Mgr Léonce Bouchard tourne la page sur des années de dévouement envers les plus démunis. Il a visité samedi les installations de la Soupe populaire de Chicoutimi, affirmant qu'il se concentrera désormais sur ses activités à titre de prêtre.

Mgr Léonce Bouchard se retire de ses oeuvres

Mgr Léonce Bouchard ne l'admettra jamais, puisqu'il préfère parler de travail d'équipe, mais on lui doit le Comptoir vestimentaire Les Fringues, la Soupe populaire de Chicoutimi, la Maison d'Accueil pour sans-abri de Chicoutimi et l'Atelier de récupération Saint-Joseph. À l'aube de ses 87 ans, après des décennies de dévouement envers les plus démunis, il tire sa révérence. Son oeuvre se poursuivra, fort heureusement, puisque même si de grandes choses ont été accomplies au fil du temps, les besoins sont encore grands. Il poursuivra son chemin, à titre d'homme d'Église.
La décision est prise. Mgr Léonce Bouchard prend sa retraite de ses oeuvres sociales. Après avoir passé sa vie au service des autres, celui qui est prêtre depuis 60 ans estime qu'il est temps de céder la place. « J'ai commencé dans les années 80, juste après avoir été nommé curé à la Cathédrale. J'aurai 87 ans le 2 février. Mon père disait qu'il faut faire des choix dans la vie », affirme-t-il d'emblée, l'air serein. « Partir une oeuvre, c'est enthousiasmant. Quand ça fait 25 ans, il faut céder la place. C'est raisonnable de partir. À mon âge, il faut faire des choix. »
Mgr Léonce Bouchard assure qu'il est parfaitement en paix avec sa décision. « J'ai fait la coupure. J'ai d'autres activités. J'ai assez expérimenté ce que c'est. »
Effectivement, l'homme d'Église originaire de Saint-Ambroise n'entend pas se reposer pour autant. Il compte continuer d'oeuvrer à titre de prêtre dans l'unité pastorale Chicoutimi-Laterrière, comme il le fait déjà, plusieurs fois par semaine. « Je fais des célébrations 365 jours par année », confirme-t-il. « Je suis en forme. Je vais mettre mes forces au service du ministère parce qu'il n'y a pas beaucoup de jeunes prêtres. »
Équipe
Aujourd'hui, il est heureux du travail accompli, en équipe. 
« Je suis content. Il y avait des besoins et ils ont été comblés. Si on travaille seul, ça va parfois plus vite, mais si on travaille en équipe, on va plus loin », affirme-t-il, assurant s'être toujours senti appuyé. 
« Je ne suis qu'une partie de ce groupe qui a réalisé ces oeuvres. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont travaillé avec moi. J'ai été émerveillé par la générosité et le dévouement des bénévoles. J'ai aussi eu la collaboration du maire actuel et de son prédécesseur, ainsi que des membres du conseil. Je me suis senti épaulé dans ma mission. »
L'homme d'Église aborde tout naturellement son départ. Il affirme qu'il s'est détaché tranquillement de ses oeuvres sociales au cours des derniers mois. Il se dit confiant quant à leur avenir. 
« Tout le monde se remplace. L'oeuvre se poursuit, ce n'est pas la fin. Pour la suite, je fais confiance aux personnes qui sont là et avec qui j'ai travaillé. Je souhaite que l'oeuvre de l'équipe continue à répondre aux besoins des personnes tout en s'adaptant aux besoins. »
Merci et bonne retraite
«La Fondation Mgr Léonce Bouchard chapeaute quatre oeuvres liées qui sont la Soupe populaire, les Fringues, l'Atelier de récupération Saint-Joseph et la Maison d'accueil pour sans-abri de Chicoutimi.
Son fondateur, Mgr Léonce Bouchard, maintenant âgé de 86 ans, s'était donné la mission de prendre soin des plus démunis de la société. À force de détermination, de courage et de conviction, avec le soutien de nombreux bénévoles qui ont cru à cette cause, il a réussi à mettre sur pied ces organismes terrain qui, supportés par la Fondation, donnent des services essentiels à ces personnes dans le besoin. Il n'a jamais compté ses heures et a toujours été disponible pour elles sans les juger. Son accueil exceptionnel et sa générosité hors du commun sont reconnus.
Lors d'une activité reconnaissance tenue à l'automne 2016, Mgr Bouchard avait laissé entendre qu'il était en sérieuse réflexion sur son implication active au sein de ces organismes et de la Fondation elle-même.
Au retour du congé des Fêtes, il nous confirmait ses intentions de se retirer et de passer le flambeau aux membres des différents conseils d'administration concernés.
C'est donc avec beaucoup de regret que nous devons respecter sa décision ; il le mérite amplement. Du même souffle, nous l'assurons de notre engagement clair et continu afin de poursuivre son travail débuté il y a plus maintenant de vingt-six (26) ans auprès des pauvres. C'est une lourde responsabilité que nous sommes tous et toutes prêts à assumer avec enthousiasme, détermination et confiance dans la générosité renouvelée de la population saguenéenne.
