derrière le déplacement du président Xi Jinping, massivement relayé lundi par les médias officiels, il y avait un message: «la Chine a un moyen de pression» face aux États-Unis, relèvent les analystes du cabinet Trivium China.

«Les terres rares sont une importante ressource stratégique», a souligné M. Xi, selon des propos rapportés mercredi par l’agence officielle Chine nouvelle.

«Ce n’est qu’en possession d’une technologie indépendante (que nous) pourrons rester invincibles», a-t-il ajouté, semblant faire le lien avec l’affaire Huawei.

La démonstration de force du président chinois «n’est pas le fruit du hasard», confirme à l’AFP le sinologue Li Mingjiang, de l’École S. Rajaratnam des études internationales de Singapour.

«Il est clair qu’en ce moment, au sein du pouvoir chinois, on réfléchit à la possibilité d’utiliser l’interdiction des exportations de terres rares comme arme politique contre les États-Unis», ajoute-t-il. «Cela pourrait être vu comme une escalade importante» par Washington.

«De l’huile sur le feu»

Contrairement à ce que laisse entendre leur dénomination, les terres rares sont relativement abondantes, mais leurs propriétés électromagnétiques - particulièrement recherchées dans l’industrie - en font des «métaux stratégiques».

La Chine dispose ainsi d’un levier de pression, une «arme stratégique», selon Cyclope, un rapport annuel sur les matières premières.

Et Pékin n’hésite pas à s’en servir. En 2010, en représailles à un différend territorial, il avait brutalement interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon.

Les entreprises de haute technologie de l’archipel, très dépendantes du voisin chinois pour leur approvisionnement, avaient été durement touchées.

Pour protéger ses ressources menacées d’épuisement, la Chine a par ailleurs instauré des quotas d’exportation. Les États-Unis, l’Union européenne et le Japon ont porté l’affaire devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui leur a donné raison en 2015.

Mais des quotas de production, imposés au nom de l’écologie, car l’extraction de ces métaux est particulièrement polluante, sont toujours en vigueur.

«On ne peut exclure que la Chine mette le même type de pression sur les États-Unis en invoquant des problèmes environnementaux», estime Kokichiro Mio, spécialiste de la Chine à l’institut de recherche NLI au Japon.

«Une menace» qui ne serait pas forcément suivie d’effet, selon lui, car il est peu probable que les Chinois «veuillent mettre de l’huile sur le feu».

Un appétit grandissant

De la robotique à l’informatique, en passant par l’aéronautique ou les lasers médicaux, un embargo sur les terres rares «toucherait un certain nombre d’industries stratégiques» aux États-Unis, précise l’analyste David Lennox, du cabinet Fat Prophets.

L’impact ne serait «pas immédiat», mais se ferait sentir sur la durée, car «il n’y a pas de véritable substitut aux terres rares», explique-t-il à l’AFP.

«La Chine ne veut pas entrer frontalement en conflit avec les États-Unis», mais les terres rares servent à mettre «une pression psychologique», concède l’analyste politique Chen Daoyin, depuis Shanghai.

Non content d’en concentrer la production au niveau mondial, Pékin a lancé ces dernières années de nombreux projets de terres rares hors de Chine.

Cette stratégie est incarnée par le groupe Shenghe, qui exploite en coentreprise depuis le début de l’année le gisement de Kvanefjeld au Groenland, considéré comme le deuxième du monde, rappelle le rapport Cyclope.

Ce groupe est également présent dans le consortium qui a permis la reprise d’exploitation de la mine de Mountain Pass aux États-Unis, dont une grande partie est destinée à l’exportation... vers la Chine.

Signe de la vulnérabilité américaine, les terres rares, comme les médicaments, devraient être exclues des prochaines hausses de droits de douane visant la quasi-totalité des produits chinois aux États-Unis.

Monde

Crainte d’une «longue» guerre en Libye

TRIPOLI — Les combats ont gagné en intensité mardi au sud de la capitale libyenne, au moment où l’émissaire de l’ONU pour la Libye Ghassan Salamé mettait en garde devant le Conseil de sécurité contre «le début d’une guerre longue et sanglante».

