Mirelle Jean, spécialiste des villes intelligentes

L’ancienne députée Mireille Jean est de retour à Stuttgart, en Allemagne, depuis quelques jours, afin de poursuivre une maîtrise en « Smart City Solutions ». Ce deuxième séjour ne durera que deux mois et demi puisque la formation a débuté en ligne, il y a quelques semaines, en raison de la pandémie de COVID-19.

Mme Jean a complété, en février, son premier semestre de six mois. Elle est ensuite revenue au Québec pour une pause de cinq semaines qui s’est finalement étalée sur une plus longue période.

« L’ajustement s’est fait rapidement. Les professeurs se sont bien adaptés. Ils utilisent différentes plates-formes pour assurer l’enseignement. On se retrouve ensemble en ligne. Les questions et les échanges se font en direct », racontait-elle, mercredi, dans un entretien accordé au Progrès alors qu’elle patientait à l’aéroport.

Le retour en Allemagne permettra à Mme Jean de renouer avec l’allemand et l’apprentissage de cette langue qui n’a rien de banal. « Ça allait bien. Je me trouvais bonne. Je commençais à faire des phrases. Je lisais le journal et j’arrivais à comprendre les articles. J’ai presque tout perdu depuis », témoigne celle qui qualifie cette langue d’à la fois complexe et charmante.

Au terme de ce semestre, le 31 juillet prochain, Mireille Jean reviendra au Québec. La suite est encore à définir alors que son cheminement pourrait même se dérouler, l’automne prochain, au Québec. Celle qui voue un amour au développement urbain espère être en mesure de rédiger son mémoire de maîtrise ici plutôt qu’en Allemagne. « Je suis à discuter avec des partenaires potentiels. On a beaucoup à apprendre des Européens. Ce que j’aimerais, c’est d’en faire profiter le Québec », confit-elle.

La démarche de l’ancienne députée péquiste, qui est de retour sur les bancs d’école pour une période de deux ans et demi, retient déjà l’attention. Après tout, le sujet des villes intelligentes et les enjeux qui gravitent autour ne pourraient être plus actuels. La feuille de route de celle qui détient une formation en architecture, en plus d’avoir oeuvré en affaires dans le domaine des hautes technologique ne passe pas, elle aussi, inaperçue.

La femme qui a entrepris une démarche académique dans le Vieux Continent afin, notamment, de ficeler l’information et les expériences qu’elle a accumulées au fil des années, n’a pas l’intention de s’en tenir qu’à la maîtrise. Elle mettra, en janvier 2021, le cap vers la Grande-Bretagne afin de compléter un MBA à Liverpool. Celle qui deviendra l’une des premières expertes de ce domaine au Québec y rédigera un deuxième mémoire. Cette seconde portion du projet académique permettra d’ajouter une approche de développement et de gestion de projet aux notions de base qu’elle découvre à Stuttgart.

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CRISE ÉGALE OPPORTUNITÉ

La pandémie de COVID-19 est l’occasion de revoir les villes telles que nous les connaissons. Mireille Jean est d’avis que l’actuelle crise est, en quelque sorte, une projection du futur qui nous attend si aucun changement n’est mis en place. 

« La pandémie nous dit que si on n’agit pas, c’est ce qui arrivera. C’est un accélérateur. Il faut y réfléchir dès aujourd’hui. Si nous réagissons tout de suite, ça peut devenir une opportunité et non un problème. On voit à quel point on est déstabilisés par la crise et tous les impacts qu’elle a », affirme-t-elle. 

Celle qui poursuit une maîtrise en villes intelligentes rappelle que le concept permet de « repenser nos villes pour qu’elles soient le plus résilientes possible pour faire face aux enjeux ». Cette approche facilite, selon elle, le changement.

Au-delà des recherches universitaires, cette culture en émergence pourra être implantée par les administrations municipales qui désirent le faire et par certaines qui le feront par obligation. Plusieurs sont conscientes de l’importance d’emprunter un tel virage. L’entreprise privée prendra également part au changement en proposant divers outils et pistes de solution. 

