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Microbrasseries: les remous d'une industrie
Microbrasseries: les remous d'une industrie
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La grande sélection de bières de microbrasseries au Marché Centre-Ville, à Chicoutimi.
La grande sélection de bières de microbrasseries au Marché Centre-Ville, à Chicoutimi.

Une pandémie aux effets inégaux sur les microbrasseries

Marc-Antoine Côté
Marc-Antoine Côté
Le Quotidien
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La bière de microbrasserie coule à flots au Québec depuis quelques années. La pandémie cause toutefois sa part de remous, entraînant des effets inégaux sur les différents acteurs de l’industrie. Car si les tablettes des épiceries et dépanneurs sont dévalisées depuis le printemps dernier, la situation est plus difficile pour ceux qui n’y ont pas leur place.

Sébastien Gagnon, président et directeur général de la Brasserie Dunham dans les Cantons-de-l’Est, mais aussi du Vices & Versa à Montréal, est probablement le plus à même de constater le fossé qui se creuse entre la vente dans les pubs et celle sur les tablettes.

De sa position, il a vu sur une « hécatombe » dans la région métropolitaine, laquelle pourrait d’ailleurs être fatale, selon lui, pour certains de ses homologues sur l’île qui n’ont pas tous la chance d’y être établis depuis 16 ans.

Effervescence estivale en région

Heureusement pour Sébastien Gagnon, les produits locaux ont la cote dans les nombreux points de vente du Québec où il distribue sa bière. Puis l’été a amené bien des Montréalais à fuir la ville au profit de l’air frais de Dunham, où sa brasserie se dirige vers « une année record ».

« Ç’a eu un impact majeur sur l’achalandage, non seulement ici à la Brasserie Dunham, mais j’en parlais avec un collègue de la Sutton Brouërie qui me disait faire le même constat pour cet été. […] En étant à 1h15 de Montréal, on est devenus une destination assez prisée. »

Plus difficile pour les artisans

Ce ne sont cependant pas tous les microbrasseurs qui ont la chance d’avoir un pied à terre en région, ou encore en épicerie. La brasserie Griendel à Québec a vu ses activités tomber au neutre au printemps, elle dont 92 % des revenus sont engrangés sur place.

L’établissement avait alors le permis nécessaire pour distribuer ses produits sur les tablettes, mais pas l’équipement pour l’embouteiller. Et parce que l’espace est une denrée rare au centre-ville, le copropriétaire Martin Parrot a dû dénicher le seul modèle de canneuse dont la taille convenait, au Colorado.

« On ne fait pas nos frais dans ce contexte. Une chance que la subvention salariale est là, parce que sinon, à faire du takeout, ce n’est pas rentable sans l’aide du gouvernement », explique-t-il.

Une question de permis

Le nerf de la guerre depuis le printemps dernier réside dans les types de permis et de canaux de distribution. Ceux qui disposent d’un permis Artisan Brasseur (AB) n’avaient pas accès aux tablettes des dépanneurs et épiceries jusqu’à l’adoption du projet de loi 72, le 14 décembre dernier.

C’était le cas de la brasserie EtOH à Montréal, qui a fait le choix il y a sept ans d’avoir « une business plus petite, mais moins affectée par la compétition ».

« Avec la pandémie, la game a changé. Et là, le fait de ne pas pouvoir vendre à l’extérieur de nos murs nous pénalise énormément », expliquait en novembre le président François Bélanger, qui envisageait alors la possibilité de se tourner vers un permis Brasseur.

Au cours des derniers mois, celui-ci donnait accès à « un canal qui a explosé », assure Marie-Ève Myrand, Directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ). Ce qui semble à première vue confirmer l’idée selon laquelle les gens boivent davantage en temps de pandémie pointe en fait vers un changement des habitudes de consommation.

« Je pense que les gens ne boivent pas vraiment plus, mais boivent dans des canaux différents. La bière que tu buvais au restaurant ou en 5 à 7 avec tes amis, tu vas la boire à la maison. »

Constat en deux temps

La pandémie aura été le coup de grâce d’un ou deux établissements, note Marie-Ève Myrand, et continuera de mettre à l’épreuve les artisans brasseurs dans les prochains mois. Mais les microbrasseries se multiplient toujours au même rythme au Québec.

« Honnêtement, on ne voit pas de différence significative. Bon an mal an, on est toujours autour de 10-15 %, voire 20 % d’augmentation. Et c’est ce qu’on continue de voir. Ça dépend juste du moment où la photo a été prise. »

La directrice générale de l’AMBQ conclut par un appel au consommateur, qu’elle invite à voyager à travers les nombreuses bières de la province durant la pandémie.