Plus de six semaines après le début de leur assaut sur Tripoli, le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est du pays et son autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) font toujours face à la résistance des forces du Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et basé dans la capitale.

Cette bataille «pourrait conduire à la division permanente du pays», a averti Ghassan Salamé. «La Libye est sur le point de tomber dans une guerre civile», a-t-il ajouté.

Il a par ailleurs exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU à stopper le flot d’armes arrivant dans le pays, tandis que les canons tonnaient au sud de la capitale libyenne.

Des tirs à l’artillerie lourde ont été entendus depuis le centre de Tripoli. Il s’agit des affrontements les plus violents depuis le début du mois de jeûne musulman du ramadan, le 6 mai.

Des affrontements ont eu lieu notamment dans le quartier de Salaheddine, en banlieue sud où les forces pro-GNA ont gagné du terrain, selon leur porte-parole Moustafa Al-Mejii.

Avancée du GNA

Des journalistes de l’AFP qui ont pu avoir accès au front mardi ont constaté une avancée de deux à trois kilomètres des forces du GNA dans ce quartier résidentiel.

Depuis le début de l’assaut des forces du maréchal Haftar le 4 avril, les combats ont fait 510 morts et 2467 blessés, selon un bilan communiqué lundi par l’Organisation mondiale de la santé.

Selon l’ONU, plus de 75 000 personnes ont aussi été obligées de fuir et plus de 100 000 autres sont prises au piège des combats aux abords de Tripoli.

Et les appels de la communauté internationale à un cessez-le-feu ont été ignorés jusqu’ici par les deux camps.

Selon des diplomates, lors de discussions mardi à huis clos après la réunion publique du Conseil de sécurité, l’idée à l’origine française de séparer aux abords de Tripoli les belligérants en établissant un «couloir» a été évoquée.

Dans ce cadre, chaque partie serait amenée «à reculer» et la ligne de délimitation créée serait garantie par un mécanisme international à définir, a précisé un diplomate.

Début mai, le président français Emmanuel Macron avait proposé une «délimitation de la ligne de cessez-le-feu, sous supervision internationale», lors d’une rencontre à Paris avec le chef du GNA, Fayez Al-Sarraj.

Positions figées

Mais M. Sarraj a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de cessez-le-feu tant que les troupes de Haftar ne se retirent pas vers leurs positions d’avant l’offensive, dans le sud et l’est du pays.

Aujourd’hui, les positions militaires des deux camps sont quasiment figées notamment en banlieue sud, même si les pro-GNA ont desserré un peu l’étreinte de l’ANL avec une contre-attaque lancée le 20 avril.

Depuis, plusieurs livraisons d’armements aux deux camps ont été signalées en dépit de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU pour ce pays depuis 2011.

Le maréchal Haftar est notamment soutenu par les Émirats arabes unis et l’Égypte alors que la Turquie et le Qatar appuient le GNA.

Face au conflit, le positionnement des Occidentaux, États-Unis en tête, et de la Russie reste ambigu. Si tous les membres du Conseil de sécurité ont publiquement soutenu Ghassan Salamé, la réunion à huis clos n’a pas permis d’y voir beaucoup plus clair sur qui appuie qui, selon un diplomate ayant assisté aux discussions.

Monde

Iran: Washington met l'accent sur «la dissuasion, pas la guerre»

WASHINGTON — L'administration de Donald Trump a semblé mardi vouloir freiner l'escalade militaire avec l'Iran après deux semaines de montée des tensions, assurant privilégier «la dissuasion, pas la guerre» et avoir réussi à éloigner les menaces les plus imminentes.

Face au scepticisme provoqué par les accusations des États-Unis, qui martelaient depuis début mai que la République islamique préparait des attaques «imminentes» contre des intérêts américains, les chefs de la diplomatie Mike Pompeo et du Pentagone Patrick Shanahan ont informé à huis clos les parlementaires américains de la nature des renseignements dont ils disposaient.

Autour du globe, 22 mai 2019

Monde

Inquiets pour le droit à l’avortement

WASHINGTON — «Très inquiets», mais déterminés à «se battre», des Américains ont manifesté mardi pour défendre le droit à l’avortement qui, 46 ans après avoir été validé par la Cour suprême des États-Unis, est attaqué frontalement par plusieurs États conservateurs.

