À l’arrière: Genner Rubelsy Esquivel Rivera, Antony Alexander Vasquez Imenez et Agner Gildaberto Batres Gonzalez. À l’avant: Wilson Orlando Chonay Lopez, Steven Juan de Dios Ramirez Noguera, Patrick Fortier et Jose Israel Guerra Figueroa. Absent: Selvin Adalberto Toledo Umaña.

Miel des Ruisseaux : des abeilles très dévouées

En faisant le choix d’embaucher de la main-d’œuvre étrangère, l’entrepreneur Patrick Fortier a réussi à garder la tête en dehors de l’eau au niveau de la gestion des ressources humaines. Celui qui est à la tête d’une ferme de 275 bêtes et de la Miellerie des Ruisseaux, qui comprend plus de 600 ruches, emploie depuis plus d’un an des Guatémaltèques.

Cette solution à la rareté de la main-d’œuvre a permis à Patrick Fortier de stabiliser son équipe de travail, laquelle comprend près d’une vingtaine d’employés.

« Ça fait depuis mars 2018 qu’on est entrés dans l’aventure. J’ai été agréablement surpris. On ne pourrait plus se passer d’eux ; c’est impensable ! Ç’a changé ma vie », explique celui qui emploie trois personnes immigrantes à la ferme et deux à la miellerie.

José Israel Guerra Figueroa profite du confort de sa chambre à coucher.

M. Fortier ne mâche pas ses mots. Selon lui, l’agriculture est en perdition. « La première réaction comme système de défense, c’est la robotisation, mais il y a un coût à ça. C’est pas toutes les fermes qui peuvent se le permettre. Pour moi, la solution, c’était la main-d’œuvre étrangère. J’ai misé sur l’humain », témoigne M. Fortier. Celui dont les produits sont offerts dans les épiceries de la région et au Grand Marché de Québec est convaincu que ce choix a permis de sauver son entreprise.

Les employés provenant du Guatemala sont de passage à Saint-Gédéon pour des séjours allant de cinq à huit mois. « Ça s’améliore d’année en année. Ils s’en viennent dans un nouvel endroit et ils ne parlent pas la langue. Après le stress de la première fois, le pire est passé. Je suis conscient que ce n’est pas tous les patrons qui peuvent accueillir des travailleurs étrangers. On me dit que ça va bien parce que je les traite ainsi », fait valoir M. Fortier, qui rappelle que, de manière générale, l’humain a peur du changement.

Celui qui converse en espagnol avec ses employés ne s’en cache pas : les efforts et les ajustements sont nécessaires à la réussite d’une telle démarche.

Les travailleurs du Guatémala habitent au deuxième étage de la miellerie.

Patrick Fortier confie avoir investi plus de 55 000 $ pour accueillir les nouveaux employés. L’appartement, qui se retrouve au deuxième étage de la miellerie, comprend toutes les commodités d’une résidence. Les travailleurs profitent même du service de visionnement de Netflix et de l’air conditionné.

Des normes fédérales balisent les installations qui accueillent ces travailleurs. Force est d’admettre qu’ils y sont confortables puisque deux autres Guatémaltèques employés dans une autre ferme y résident également.

Après près d’un an et demi, le travail n’est plus l’unique lien qui unit Patrick Fortier aux travailleurs québécois et aux travailleurs du Guatemala. M. Fortier souligne que des employés de la région ont même visité certains de ces travailleurs dans leur pays d’origine.

Les liens sont si forts que Patrick Fortier exprime à la blague que même s’il gagne à la loto, il y aura toujours une place pour les employés étrangers.

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CHOISIR LE QUÉBEC POUR RÉALISER SON RÊVE

(ACB) - L’opportunité de réaliser son rêve de se construire une maison dans son pays d’origine; voilà ce qui a amené Jose Israel Guerra Figueroa à venir travailler à Alma, au Lac-Saint-Jean. Pour y parvenir, lui et les autres travailleurs provenant du Guatemala qui sont employés chez Miel des Ruisseaux ont dû faire des sacrifices, dont celui de laisser femmes, enfants et familles derrière eux, et ce, pendant de longs mois. 

