Moins de signalements à la DPJ: la COVID-19 fait des trous dans le filet

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) du Saguenay–Lac-Saint-Jean a enregistré une augmentation de l’ordre de 21 % des signalements pour l’année 2019-2020, qui prend fin le 31 mars, et une chute des mêmes signalements de l’ordre de 24 % pour le trimestre de confinement d’avril, mai et juin dernier.

C’est ce qui ressort de la présentation du rapport annuel de la Directrice de la protection de la jeunesse dans la région, Caroline Gaudreault. Il est impossible pour les équipes de la DPJ de rattraper ces signalements perdus ni même de savoir si des enfants sont passés entre les mailles du filet, mais déjà, le nombre de signalements est en augmentation.

La baisse du nombre de signalements depuis le début du nouveau trimestre est en partie attribuable à la fermeture des écoles. Il est important de rappeler que le milieu scolaire est toujours celui qui est à la source du plus grand nombre de signalements à la DPJ.

«Habituellement, nous connaissons une augmentation des signalements vers la fin septembre, mais cette année, on s’attend à ce que ça marque le coup», avance Caroline Gaudreault en point de presse.

La question de la pandémie a bien failli éclipser la situation vécue par des dizaines d’enfants de la région alors que le bond des signalements a été de l’ordre de 21 %. «Il n’y a pas un seul facteur qui peut expliquer cette situation. C’est une multitude de facteurs et de situations vécues dans les familles», insiste la directrice régionale, qui ajoute une explication à cette réalité.

Depuis des années, des campagnes de publicité sont menées pour sensibiliser la population à la problématique de la négligence à l’endroit des enfants quand ce n’est pas de la maltraitance. Ces publicités, selon la directrice régionale, font leur chemin. Elle admet de plus que les situations dramatiques comme le décès d’une fillette à Granby et du jeune Thomas Audet dans la région ont aussi eu des effets sur la sensibilité de la population à cette problématique.


Depuis 2003, le nombre de signalements a connu une croissance de 55 % sur le territoire québécois. Cette année, selon la directrice régionale, 118 000 signalements d’enfants en situation de négligence ou de maltraitance ont été rapportés aux directions régionales.

Selon les tableaux fournis aux médias, malgré cette hausse des signalements, les intervenants de la DPJ ont retenu 1 % de cas de plus que l’an dernier. Pour Caroline Gaudreault, cette situation entre le nombre de signalements et les cas retenus ne signifie pas que chaque signalement n’est pas justifié. Dans certains cas, il peut manquer d’information ou un signalement qui n’est pas retenu dans une première analyse peut l’être dans quelques mois, lors d’un second signalement.

Pour éviter que des cas passent entre les mailles du filet, la DPJ procède à des audits des dossiers afin de vérifier si la grille d’analyse a été bien appliquée ou pour identifier des problématiques.

La crise sanitaire provoquée par la COVID-19 a d’une certaine façon balayé des écrans radars québécois les problématiques vécues par la Direction de la protection dans la jeunesse dans son ensemble. Le gouvernement doit recevoir à la fin novembre les pistes de solution de la Commission spéciale sur les droits des enfants et de la jeunesse (Commission Laurent). Selon Caroline Gaudreault et malgré la crise sanitaire, le gouvernement a maintenu le cap quant à la priorité accordée à la situation des enfants et des investissements additionnels ont été effectués pour corriger certaines situations.

Prévoir le coup

La DPJ prépare en ce moment le terrain dans le cadre de la seconde vague de la pandémie. Les enfants de 0-18 ans seront considérés comme des personnes vulnérables.

Les périodes de la pandémie et du confinement ont tout de même présenté des défis pour les intervenants de la DPJ. Ces derniers devaient poursuivre les visites dans les familles afin de vérifier si les enfants étaient toujours dans des conditions sécuritaires. La directrice régionale a souligné ce travail et a été informée que ces visites avaient permis au personnel de déceler une augmentation de la violence pendant cette période. La DPJ n’a toutefois pas été en mesure de chiffrer les cas où les policiers ont accompagné les intervenants sociaux.

La DPJ avait également sous sa responsabilité des jeunes en centre de réadaptation qui, du jour au lendemain, ont fait l’objet d’une directive ministérielle. Ils ont ainsi été privés de la visite des proches et parents dans les centres afin d’éviter la propagation du coronavirus. Caroline Gaudreault a indiqué que le personnel de ces centres a très bien réagi à cette situation, tout comme les jeunes qui ont accepté de se soumettre aux directives de la Santé publique. Ils ont eu accès à des appareils électroniques afin d’être en mesure de parler aux proches.

La directrice de la DPJ était accompagnée à ce point de presse par Mme Louise Lebel, présidente de l’Association de parents d’ados de Chicoutimi. Selon cette dernière, la période de confinement a été difficile pour les jeunes et les parents. L’organisme a vu le nombre de demandes d’aide augmenter et il y a encore beaucoup d’inquiétudes chez les parents.

Dès la fin du confinement, les jeunes ont rapidement baissé la garde, selon Louise Lebel. Caroline Gaudreault a de son côté signalé que le confinement pouvait à la limite provoquer d’autres problématiques et qu’il est important dans le contexte actuel de trouver un juste équilibre pour protéger la santé de la population sans créer de problèmes psychologiques.