Si les prix à l’autocueillette sont restés les mêmes, à 9 ou 10 dollars par kilogramme, le prix pour la congélation a carrément fondu, passant de 6 $/kg en 2016 et 2017, à 1,10 $/kg en 2019.

Miser sur l’autocueillette de la camerise

Depuis la fin de semaine dernière, les producteurs de camerises ont commencé à ouvrir leurs vergers pour l’autocueillette à la population dans la région. Ces derniers espèrent que les cueilleurs viendront les visiter en grand nombre, car le prix offert par les usines de congélation est passé de 6 $/kg en 2017 à 1,10 $/kg en 2018, et aucune hausse de prix n’est en vue pour cette année.

En se promenant sur les routes de la région, on a commencé à voir les premières affiches invitant les cueilleurs à venir faire le plein de camerises, au cours de la dernière fin de semaine. C’était notamment le cas au Verger P.O. Martel, à Desbiens, qui a été un des premiers producteurs à ouvrir son verger pour l’autocueillette. « La saison est en retard d’une dizaine de jours, mais la production s’annonce excellente », se réjouit le producteur Pierre-Olivier Martel, qui a récolté 58 boîtes lundi avec une récolteuse semi-mécanisée.

Marilyn et Yvon Potvin misent sur la camerise, mais sur bien d’autres petits fruits.

Partout dans la région, les producteurs s’apprêtent donc à accueillir les cueilleurs de camerises qui se font de plus en plus nombreux chaque année, au fur et à mesure que le petit fruit se fait connaître.

Étant donné que la culture de la camerise n’est arrivée au Québec qu’en 2007, le marché a grandement évolué, au cours des dernières années. Avec une offre faible au départ, les prix étaient très élevés, mais ils ont chuté drastiquement, au cours des dernières années, alors que près d’un million de plants ont été mis en terre au Québec depuis 2007. Même si la frénésie s’est calmée, la production ne cesse d’augmenter, car il faut compter au moins cinq ans avant qu’un camérisier atteigne sa pleine production.

Si les prix à l’autocueillette sont restés les mêmes, à 9 ou 10 dollars par kilogramme, le prix pour la congélation a carrément fondu, passant de 6 $/kg en 2016 et 2017, à 1,10 $/kg en 2019. « Les ventes aux usines de congélation sont passées de 40 000 à 100 000 livres brusquement, et les prix ont dû être baissés pour écouler la production », explique Pierre-Olivier Martel. Pour contrer cette baisse, le producteur, qui possède un verger de 15 000 camérisiers, souhaite développer davantage l’autocueillette, tout en développant des partenariats avec des restaurants et des entreprises locales.

À L’évolution fruitée, un verger situé sur le rang Simple nord à Saint-Félicien, la productrice, Marilyn Potvin, a pour sa part décidé de commencer l’autocueillette mercredi pour permettre aux fruits de mûrir à point. Cette dernière a commencé par mettre 3500 plants en terre en 2012, pour créer un intérêt supplémentaire dans le but de reprendre les terres familiales, où son père Yvon cultive des céréales.

Avec 10 variétés dans son verger, les cueilleurs peuvent ainsi choisir celle qui leur plaît le plus, car certaines sont plus sucrées et d’autres plus amer. Au cours de l’été, Marilyn Potvin compte ajouter 500 nouveaux plants de la variété Aurora, un cultivar plus sucré qui fait fureur auprès des consommateurs, dit-elle.

« Pour nous, l’idéal est de vendre directement au client pour éviter les intermédiaires et faire un maximum de revenus », soutient la productrice, qui cultive un hectare de camerise. Même si elle est considérée comme une petite productrice avec ses 3500 plants, il est impossible de tout vendre par le biais de l’autocueillette. C’est pourquoi Marilyn Potvin, qui opère aussi une garderie en milieu familial, souhaite développer des marchés alternatifs afin de créer davantage de valeur avec ses champs. « On veut aussi développer de meilleures méthodes de récolte pour être plus efficace », ajoute Yvon Potvin.

En plus des camerises, la productrice offre également toute une panoplie de petits fruits tout au long de l’été, soit différentes variétés de framboises, de l’argousier, de l’amélanchier, de l’aronie, du cassis, de la griotte, des groseilles et du sureau.

La diversification peut être une bonne façon d’éviter de tout miser sur la camerise qui, malgré un avenir prometteur, n’est plus la culture de rêve telle qu’elle était décrite il y a quelques années. Alors que l’on promettait des rendements allant jusqu’à 4 kg par plant, la moyenne est davantage aux alentours de 1 à 2 kg par plant, soutient Pierre-Olivier Martel. « Il faut accepter le statut de pionnier et continuer à bûcher, dit-il. L’avenir s’annonce intéressant, car les gens sont enthousiastes et ils reviennent en chercher pour faire des provisions, mais il faudra passer à travers le creux de la vague. »

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UN ESSOR MONSTRE AU QUÉBEC

La ferme expérimentale de Normandin effectue des recherches sur la camerise depuis 2007, lorsque l’implantation commençait à peine au Québec. À l’époque, l’engouement avait commencé quand plusieurs producteurs se sont rendus à l’Université de la Saskatchewan pour découvrir les nouveaux cultivars qu’ils avaient développés. Rapidement, le petit fruit a connu un essor monstre dans la Belle Province. « Les producteurs québécois se sont très bien organisés en se dotant d’une structure de développement avec le MAPAQ et Camerise Québec », remarque Julie Lajeunesse, biologiste en gestion en plantes fourragères et petits fruits à la ferme expérimentale de Normandin.

Avec plus d’un million de plants en terre, le Québec serait désormais le leader mondial de la camerise. Il demeure toutefois difficile de tirer son épingle du jeu alors que le marché se transforme et que de nouveaux cultivars apparaissent sur le marché chaque année. Par exemple, sur les 14 cultivars testés par la ferme expérimentale en 2007, la vaste majorité n’est plus en vente, et seule la variété Berry Blue demeure sur le marché, principalement pour ses qualités de plant pollinisateur.

La ferme expérimentale a également fait un projet de recherche sur la fertilisation azotée, mais les essais, sur une terre riche et argileuse, n’ont pas démontré de résultats positifs. 

Pour continuer d’épauler les producteurs, la ferme expérimentale de Normandin a soumis un projet de recherche pour mieux connaître la phénologie des différents cultivars. « On veut être capable de donner plus d’informations aux producteurs, pour leur dire quel est le réel rendement attendu des différents cultivars sous le climat du Québec, soutient Julie Lajeunesse. On veut développer les meilleures techniques pour la taille des plants, pour la mécanisation de la cueillette, pour la maturité des fruits et pour la conservation. »

Julie Lajeunesse est biologiste, gestion en plantes fourragères et petits fruits à la Ferme expérimentale de Normandin.