Michel Potvin claque la porte de l’Équipe du renouveau démocratique

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le numéro 2 de l’administration municipale de Saguenay et président de la Commission des finances, Michel Potvin, quitte l’Équipe du renouveau démocratique (ERD). Il deviendra conseiller indépendant en raison de désaccords fondamentaux qui persistent depuis l’élection de novembre 2017 entre Josée Néron et lui.

En fin de semaine dernière, dans un article de la collègue Laura Lévesque, Michel Potvin n’a pas fermé la porte à une candidature à la mairie. La mairesse Josée Néron lui a lancé un ultimatum, en début de semaine, en lui signifiant sur un ton qui ne laissait pas place à interprétation qu’il devait faire son choix avant vendredi.

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Mercredi matin, il a eu une discussion avec elle pour l’informer que son choix était fait et qu’il quittait l’ERD et ne sera donc pas de l’équipe de candidats sous la bannière de la formation politique en 2021.

Michel Potvin a toujours beaucoup de respect pour la mairesse à qui il reconnaît le courage politique d’avoir tenu tête à l’administration Tremblay et pour son travail rigoureux. Mais sa décision, longuement réfléchie, n’est que le résultat d’une série d’événements qui ont débuté dès les premières heures suivant la dernière élection municipale.

« J’ai toujours été très fidèle partout où je suis passé. J’ai aussi été fidèle envers Josée Néron depuis son élection, mais aujourd’hui, c’est devenu impossible. J’ai déclaré l’autre jour que la Ville de Saguenay ne pouvait plus continuer comme elle le fait en ce moment sans prendre des décisions très difficiles et elle n’est pas prête à aller de l’avant. En ce moment, on consulte pour un livre blanc à l’ERD alors que la réalité est que la ville va frapper le mur financier dans les années 2022 et 2023 », explique Michel Potvin.

Hausses nécessaires

Les chiffres officiels, selon les projections, sont relativement simples. Michel Potvin annonce qu’il faudra imposer des augmentations de taxes de l’ordre de 7 % en 2022 et 6 % en 2023 si le conseil municipal n’entreprend pas des compressions dans les services et la gestion de la Ville. Avec des coupes de 10 M$ en 2022 et 8 M$ en 2023, les contribuables devraient tout de même assumer des augmentations de 2 % par année.

Michel Potvin considère que la mairesse Josée Néron ne sera pas en mesure de mettre en place les mesures nécessaires qui vont permettre de faire face à cette situation en raison de l’influence qu’exercerait sur elle la haute fonction publique municipale qu’elle serait incapable d’affronter. Le conseiller municipal considère que le virage nécessaire pour surmonter la crise financière de Saguenay va heurter la fonction publique et qu’il faudra, à la tête du conseil, une personne qui sera en mesure de faire passer les intérêts supérieurs des contribuables avant ceux particuliers de la machine administrative.

Michel Potvin a vécu l’expérience en 2019 lorsqu’il a remplacé Josée Néron pendant son absence pour un congé maladie. Afin de remplir sa promesse faite, lors du soulèvement des contribuables de Laterrière, de limiter la hausse de taxes en 2019 à 1,9 %, le maire suppléant à fait adopter une résolution qui décrétait des coupes de 5,2 M$. Il a vu à l’œuvre la résistance s’organiser au sein de l’administration et a malgré tout été en mesure d’atteindre son objectif.

Amphithéâtre plus

Le projet de l’amphithéâtre a été un autre moment important dans cette accumulation de différends entre le conseiller et la mairesse. Michel Potvin avait fait des prévisions financières pour un projet de 60 M$ financé par l’implantation de stationnements payants au centre-ville de Chicoutimi et un décret ministériel pour une somme de 40 M$. Lors de sa présentation devant la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord, et malgré l’entente intervenue avec le président de la Commission des finances, la mairesse a décidé d’abandonner l’élément des stationnements payants au centre-ville comme source de financement.

« On a ensuite vu la ministre Andrée Laforest fermer la porte au projet puisque les citoyens n’étaient pas favorables. Au lieu de prendre acte de la position de la ministre et du fait que la population était réticente, on a quand même décidé de faire une demande au PAFIR alors qu’on savait très bien que le projet n’avait pratiquement aucune chance d’être retenu. Il arrive des situations où il faut écouter », reprend Michel Potvin.

Le conseiller municipal n’a évidemment jamais compris pourquoi Josée Néron a rejeté, sans lui en parler, le principe des stationnements payants pour le projet d’amphithéâtre alors qu’elle revient un an plus tard avec le même dossier. 


