Mon premier «vrai» steak

Je me rappelle de mon premier steak que j’ai mangé Chez Georges. Je devais avoir 14 ou 15 ans. Les parents de mon amie nous avaient invités au restaurant. On était assis sur les banquettes et on choisissait de la musique en pitonnant sur le juke-box.

J’avais commandé un steak, évidemment, ça s’appelait Georges Steak House dans le temps. C’était la première fois que j’allais dans un restaurant autre qu’un snack-bar. Les seuls steaks que j’avais mangés dans ma vie étaient ceux que ma mère appelait du steak minute. Il s’agissait d’une tranche pas plus épaisse qu’un centimètre et que ma mère fessait à coups de marteau de bois avec des pointes pour l’attendrir. Elle le cuisait dans une poêle avec un gros morceau de beurre noirci qu’elle versait en guise de sauce à la fin de la cuisson.

Alors quand la serveuse a déposé mon steak d’un pouce d’épais dans l’assiette, je pense que je l’ai retourné trois fois pour le refaire cuire, car il était rouge au milieu. Moi qui avais été élevé à manger de la semelle de botte, je ne connaissais pas le vrai steak. Heureusement, j’ai changé avec le temps comme les habitudes alimentaires des Québécois.

J’ai commandé un RIB saignant vendredi midi quand j’ai rencontré le copropriétaire, Jean-François Abraham, le gérant Charles Boudreault et le nouveau chef de Chez Georges, Michel Daigle, l’ancien chef du Bergerac à Jonquière. En plus, comme ça doit se faire quand on mange un steak de Chez Georges, j’ai commandé des champignons sautés, une salade du chef, une patate au four et de la sauce au poivre. J’avais l’impression de croquer dans de la nostalgie, bien assis dans la vieille salle à manger avec le mur de pierres et la cuisine face à la rue Racine devant de grandes fenêtres. Le restaurant visité par toutes les vedettes qui se rendent dans la région, même Justin Trudeau récemment, le restaurant que l’on voit le plus souvent sur les photos de la ville, le plus ancien de Chicoutimi, tourne une page d’histoire.

Tout ça n’existera plus en début de semaine. La démolition par l’intérieur va commencer mercredi matin, alors avis aux nostalgiques, aux plus de 50 ans, il ne vous reste plus que quatre jours pour vous retremper dans cette vieille ambiance. Les murs seront réduits au silence pour laisser la place à du nouveau.

Seule l’enseigne qui est comme une marque de commerce et qui se retrouve sur toutes les photos du centre-ville de Chicoutimi survivra aux transformations.