Mgr René Guay deviendra le neuvième évêque du diocèse de Chicoutimi

Mgr René Guay nommé évêque de Chicoutimi

Pour la première fois, le diocèse de Chicoutimi aura un évêque originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean responsable de la communauté catholique. Mgr René Guay, de Saint-Thomas-Didyme, a été nommé par le pape François cette semaine et il compte relever ce nouveau défi en allant à la rencontre des gens.

« Il faut aller sur le terrain avec les jeunes surtout. Il ne faut pas attendre qu’ils demandent un sacrement comme la première communion pour comprendre qu’on est là. Sinon, nous sommes des ovnis pour eux. Je ne vais pas pleurer parce que les gens ne viennent plus vers nous à l’église. Sortons là où ils sont, créons des liens, bâtissons des projets ensemble », a déclaré en entrevue samedi le dynamique homme de Dieu de 67 ans. 

Mgr Guay, ou Mgr René comme il préfère se faire appeler plus familièrement, croit que les représentants de l’Église dans la région devraient participer à plus d’évènements publics, par exemple. « Si des jeunes sont prêts à lancer un projet communautaire, à aider des personnes démunies, c’est sûr que je vais embarquer avec eux », affirme celui qui désire plus que tout être un évêque accessible.

L’abbé René Guay s’est bâti une sympathique réputation comme « l’aumônier des prisonniers ». Il a été membre de l’équipe pastorale de la prison de Chicoutimi pendant 20 ans à temps partiel, tout en accomplissant d’autres tâches pour l’évêché. Depuis 2015, il travaille à l’Établissement de détention de Québec. Il ne peut pas quitter son emploi tout de suite, mais il viendra régulièrement dans la région d’ici son ordination épiscopale dans maximum trois mois. D’ici là, Mgr André Rivest reste administrateur du diocèse, lui qui a démissionné il y a quelques mois puisqu’il a atteint l’âge de 75 ans.

« C’est un emploi que j’aime beaucoup, beaucoup. Sans l’intervention du pape François, je resterais auprès des personnes incarcérées encore longtemps. À travers chacune d’entre elles, je rencontre le Christ en souffrance comme dans l’évangile de Matthieu. C’est rare qu’on soit en prison et qu’on soit heureux de soi. Ce sont des personnes qui ont besoin de parler et de soutien », développe celui qui veut continuer son travail auprès de ceux plus démunis. Mgr René Guay a d’ailleurs choisi de garder la même devise épiscopale sélectionnée à son ordination comme prêtre en 1975 : « Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres ».

On sent que le pape François inspire beaucoup le neuvième évêque de Chicoutimi. « Il a des gestes qui parlent beaucoup. Par exemple, il a invité 1500 sans-abri à dîner au Vatican pour la Journée mondiale de la pauvreté dimanche », illustre Mgr René Guay.

Ce dernier voit l’ampleur du défi comme évêque, qui représente aussi un important changement dans sa vie. « C’est un sacrifice, un deuil à faire, mais je vais faire ce service que me demande le Seigneur en ayant toute l’Église et tout le peuple de Dieu derrière moi. C’est un peu comme se jeter à la mer sans savoir nager, mais je n’aurais jamais accepté s’il n’y avait que moi. Un évêque n’est jamais seul. »

Il est possible pour un candidat de refuser de devenir évêque s’il ne s’agit pas d’une décision égoïste, précise Mgr René Guay. Il tient à remercier la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui le faisait déjà sentir bien accueilli. La nouvelle venait juste d’être dévoilée par l’Assemblée des évêques du Canada samedi que déjà, plusieurs personnes le félicitaient. L’évêque nommé a cinq soeurs et deux frères, et compte plusieurs neveux et nièces.


Je ne vais pas pleurer parce que les gens ne viennent plus vers nous à l’église. Sortons là où ils sont, créons des liens, bâtissons des projets ensemble.
René Guay

Un apôtre de la formation

La formation sera une des préoccupations prédominantes de Mgr René Guay comme évêque du diocèse de Chicoutimi.

« Je ne suis pas négociable là-dessus. Peut-être qu’on va me trouver exigeant, mais c’est important d’être formé, et pas juste au minimum, que ce soit pour les prêtres, le personnel ou les bénévoles. Est-ce qu’on ferait confiance à un médecin qui est mal formé ? La formation ne sert pas juste à apprendre à faire des choses, c’est aussi un moyen de vivre une expérience de foi, croit-il. On dit que l’Église est en manque de ressources humaines et financières, mais si on donne une bonne formation, on peut avoir une Église qui sait mieux s’orienter. »

Celui qui a été missionnaire au Chili 13 ans au début de sa carrière a enseigné au département des sciences religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Chicoutimi de 1995 à 2001 et à l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse de 2004 à 2015. Le détenteur d’un doctorat en théologie pratique de l’Université Laval a aussi été directeur spirituel du Grand Séminaire de Chicoutimi de 1993 à 2004.

Il a fallu un certain travail intérieur à Mgr René Guay pour accepter la charge d’évêque. Un envoyé du Vatican est venu lui transmettre la lettre du pape François en personne, ce qui l’a pris par surprise. « Depuis que Mgr Rivest a démissionné, j’ai prié tous les jours pour le nouvel évêque de Chicoutimi en pensant que ce serait quelqu’un de l’extérieur de la région. C’est un peu ça qui est arrivé puisque j’étais à Québec, mais je n’ai jamais pensé que je pourrais être en train de prier pour moi ! », raconte celui au bienveillant sourire.

Mgr René Guay veut s’inscrire dans la continuité de ceux qui l’ont précédé et il souligne d’ailleurs leur travail. Son ordination devrait avoir lieu autour de la fin janvier ou du début de février. Elle sera célébrée par le cardinal Gérald Cyprien Lacroix de Québec à la cathédrale de Chicoutimi, avec Mgr André Rivest comme coconsécrateur. La dernière cérémonie du genre dans la région remonte à l’ordination de Mgr Roch Pedneault, natif d’Alma, qui a été évêque auxiliaire à Chicoutimi, mais sans être responsable du diocèse.