Soyez assuré, Mgr Bouchard, que ces personnes qui ont toujours été au coeur de votre action pastorale et de votre implication sociale continueront de l'être tant pour l'ensemble des membres des conseils d'administration de la Fondation et des oeuvres associées que pour tout le personnel qui y travaille au quotidien.
Merci de nous avoir transmis votre passion et votre amour pour ces personnes démunies. Nous continuerons d'en prendre soin.»
Dominique Bouchard, président de la Fondation Mgr Léonce Bouchard
Un suicide la veille de Noël à la genèse
L'homme d'Église a retracé l'histoire de la Fondation Mgr Léonce Bouchard et a répertorié tous les écrits la concernant dans un grand cartable.
L'héritage que laisse Mgr Léonce Bouchard à la population régionale ne se calcule pas en dollars. Poussé par la volonté de répondre à des besoins criants, il a tout de même permis de réduire la pauvreté, grâce à la mise sur pied d'organismes.
D'aussi loin qu'il se souvienne, Mgr Léonce Bouchard s'est impliqué socialement.
C'est toutefois le jour où un étudiant, qui venait de l'extérieur, a mis fin à ses jours la veille de Noël qu'il a décidé de consacrer son temps aux plus démunis. « Je me suis dit que Noël, ça ne se fête pas seul. J'ai sensibilisé des gens et l'année d'après, on a organisé un réveillon pour les personnes seules. En 14 ans, on a reçu 3400 personnes dans le sous-sol de la cathédrale pour le réveillon de Noël. »
D'autres activités pour les personnes seules ont été ajoutées au fil du temps. Un jour, la nécessité de la mise en place d'une soupe populaire à Chicoutimi a été évoquée. 
« À cette époque, les pauvres frappaient aux portes des presbytères et des communautés religieuses. Je me suis dit que ça prenait une soupe populaire, avec un local, un ameublement, des bénévoles. »
Mgr Léonce Bouchard a d'abord mis sur pied le Comptoir vestimentaire Les Fringues dans un local offert gracieusement par les soeurs du Bon Pasteur en 1989. Ainsi, il pouvait amasser les sommes nécessaires à la mise en place d'une soupe populaire. 
« La première journée, on a vendu pour 49 $ de vêtements », se remémore-t-il. « Un an plus tard, on était prêt à mettre la soupe populaire en place. »
Ce fut chose faite dans un local de la rue du Havre, où l'organisme est installé depuis près de 27 ans. 
« On va atteindre 900 000 repas servis bientôt », souligne-t-il.
Pour l'homme d'Église, le travail ne s'arrêtait pas là. 
« On avait trouvé moyen de fêter, de vêtir et de nourrir, mais ce n'était pas tout. Il fallait que les gens aient un toit sur la tête. C'était un besoin. Des gens dormaient dehors ou dans l'entrée de blocs à appartements. Il fallait une maison pour les accueillir. »
La Maison d'Accueil pour sans-abri a été fondée en 1991. 
« Aujourd'hui, on dépasse les 10 000 séjours », affirme-t-il, soulignant que les gens qui bénéficient du service peuvent résider sur place un, deux ou trois mois. Au total, près de 40 lits répartis dans deux immeubles sont disponibles.
Penser que Mgr Léonce Bouchard s'arrêterait là était bien mal le connaître. « Quand les gens partent de la Maison d'Accueil, ils n'ont rien. C'est là que l'idée de mettre sur pied l'Atelier de récupération Saint-Joseph est née, pour les aider à se meubler à prix modique. »
L'Atelier célébrera son 25e anniversaire le 13 février prochain. 
« Ça fonctionne très très bien », confirme celui dont la Fondation qui porte son nom a été fondée en 1993 afin de soutenir ces différents organismes.
« Les pauvres sont plus pauvres qu'avant »
Mgr Léonce Bouchard côtoie les plus démunis depuis des décennies. Il est a même de le constater, l'itinérance et la pauvreté ont changé de visages. 
« L'itinérance a changé. Les gens sont plus nombreux et plus jeunes. Il y a plus de personnes avec des problèmes de santé mentale. Les problématiques avec lesquelles nous composons sont multiples », affirme-t-il, soulignant qu'entre 20 et 25 % des sans-abri qui viennent à la Maison d'Accueil pour de Chicoutimi proviennent de l'extérieur. « On vient en aide aux personnes qui n'ont pas de toit, point. Il faut les aimer comme elles sont, sans jugement. »
Le visage de la pauvreté aussi a changé au fil du temps estime-t-il. « Manger coûte plus cher qu'autrefois. Quand l'aide sociale n'augmente pas, c'est difficile. Les pauvres sont plus pauvres qu'avant. »
Le repas toujours à 1 $
Mgr Léonce Bouchard est fier du fait que malgré le temps qui passe, le coût du repas demeure inchangé depuis 26 ans à la Soupe populaire. « C'est toujours 1 $, alors que ça nous coûte environ 4 $ par repas. »
Le nombre de personnes qui ont recours aux oeuvres de Mgr Léonce Bouchard a augmenté au fil des ans. « Plus de gens utilisent nos services. Au départ, on servait une quarantaine de repas par jour. Maintenant, c'est en moyenne 70, parfois jusqu'à 100 », explique-t-il, soulignant que la Soupe populaire fournit également des dîners à certains enfants d'une école primaire.