Citoyens d’un pays qui offre peu d’opportunités professionnelles, ces hommes n’ont pas hésité à faire le saut au Canada. Le salaire horaire québécois frôle le salaire quotidien auquel ils sont habitués dans leur pays d’origine.

Avant de mettre les pieds sur la route du Lac, les Guatémaltèques n’avaient aucune idée de ce qui les attendait. À un point tel qu’il ne savait pas quoi placer dans leurs valises.

Le sacrifice est si grand que Steven Juan de Dios Ramirez Noguera explique que le fait de venir travailler au Canada apporte un certain respect aux familles de ces hommes.

Le froid figurait parmi les éléments de nouveauté. Les travailleurs avaient en tête que le temps froid du Guatemala était comparable à celui du Canada. Force est d’admettre que la surprise a été au rendez-vous. Wilson Orlando Chonay Lopez s’est rapidement habitué alors qu’il a conduit chaque journée d’hiver, et ce, même lors de tempête de neige. 

Malgré l’avantage financier que représente le travail au Lac-Saint-Jean, les travailleurs étrangers ont bien hâte de retrouver plusieurs éléments de leur vie en Amérique centrale. En plus de leur famille, la nourriture, les coutumes et le rendez-vous du dimanche à l’église font partie des éléments qui n’ont pas trouvé d’équivalence au Québec.

Les employés guatémaltèques soulignent la différence culturelle qui existe entre les deux pays. Rencontrés en pleine heure de lunch, ils citent, entre autres, le degré de liberté de leur pays d’origine et la proximité entre les gens qui existent là-bas. L’un des employés cite en exemple le port de la ceinture obligatoire en automobile.

Travailler dans le respect

La vie québécoise n’est pas teintée que de nostalgie pour ces travailleurs étrangers. Leur visite au Canada leur a permis de découvrir un nouvel angle du travail. 

Les relations professionnelles figurent sur le plan des distinctions entre les deux pays. Les hommes expliquent que le respect entre les employés et le patron n’est pas légion au Guatemala alors qu’une amitié s’est créée avec leur patron québécois, Patrick Fortier.

Heureusement, la technologie, dont les communications vidéo, facilite grandement les nombreux mois passés, seul, au Québec. C’est le cas notamment de Steven Juan de Dios Ramirez Noguera dont la femme a accouché il y a quelques semaines. Celui-ci a assisté, à distance, à l’accouchement de son enfant. Le père de famille est impatient de retourner chez lui le 1er octobre. 

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MAIN D'OEUVRE DÉVOUÉE

(ACB) - Patrick Fortier est au fait des critiques qui peuvent être formulées envers les entrepreneurs qui font le choix de recruter à l’étranger. Mais il est catégorique : les Guatémaltèques qu’ils embauchent ne sont pas de la main-d’œuvre bon marché. 

« Ils sont payés 13,75 $ de l’heure. La pension leur coûte 30 $ par semaine. Les vêtements de travail sont fournis. Un employé a été malade ; j’ai dû l’amener à l’hôpital. J’ai payé les médicaments. Mes employés sont très bien traités », répond-il aux détracteurs.

Le président de Miel des Ruisseaux en profite pour souligner la grande disponibilité des travailleurs étrangers. Ceux-ci ne rechignent pas devant les tâches du milieu agricole, qui obligent le travail en soirée et les fins de semaine. Il compare leur semaine de travail de 50 heures à des séjours dans le Nord pour les travailleurs québécois.

Patrick Fortier mentionne qu’avec eux, chaque journée débute et se termine par une poignée de main.

La venue de quelques travailleurs immigrants, quelques mois par année, dans son entreprise ne change en rien, pour lui, la valeur des produits régionaux qu’il offre.