Mireille Jean est convaincue qu’elle pourra aider les entreprises à comprendre l’univers municipal. Elle pourra également accompagner les municipalités face au domaine privé tout en gardant en tête l’aspect législatif qui s’accole au concept de ville intelligente. 

Passionnée pour ce domaine en émergence, Mireille Jean présente les « smart cities » comme une solution positive pour vivre les changements et même accéder à une meilleure qualité de vie. « Si on ne veut pas revivre de catastrophe, il y a des solutions. Pour les jeunes générations, c’est également un moyen de voir le futur sans toutes ces catastrophes », dit-elle.

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SAGUENAY « N'A PAS DE VISION »

Dès le début de sa démarche visant à faire d’elle une experte en villes intelligentes, Mireille Jean a tenu à y inclure la Ville de Saguenay qui a toutefois décliné l’offre par le biais d’une lettre. Mme Jean mentionne n’avoir jamais reçu de coup de fil permettant d’expliquer ce refus. 

« J’ai ouvert la porte. C’est une opportunité extraordinaire. La Ville a connu la fusion. Elle a ses problèmes et doit se réinventer. C’est une belle opportunité d’en profiter, de créer une culture de ‘‘smart cities’’ à Saguenay. Je souhaitais mettre Saguenay dans ce peloton de tête. Le Québec pourrait se démarquer de façon positive. Il y a un savoir-faire à développer qui peut être partagé et même être rentable », explique-t-elle. 

Mireille Jean assure évaluer toutes les options qui s’offrent à elle alors qu’elle complète sa formation et à la suite de celle-ci. 

« J’ai envie que ce que j’apprends fasse avancer la société, que ce soit dans ma région ou dans le Québec. Je veux aller là où l’environnement me permettra de faire avancer les choses. Ça pourrait se faire au privé ou auprès des gouvernements », indique l’ancienne députée de Chicoutimi. 

« Absence de vision » à Saguenay

Lorsqu’invitée à commenter ce qui est réalisé par Saguenay, Mireille Jean se désole de l’absence de vision. « Est-ce qu’on a une vision de la ville dans 25-30 ans ? Ce que je déplore, c’est que c’est une gestion à la carte. On sait bien qu’il doit y a une gestion à la semaine. Toutefois, les décisions d’aujourd’hui doivent s’inscrire dans la vision de futur. Il n’y a pas de vision », fait-elle valoir.

Celle qui a été députée provinciale de 2016 à 2018 souligne l’importance pour les élus de se questionner quant à ce qu’ils désirent léguer aux générations futures. Une vision définie permettrait, selon elle, de faire des choix plus éclairés et qui seraient en adéquation avec le présent et le futur de la ville. 

Josée Néron nie

« Depuis le début de l’actuel mandat, Saguenay est très actif concrètement dans le dossier de ville intelligente, notamment par sa participation au Défi Villes intelligentes d’Infrastructures Canada et l’implantation de procédés d’automatisation et de numérisation de ses services. En octobre dernier, Saguenay a d’ailleurs adopté sa Planification stratégique 2020-2030 qui propose des pistes d’action et une vision incluant des initiatives fructueuses déjà amorcées, comme notre plateforme de consultation citoyenne et de réponses aux requêtes », a mentionné la mairesse Josée Néron, en réponse aux propos de Mireille Jean. 

« Je siège aussi au sein de la Commission des villes intelligentes de l’Union des municipalités du Québec et je participe étroitement à la Stratégie de transformation numérique des gouvernements de proximité, qui est en lien direct avec la Stratégie numérique du gouvernement du Québec qui a été déposée en juin 2019. Nous collaborons notamment avec l’Université Laval qui a mis sur pied l’Académie de la transformation numérique et des organisations accompagnatrices expertes préidentifiées », a ajouté Mme Néron.