Étudiant à la maîtrise, Xavier St-Gelais se concentre sur les variations de prononciation du son \"o\" entre la France et le Québec pour comprendre comment la voyelle est formée et ce qui influence la façon dont elle est dite.

Mieux se connaître par la langue

Étudier la façon dont les gens parlent peut permettre d'apprendre une foule d'informations sur eux, affirme l'étudiant à la maîtrise en linguistique de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Xavier St-Gelais. C'est pourquoi il se concentre sur la manière dont des personnes provenant de divers endroits prononcent les sons. Son projet de recherche, « L'antériorisation du son "o" ouvert en français contemporain : étude comparative entre Québec et France », porte donc sur les différentes façons de prononcer une voyelle particulière.
« C'est le son de la lettre "o" qu'on retrouve dans les mots "vote" et "bol", par exemple, explique M. St-Gelais. Il y a des microvariations dans la façon de prononcer cette voyelle. On peut percevoir des accents avec les différences. Les variations sont attestées depuis longtemps en France, mais c'est moins le cas au Québec, alors on prend la France comme point de comparaison. »
Pour réussir à comprendre ces variations dans la prononciation, Xavier St-Gelais enregistre des participants pendant une certaine durée pour ensuite analyser le signal sonore produit par les paroles. L'étudiant passe d'ailleurs la session d'hiver en France, à Lyon, pour travailler sur son projet. « J'enregistre 20 Lyonais pendant 1 h 30. Ils lisent des phrases dans lesquelles on a placé la voyelle en question un certain nombre de fois. Ensuite, on va prendre des mesures qui vont nous donner l'information sur la façon dont les participants produisent la voyelle. C'est une analyse mathématique sur les ondes sonores », raconte-t-il.
L'étudiant cherche à savoir précisément quelle est la position de la langue ou encore l'ouverture de la bouche lorsque la voyelle est dite. Il souhaite découvrir si certains sons ont une influence sur la prononciation des autres. « On sait qu'il y a une variation entre la Ville de Québec et Saguenay. Mais on ne sait pas où et comment elle se produit », poursuit-il.
« C'est une étude qui s'inscrit dans la science fondamentale. Elle permet l'avancement des connaissances. Comprendre les variations de cette voyelle, comment elle est influencée par les autres sons, va permettre, un jour, de comprendre les autres variations dans la langue. Ça peut avoir des impacts sur l'orthophonie ou sur les technologies de reconnaissance de la voix. Peut-être qu'un jour on va avoir un système qui va reconnaître lorsque quelqu'un vient du Saguenay à cause de sa prononciation ! », ajoute M. St-Gelais.
Xavier St-Gelais s'est intéressé à la recherche dès son baccalauréat. Il a commencé très tôt à travailler sur les différentes voyelles au laboratoire du chercheur Vincent Arnaud, qui est d'ailleurs son directeur de maîtrise.
« C'était l'une des voyelles qu'il étudiait déjà. Alors avant d'entamer ma maîtrise, j'avais une base sur laquelle partir », mentionne-t-il.
D'après M. St-Gelais, son directeur lui a donné une chance incroyable de pouvoir poursuivre ses études à la maîtrise. Il estime que les deux ont une très bonne relation, qu'ils sont presque des amis.
« C'est crucial pour bien réussir à la maîtrise, affirme M. St-Gelais. Ton directeur te permet de voir les choses sous un nouvel angle et il y a un travail de collaboration pour tout ce qui touche à la méthodologie. La maîtrise est une aventure humaine. C'est peut-être un peu trop gros pour être réalisé seul. Alors il faut vraiment avoir une bonne relation avec son directeur ! »
Des réponses aux problèmes du futur
Pour l'étudiant à la maîtrise en linguistique de l'Université du Québec à Chicoutimi, Xavier St-Gelais, la recherche fondamentale est cruciale, peu importe dans lequel domaine elle se fait.
« C'est important de financer et de diffuser la recherche, même si elle ne créera pas un remède au cancer, affirme-t-il. Par exemple, pour la linguistique, ça touche énormément de personnes. Tout le monde parle et tout le monde a une opinion là-dessus. Et c'est utile pour les technologies du traitement de la voix ou même de la communication avec les animaux ! »
Selon lui, la recherche fondamentale permet de trouver des réponses à des problèmes qui seront possiblement soulevés dans le futur.
« On va parfois un peu vite, on finance surtout des recherches qui ont un impact immédiat. Toutefois, certains projets très intéressants et pertinents ont une vision à long terme. Il ne faut pas les dévaloriser. La recherche fondamentale offre une excellente compréhension du monde qui nous entoure. C'est nécessaire », mentionne M. St-Gelais, qui estime que la majorité des gens sont tout de même favorables à ce type d'études, et qu'ils y accordent somme toute assez d'importance. Toutefois, il croit que la science fondamentale manque un peu de publicité.
« Les scientifiques ont un devoir de communiquer davantage. On doit faire connaître toutes les disciplines. Il y en a qui pourraient être extrêmement intéressantes pour plusieurs personnes, mais elles ne sont pas au courant que ça existe ! », poursuit-il.
Donc, d'après l'étudiant, même si la vulgarisation peut parfois être plus difficile pour certains chercheurs, les scientifiques doivent parler de leurs recherches.
« Il y a un effort à faire. Mais c'est nécessaire de s'assurer que le langage utilisé peut être compris par tout le monde. Pas parce que la population n'est pas intelligente, mais parce que le jargon utilisé est très spécifique la plupart du temps. Si on veut que tout le monde comprenne, on doit être clair », conclut-il.