Minuit moins une pour les transformateurs laitiers

Les transformateurs laitiers québécois estiment qu’il est minuit moins une si l’on veut sauver de nombreux emplois reliés à la production de fromage, de beurre et de yogourt. Ils demandent une aide similaire à celle accordée aux producteurs laitiers, car autrement, la production de lait en prendra pour son rhume.

Les membres du Conseil des industriels laitiers du Québec demandent au gouvernement de Justin Trudeau une aide financière en réponse à l’arrivée massive, sur les tablettes des épiceries, de millions de kilogrammes de produits transformés en Europe et aux États-Unis.

Les transformateurs ont besoin de cette aide, au même titre que l’aide accordée aux producteurs laitiers, estiment-ils.

« Nous ne comprenons pas très bien que les transformateurs n’aient pas encore reçu d’aide financière au même titre que les producteurs. C’est comme un non-sens, car ce sont les transformateurs qui achètent la production laitière. Sans transformation, qu’est-ce que l’on fera de cette production ? », lance Charles Langlois, président-directeur général du regroupement.

Les membres du conseil d’administration du Conseil des industriels laitiers du Québec tiennent une rencontre jeudi, à Alma. Ils ont profité de leur passage au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour discuter de la situation avec Le Quotidien, dans le cadre d’une rencontre éditoriale.

Les membres du conseil – 87 entreprises et 95 usines au Québec – sont conscients qu’ils devront composer avec une toute nouvelle réalité dans les mois à venir. Trois ententes signées par Ottawa feront en sorte que des quantités importantes de produits envahiront les tablettes des marchés d’alimentation.

« Nous n’avons pas le choix. Ce sont des ententes internationales et le Canada a donné un accès à l’arrivée de ces produits. Juste pour le fromage, ce sont 48 millions de kilos qui seront importés à terme. C’est quatre fois la production du Saguenay–Lac-Saint-Jean en fromage. C’est l’équivalent de 13 à 20 entreprises de taille moyenne », ajoute M. Langlois.

« Ça aura un impact sur notre développement et notre rentabilité. Ces produits que l’on va amener ici, nous ne les fabriquerons plus ou pas du tout », dit-il.

Comme ces produits risquent de se vendre à plus bas prix que les produits québécois, en raison des subventions et des prix moins élevés de la matière première, des marchands pourraient être tentés de leur faire une plus grande place sur les tablettes.

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Au-delà du fait qu’il est minuit moins une et que le gouvernement fédéral doit faire sa part pour leur venir en aide afin de faire face à la compétition, les transformateurs laitiers chercheront à fidéliser les consommateurs.

« Mais le consommateur a un porte-feuille limité. Il va chercher le meilleur prix pour son usage quotidien. Pour faire face à l’importation, il faut investir et se moderniser encore plus. Mais ça prend de l’aide », disent les transformateurs.

Quant à la possibilité de percer les marchés américains et européens, les artisans régionaux et provinciaux aimeraient bien le faire, mais ne cachent pas que les Européens et les Américains n’acceptent pas facilement les produits d’extérieur.

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LES TROIS DÉPUTÉS FÉDÉRAUX RENCONTRÉS

À quelques semaines du déclenchement officiel de l’élection fédérale, les membres du conseil d’administration du Conseil des industriels laitiers du Québec rencontrent jeudi les trois députés de la Chambre des communes.

Au cours de la journée, ils auront l’opportunité de discuter avec le député libéral Richard Hébert, la députée néo-démocrate Karine Trudel et le député conservateur Richard Martel.

Il va sans dire que les membres du conseil d’administration ne s’attendent pas à recevoir des chèques avant la prochaine élection fédérale.

« Nous voulons voir leur vision pour le développement de notre industrie. Nous voulons aussi savoir de quelle façon leur parti compte nous soutenir face à cette situation. Nous voulons qu’ils portent notre message vers les instances du parti », note Luc Boivin, directeur général de la Fromagerie Boivin de La Baie.

En fait, les transformateurs sont conscients que la situation pourrait demeurer au point neutre pour les prochains mois.

Les choses pourraient bouger si les libéraux sont reportés au pouvoir, mais si le pouvoir change de main, il est possible que le travail doive être refait en grande partie.

Les transformateurs laitiers rappellent que l’ancien gouvernement Harper avait promis une aide de 465 millions de dollars pour la transformation en 2015.

« Mais plusieurs de nos entreprises n’en ont pas vu la couleur encore. Il y en a eu un peu en région. Ce fut plus une mesure électoraliste qu’autre chose. On s’attendait à avoir aussi une annonce comme celle faite pour les producteurs. Mais il n’en est rien », a précisé Gilles Froment, vice-président principal de Parmalait.

Concernant la tenue du conseil d’administration à Alma, il faut savoir que le Conseil des industriels laitiers du Québec mise sur quatre membres en provenance du Saguenay–Lac-Saint-Jean. En plus de Luc Boivin, on retrouve Gilles Blackburn (Fromagerie Blackburn de Jonquière), Normand Duperré (Laiterie de La Baie) et Hélène Cadieux (Fromagerie La Normandinoise de Normandin).