Plus d’un millier de personnes se sont réunies devant la haute Cour à Washington pour dénoncer les lois d’une quinzaine d’États, dont l’Alabama et la Géorgie, interdisant ou limitant de façon draconienne l’accès aux interruptions volontaires de grossesse (IVG).

Critiquant «une guerre contre les femmes», les manifestants — dont de nombreux élus démocrates — ont imploré le temple du droit de ne pas céder à cette offensive inédite.

«Il faut que la Cour suprême respecte Roe v. Wade», a déclaré Judy Gelber, 61 ans, en référence à l’arrêt historique de 1973 qui a légalisé le droit des femmes à avorter.

Mais «je suis très inquiète», a ajouté cette mère de deux enfants, confiant à l’AFP avoir avorté dans sa jeunesse. «Je ne sais pas comment j’aurais fait si cela n’avait pas été légal.»

C’est une «catastrophe», a renchéri Robin Pereira, 23 ans, «furieuse et déçue», mais «pas étonnée». «Après l’élection de Donald Trump, on savait qu’ils grignoteraient nos libertés dans le domaine de la reproduction», a-t-elle poursuivi.

États conservateurs

Pendant sa campagne, le milliardaire républicain a conquis la droite religieuse en promettant de nommer à la Cour suprême des juges hostiles aux IVG. Depuis son élection, il y a fait entrer deux magistrats.

Galvanisés par la nouvelle majorité conservatrice de la Cour (cinq juges sur neuf), plusieurs États sont passés à l’offensive.

L’Alabama a ainsi promulgué une loi qui assimile l’avortement à un homicide et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 99 ans de prison pour les médecins, sans exception en cas de viol ou d’inceste.

Le Kentucky et le Missis­sippi, parmi d’autres, ont interdit l’avortement dès que les battements du cœur du foetus peuvent être détectés, tandis que le Missouri a interdit cette semaine l’IVG à partir de huit semaines de grossesse.

Ces textes devraient être bloqués par les tribunaux, mais leurs promoteurs ont l’intention de faire des recours en cascade jusqu’à la Cour suprême, dans l’espoir qu’elle se saisisse de l’occasion pour revenir sur sa décision de 1973.

«Je suis très inquiet : des protections que nous pensions acquises depuis près de 50 ans pourraient très bien disparaître», a relevé Zak Butterfield, 45 ans, venu manifester son courroux à Washington. Pour lui, il faut désormais «mettre les bonnes personnes au Sénat et à la Maison-Blanche».

Selon la Constitution, le président américain nomme à vie les juges de la Cour suprême et ils sont ensuite confirmés par le Sénat. Deux juges progressistes étant octogénaires, un second mandat de Donald Trump pourrait ancrer durablement la haute juridiction dans le conservatisme.

Le sujet devrait occuper une place importante dans la campagne présidentielle de 2020. Deux tiers des Américains pensent que l’avortement doit être légal, selon une étude de l’institut Pew Center réalisée en 2018.

Plusieurs candidats à la primaire démocrate, dont Amy Klobuchar, Cory Booker et Pete Buttigieg, sont montés sur l’estrade à Washington. «Nous allons nous battre» pour «ces droits humains de base», a promis l’une de ces prétendantes, la sénatrice Kirsten Gillibrand.

D’autres rassemblements ont eu lieu dans les États de Californie et de New York, en pointe pour l’accès à l’avortement.

«Nous ne reviendrons pas en arrière», a déclaré Lindsey Horvath, maire par intérim de West Hollywood, lors d’une manifestation dans sa ville. La veille, son équipe a interdit tout contrat municipal avec des États ayant adopté des mesures antiavortement.

Monde

La Serbie introduit la prison à vie irrévocable malgré l’émoi européen

BELGRADE — Une loi prévoyant des peines de perpétuité irrévocable, excluant toute perspective même infime de libération conditionnelle des condamnés, a été votée mardi par le parlement serbe en dépit de l’inquiétude du Conseil de l’Europe.