« La mairesse a décidé, sans parler à personne, de commander une étude sur les stationnements payants en pleine pandémie quand on sait comment les commerçants de ce secteur ont de la difficulté en ce moment. C’est la même chose pour la décision, sans en parler à personne, de commander une étude sur l’image de marque de la ville. Est-ce que c’est une nécessité en pandémie ? »
Michel Potvin

Et le centre multisports ?

Michel Potvin revient aussi sur le projet du centre multisport de l’arrondissement de Jonquière. Il rappelle avoir fait des mises en garde au cabinet concernant le risque d’un gonflement des coûts en raison de la vision de certains fonctionnaires en lien avec cette infrastructure. Comme ce fut le cas dans plusieurs dossiers, Michel Potvin affirme que sa préoccupation n’a pas été considérée et que le projet a bien failli dérailler.

En septembre dernier, Michel Potvin a eu une très longue discussion avec la mairesse afin de tenter un rapprochement et, surtout, de lui permettre de changer son approche sur toute la question très sensible de l’importance de consulter les membres du conseil pour éviter les événements de décembre 2019, quand le budget a été rejeté par les indépendants.

« Elle m’a alors expliqué que les conseillers indépendants lui ont tous clairement dit qu’ils avaient voté contre mon budget, mais que ce vote d’opposition était principalement un vote contre sa façon d’agir avec le conseil. C’est la même chose pour notre résultat à l’élection partielle où l’ERD a obtenu 10 % du vote. Il y a un message des citoyens, mais pour Josée Néron, c’était la responsabilité du candidat... et c’est moi qui l’avais recruté. »

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TOUJOURS LE GOÛT DE LA POLITIQUE

Michel Potvin entend poursuivre sa carrière en politique municipale à titre de conseiller, sans pour autant écarter une éventuelle candidature à la mairie lors du prochain scrutin. Mais il se donne un temps de réflexion avant de prendre une décision finale.

Il entend de plus poursuivre son travail au poste de président du comité des finances alors que le prochain budget de Saguenay est pratiquement complété. Selon ce dernier, il est important, malgré les divergences avec la mairesse, de continuer à travailler pour les contribuables de Saguenay afin de préparer la relance post-COVID, autant sur le plan de la gestion responsable des finances publiques que sur des projets de relance via Promotion Saguenay.

Michel Potvin assume également la présidence de Promotion Saguenay. Il compte aussi poursuivre le travail à ce poste à moins que la mairesse décide qu’il doive quitter cette fonction. Michel Potvin estime que dans le cadre de la pandémie, malgré des moyens limités, Promotion Saguenay a posé des gestes qui ont aidé les entreprises.

« Je vais faire une pause et laisser aller les choses sur le plan politique. Je vais prendre connaissance des réactions et de ce que les gens pensent. Je n’ai pas de grande ambition politique pour la mairie. Je veux simplement continuer à travailler pour les citoyens, que ce soit comme conseiller municipal ou comme maire, peu importe », insiste-t-il.

Michel Potvin part du principe que tous les conseillers et conseillères autour de la table ont de très bonnes intentions. Il aimerait qu’il soit possible de dégager une vision pour Saguenay et de travailler dans ce sens au cours du prochain mandat.

« Nous avons réglé des problèmes de l’administration courante avec succès comme le déneigement et l’entretien des rues. On a aussi fait le ménage dans les finances. On va continuer de le faire, mais il faut s’élever au-dessus de la gestion quotidienne et dégager une véritable vision pour Saguenay puisque les prochaines années ne seront pas faciles et les chiffres ne trompent pas », signale le conseiller, rappelant la chute démographique de la ville au cours des dix dernières années.

Michel Potvin envisage surtout d’en arriver à faire de Saguenay une véritable ville et de mettre fin à des années de querelles inutiles entre Chicoutimi et Jonquière qui paralysent son développement et qui ne sont toujours pas réglées malgré plusieurs années de fusion.

« Dès 2005, j’ai entrepris la lutte contre le régime de Jean Tremblay parce qu’il n’y avait pas cette vision et que l’on travaillait pour des intérêts particuliers. Je l’ai fait pendant toutes les élections jusqu’à celle de 2017, où je me suis encore battu pour éviter que les successeurs de l’administration Tremblay conservent le pouvoir. Peut-être que je recommence à zéro, mais si c’est ce qu’il faut faire pour l’avenir de la ville, je suis prêt à le faire », a conclu Michel Potvin.