Le maire de Dolbeau-Mistassini, Pascal Cloutier, affirme que le plus grand obstacle à la réforme du régime forestier québécois est la résistance organisée par la haute fonction publique du gouvernement du Québec qui refuse l’idée d’ouvrir la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier québécois.
Le maire de Dolbeau-Mistassini, Pascal Cloutier, affirme que le plus grand obstacle à la réforme du régime forestier québécois est la résistance organisée par la haute fonction publique du gouvernement du Québec qui refuse l’idée d’ouvrir la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier québécois.

Modernisation du régime forestier: la stratégie des bois ne réglera pas tout

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Un bras de fer entre une nouvelle coalition regroupant les grands acteurs du secteur forestier du Québec et des communautés nordiques pourrait s’engager avec le gouvernement Legault dans les prochains jours. Une insatisfaction a été soulevée par la réforme administrative du régime forestier et les retards de l’annonce de la stratégie de production des bois.

L’annonce devait avoir lieu avant la fin novembre. Le cabinet du ministre Pierre Dufour indiqué au Quotidien que cette annonce aura lieu avant la fin de l’année, mais la date précise n’a pas été confirmée.

Selon les informations recueillies par Le Quotidien au cours des derniers jours, l’Alliance Forêt boréale, avec à sa tête le maire de Dolbeau-Mistassini Pascal Cloutier, secondé par son collègue de Baie-Comeau Yves Montigny, l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec (AETSQ), la Fédération des coopératives forestières du Québec (FCQ) et le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), qui avaient soulevé des critiques sévères sur la réforme administrative annoncée par le ministère, maintiennent ces attentes.

Lors de l’annonce, le cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des parcs, Pierre Dufour, a à plusieurs reprises demandé aux organismes et politiciens municipaux d’attendre le dépôt de la stratégie de production des bois, du Plan vert et du plan de relance économique avant de porter un jugement sur l’ensemble de la démarche.

«Ils vont devoir en faire beaucoup pour nous convaincre avec la stratégie des bois. Jusqu’à maintenant, que ce soit pour la modification du régime forestier, le contenu du Plan vert et le projet de relance économique, le secteur forestier n’a pas ce qu’il devrait avoir. Nous n’abandonnons pas nos demandes pour la modification du régime forestier», insiste Pascal Cloutier, président d’Alliance forêt boréale et maire de Dolbeau-Mistassini.


« Je le dis depuis le début et je le répète encore, on sent qu’il y a une volonté politique. Mais nous nous heurtons toujours au mur des hauts fonctionnaires qui résistent. Le premier ministre a promis de déplacer 5000 fonctionnaires en région et ça doit commencer par le ministère des Forêts. »
Pascal Cloutier

Pascal Cloutier cite en exemple l’annonce concernant la modification administrative du régime forestier. Les fonctionnaires sont parvenus à convaincre le gouvernement qu’il n’était pas nécessaire de modifier la loi. Ce qui permet aux fonctionnaires de conserver le pouvoir sur la planification forestière qui constitue en fait le véritable enjeu de la réforme réclamée depuis la mise en place du régime forestier il y a sept ans et qui augmente de façon importante les coûts de la fibre, aujourd’hui la plus chère au monde.

L’AETSQ, qui regroupe les entreprises en travaux sylvicoles, est particulièrement impatiente de connaître la politique de stratégie des bois. Dans le cadre de l’exercice qui devait mener à l’adoption d’un nouveau régime forestier promis par le premier ministre François Legault, le regroupement avait recommandé la création d’un régime de garanties de travaux sylvicoles afin de permettre une meilleure planification dans les opérations.

À cette demande s’ajoutait d’accorder une plus grande autonomie professionnelle aux ingénieurs forestiers à l’emploi des entreprises dans la prescription des travaux. Le dernier élément était l’inscription dans la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier un budget annuel de base de l’ordre de 250 M$ dédié aux travaux sylvicoles.

Le CIFQ est également toujours sur son appétit et a de grandes attentes par rapport au plan de production des bois. Son président Jean-François Samray préférerait que l’on reporte l’annonce si c’est nécessaire pour compléter un projet bien structuré. Pour le CIFQ, le gouvernement doit surtout voir cette stratégie de production des bois comme un moyen de faire fructifier le capital forestier beaucoup plus rapidement et surtout considérer dans la relance économique que la forêt rapporte à l’état 100 $ pour chaque mètre cube de bois transformé, en plus de générer plus de 62 000 emplois à travers le Québec.

Au lendemain de l’annonce des modifications administratives, chacun de ces organismes avait critiqué plus ou moins sévèrement le résultat de la réforme, et surtout son impact mineur sur la réduction du coût de la fibre. Des discussions ont également eu lieu afin de créer une vaste coalition forestière pour mener la charge contre le blocus des fonctionnaires du ministère des Forêts à toute tentative d’apporter les modifications législatives nécessaires pour donner de l’oxygène à ce secteur industriel.

Pascal Cloutier n’as pas pris d’engagement pour les autres organismes, mais a assuré que les principaux intervenants mènent toujours des discussions et que l’analyse de la situation n’a pas changé quant aux problèmes du régime forestier.

Des organisations syndicales ont jusqu’à maintenant participé aux discussions pour la création de la coalition. Il est de plus possible que l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui avait accueilli favorablement les éléments de la réforme administrative, révise sa position. Son président du Comité sur la forêt, l’ex-ministre libéral Pierre Corbeil, a participé aux discussions. L'UMQ a constaté que les communautés forestières qui constituent une partie de son membership ont une lecture totalement différente de la démarche du ministère et surtout de l’efficacité de la réforme administrative du régime forestier.

La région de l’Outaouais est également sur le sentier de la guerre contre le ministère des Forêts. Les élus des communautés locales ont une fois de plus dénoncé le ministère dans une sortie publique mercredi dernier.

C’est le premier ministre du Québec François Legault qui a lui-même créé de grandes attentes au sein de l’industrie et des communautés forestières en prenant l’engagement à deux reprises d’apporter des modifications importantes au régime forestier. En juin dernier, de passage à Alma, il est même allé jusqu’à promettre le dépôt d’un nouveau régime forestier pour l’automne.

Selon ce qu’il a été rapporté au Quotidien, l’annonce en pleine période des Fêtes ne permettra pas au premier ministre du Québec de se dédouaner de sa promesse du dépôt d’un nouveau régime forestier. Les groupes vont revenir à la charge après la pause des Fêtes pour venir à bout de l’obstruction de l’appareil administratif du ministère, selon les termes du maire de Dolbeau-Mistassini.

Le maire de Dolbeau-Mistassini, Pascal Cloutier, affirme que le plus grand obstacle à la réforme du régime forestier québécois est la résistance organisée par la haute fonction publique du gouvernement du Québec qui refuse l’idée d’ouvrir la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier québécois.