Dans le code pénal serbe, la perpétuité remplace comme peine maximale celle de 40 ans de réclusion que pouvaient jusqu’à présent prononcer les tribunaux de ce pays des Balkans, qui négocie actuellement son adhésion à l’Union européenne.

Si les condamnés à la prison à vie pourront en règle générale voir des tribunaux se pencher de nouveau sur leur cas après 27 ans de prison, ce ne sera pas le cas pour ceux reconnus coupables de viols suivis de meurtres, ou d’autres crimes graves commis contre des enfants ou des femmes enceintes. Ceux-ci n’auront aucune perspective de réexamen de leur peine de perpétuité, sauf par grâce présidentielle.

Cette disposition est contraire à la convention européenne des droits de l’Homme, qui exige que toute peine à perpétuité soit soumise à un possible réexamen au bout d’un délai établi.

En France par exemple, des peines de perpétuité dite incompressible peuvent être prononcées, mais la loi prévoit qu’après 30 ans, des magistrats puissent la réexaminer et éventuellement aménager la peine.

Début mai, la Commissaire européenne aux droits de l’Homme, Dunja Mijatovic, a rappelé ce principe dans un courrier à la ministre serbe de la Justice, Nela Kuburovic, et lui a demandé de «reconsidérer sa décision» de présenter la loi au vote.

Dunja Mijatovic rappelle «qu’en tant que pays membre du Conseil de l’Europe, la Serbie est liée» par cette convention qui, certes, permet les peines à perpétuité, mais à condition qu’elles offrent «une perspective de libération du prisonnier et la possibilité de revoir la peine».

«Une peine de 30 à 40 ans de prison peut elle aussi être considérée comme inhumaine», a répondu la ministre Kuburovic, citée par le quotidien Politika. «Car, une fois leur peine purgée les condamnés retrouvent la liberté alors qu’ils sont à un âge avancé de la vie, la plupart du temps sans argent, vieux et sans lien avec leur famille ou leurs amis», a-t-elle déclaré.

Cette loi pénale est la conséquence du viol et de l’assassinat en 2014 dans le nord de la Serbie, d’une adolescente de 15 ans, Tijana Juric. Créée par son père, une fondation à son nom milite depuis lors pour introduire cette perpétuité irrévocable. L’assassin a été condamné à 40 ans de réclusion.

Une pétition en faveur de la perpétuité irrévocable avait été signée par 158.000 personnes.

Monde

Faillite des restaurants du célèbre chef britannique Jamie Oliver

LONDRES — Le célèbre chef britannique Jamie Oliver, qui a contribué à populariser la gastronomie anglaise dans le monde, a annoncé mardi la faillite de ses restaurants au Royaume-Uni, ce qui menace 1300 emplois.

La plupart des établissements concernés appartiennent à sa chaîne Jamie’s Italian lancée en 2008. D’après la BBC, un total de 25 restaurants du cuisinier vedette devenu homme d’affaires sont concernés.

«Je suis dévasté par la faillite de nos restaurants au Royaume-Uni», a déclaré le chef sur Twitter.

«Je suis très attristé par ce qui arrive et je voudrais remercier nos employés et nos fournisseurs qui se sont donnés corps et âme dans cette activité depuis plus de dix ans», a renchéri Jamie Oliver dans un communiqué.

Les médias britanniques ont rapporté que ces restaurants ont été placés sous l’administration judiciaire du cabinet KPMG, qui va désormais chercher un ou des repreneurs pour tout ou partie de l’activité. À défaut de repreneurs les établissements seraient purement et simplement fermés.

Cette annonce constitue un choc pour le public au Royaume-Uni où Jamie Oliver est une personnalité du monde de la cuisine, connue pour avoir publié de nombreux livres et être apparue dans de nombreuses émissions télévisées.

Avec ses faux airs de «rock star», il a aidé à dépoussiérer l’image de la gastronomie britannique, secteur devenu ultra-concurrentiel.

Au début 2017, le célèbre chef avait déjà dû annoncer la fermeture de six établissements de sa chaîne Jamie’s Italian au Royaume-Uni, blâmant à l’époque le Brexit qui a renchéri le prix des ingrédients utilisés pour concocter ses plats italiens.

Monde

Regain de tension entre Trump et les démocrates du Congrès

WASHINGTON — Le bras de fer entre Donald Trump et les parlementaires démocrates s’est encore durci lundi, la Maison-Blanche ayant ordonné à son ancien conseiller juridique de ne pas répondre à une convocation du Congrès.

Pour la première fois, la justice s’est prononcée dans ce conflit entre le président américain et l’opposition qui, forte de sa nouvelle majorité à la Chambre des représentants, multiplie depuis janvier les enquêtes sur ses finances, ses impôts ou les suites à donner à l’enquête russe.

Donald Trump se dit victime d’un «harcèlement» et use de tous les moyens en son pouvoir pour refuser de coopérer à ces investigations.

Lundi, le ministère de la Justice a ainsi publié un «avis légal» assurant que les conseillers présidentiels n’étaient pas tenus de témoigner devant le Congrès en raison de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif. L’ancien conseiller juridique de la Maison-Blanche, Don McGahn, convoqué le lendemain au Capitole, «a reçu pour ordre d’agir en conséquence», a indiqué la présidence dans un communiqué.

«C’est le dernier exemple en date du dédain de l’administration pour le droit», a rétorqué le démocrate Jerry Nadler, qui préside la commission judiciaire de la Chambre.

Celle-ci maintient sa convocation et «attend» M. McGahn, a-t-il ajouté.

Les démocrates souhaitent le questionner sur des propos tenus devant le procureur spécial Robert Mueller, qui a supervisé pendant 22 mois la délicate enquête russe.

Dans son rapport final, rendu public à la mi-avril, le procureur Mueller a fait savoir qu’il n’avait pas rassemblé de preuves d’une entente entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump pendant la présidentielle de 2016.

Il a toutefois détaillé une série de pressions troublantes exercées par le président sur son enquête, à commencer par une tentative de le limoger, bloquée par Don McGahn.

«Les démocrates n’aiment pas la conclusion de l’enquête Mueller — pas de collusion, pas de complot, pas d’entrave à la justice — et veulent tout recommencer, bien que ce soit inutile et coûteux», a estimé la Maison-Blanche pour justifier l’ordre donné à Don McGahn.

Donald Trump, désireux de tourner la page de l’enquête russe, avait déjà usé de ses prérogatives présidentielles pour bloquer d’autres demandes de la Chambre des représentants.

«Motivation politique»

Dans la même logique, la Maison-Blanche s’oppose à une autre enquête lancée à la Chambre, qui porte sur les finances de Donald Trump avant son élection.

Les démocrates soupçonnent le magnat de l’immobilier d’avoir gonflé la valeur de ses avoirs pour obtenir des prêts. Pour en savoir plus, la commission de Contrôle a ordonné à l’ancienne entreprise comptable de Donald Trump de lui transmettre une série de documents financiers.

Pour bloquer cette injonction, la Maison-Blanche a saisi la justice et plaidé que le Congrès n’avait pas besoin de ces informations pour assurer son rôle de législateur.

Un juge fédéral de Washington a rejeté lundi ces arguments et estimé qu’il «ne revenait pas au tribunal de juger si les actions de la commission répondent à une motivation politique».

Autre rebondissement de cette saga, la commission du Renseignement de la Chambre a rendu public lundi des propos tenus devant elle par l’ancien avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen, qui purge actuellement une peine de prison, notamment pour avoir menti au Congrès.

Selon les extraits rendus publics, il a assuré, en début d’année lors d’une comparution à huis clos, avoir menti sur la poursuite d’un projet de Trump Tower à Moscou pendant la campagne présidentielle à la demande du nouvel avocat personnel de Donald Trump.

Les démocrates ont immédiatement promis de faire toute la lumière «sur les tentatives du président, de ses associés ou de son administration de pousser au parjure ou d’entraver nos enquêtes.»

Autour du globe, 21 mai 2019

Monde

La justice française ordonne la reprise des traitements d'un patient en état végétatif

REIMS — Alors même que les soins qui maintenaient en vie Vincent Lambert avaient été interrompus lundi matin, la justice française a créé une immense surprise en ordonnant dans la soirée la reprise des traitements pour ce paraplégique, en état végétatif depuis plus de dix ans.

La mère du patient, Viviane Lambert, 73 ans, opposée à l’arrêt des soins, a déclaré à l’AFP : «On était en train d’éliminer Vincent! C’est une très grande victoire! Ils vont le réalimenter et lui redonner à boire. Pour une fois, je suis fière de la justice».

«C’est vraiment du sadisme pur de la part du système médico-judiciaire», a réagi à l’inverse François Lambert, le neveu du patient.

Le sort de Vincent Lambert, 42 ans, en état végétatif depuis un accident de la route en 2008, déchire la famille comme il divise la société française : ses proches sont séparés en deux camps, avec notamment d’un côté ses parents, et de l’autre sa femme Rachel et son neveu François, qui entendent mettre fin à un «acharnement thérapeutique».

Le pape François lui-même est intervenu lundi, appelant dans un tweet à «protéger la vie du début à la fin naturelle» et à prier pour «ceux qui vivent dans un état de grave handicap».

Mais le président Emmanuel Macron, pressé depuis deux jours par les opposants à l’interruption des soins, a refusé sur Facebook de «s’immiscer» dans une «décision qui relève de l’appréciation des médecins et qui est en conformité avec nos lois».

Saisie par les parents de Vincent Lambert, la cour d’appel de Paris a ordonné que les traitements reprennent jusqu’à ce que le Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU se prononce sur le fond du dossier.

Le CDPH, ce comité onusien, avait demandé à la France de surseoir à l’arrêt des traitements dans l’attente d’un examen du dossier sur le fond.

Alors que la France martelait que la suspension de l’arrêt des traitements préconisée par le CDPH «est dépourvue de caractère contraignant», la cour d’appel a jugé qu’«indépendamment du caractère obligatoire ou contraignant de la mesure de suspension demandée par le Comité, l’Etat français s’est engagé à respecter ce pacte international».

«Vincent vivra!» 

Dans la manifestation parisienne qui a réuni plusieurs centaines de personnes réclamant «la vie pour Vincent», une énorme clameur a retenti lorsque l’un des avocats de ses parents, Jérôme Triomphe, a annoncé leur victoire à la foule, a constaté un journaliste de l’AFP. «On a gagné! Vincent doit vivre, Vincent vivra!» a-t-il crié.

La mère et le père, catholiques traditionalistes, se sont battus contre l’arrêt des soins, en multipliant les recours contre ce qu’ils ont qualifié de «folie».

François Lambert, Rachel, la femme du patient, et cinq frères et sœurs affirment, eux, que Vincent Lambert aurait préféré mourir plutôt que de vivre dans cet état. Il n’avait pas laissé de directives anticipées, mais sa femme est sa tutrice légale.

Un peu plus tôt lundi, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait rejeté la requête des parents, faute «d’élément nouveau».

L’interruption des traitements qui visaient à maintenir en vie Vincent Lambert avait débuté lundi matin.

C’est dans un courriel adressé lundi matin à la famille que le chef du service de soins palliatifs de l’hôpital Sébastopol de Reims (nord-est) a annoncé «l’arrêt des traitements». De sources médicales, le patient était susceptible de mourir quelques jours, voire deux à trois semaines plus tard.

Le médecin a dit «espérer pour M. Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels».

Validée fin avril par le tribunal administratif suprême, le Conseil d’État, l’interruption des soins prévoit l’arrêt des machines à hydrater et alimenter, une sédation «contrôlée, profonde et continue», ainsi qu’une prise d’analgésiques «par précaution».

Dans une tribune publiée lundi par le quotidien Le Monde, des médecins spécialistes des soins palliatifs ont dénoncé «l’amalgame (...) injustifié, erroné et délétère» entretenu selon eux entre décision d’arrêt des traitements et euthanasie.

Dans une tribune distincte parue dans le même journal, d’autres médecins, dont deux proches des parents de Vincent Lambert, réaffirment à l’inverse que selon eux le patient «n’est pas en fin de vie» et que l’arrêt des traitements ne se justifie pas.