Le rapport des commissaires Michel Germain et Pierre Renaud, qui découle des audiences publiques qu’ils ont présidées cet été, a été rendu public mardi.

Métaux BlackRock: des inquiétudes soulevées

Le projet de construction d’un complexe de traitement de ferrovanadium de 1,2 milliard $ à Grande-Anse, par Métaux BlackRock, vient de franchir un pas important. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a donné le feu vert à sa réalisation malgré certaines incertitudes et précautions à prendre.

La ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, MarieChantal Chassé, a rendu public mardi le rapport de 175 pages qui lui a été remis le 15 octobre dernier à la suite des audiences publiques de l’été dernier où une trentaine de mémoires ont été présentés par divers groupes.

La principale conclusion est que le projet est réalisable et qu’il permettrait de créer des centaines d’emplois au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Toutefois, le BAPE constate certaines faiblesses et carences comme le fait que les inventaires fauniques ne répondent pas aux exigences du ministère de l’Environnement, ce qui devrait être la base pour l’évaluation des impacts sur les espèces en présence. 

Parmi les constats réalisés par le BAPE, il est mentionné que la nouvelle usine produirait d’importantes émissions de gaz à effet de serre qui la ferait figurer parmi les grands émetteurs industriels du Québec. Les émissions annuelles de GES du complexe représentent 0,44 % des émissions de l’année 2015 et 0,64 % de celles visées en 2030. Ces émissions seraient réglementées par l’entremise du Système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions (SPEDE), qui vise à induire un coût pour cette pollution.

Les commissaires Michel Germain et Pierre Renaud se sont attardés sur le transport des 830 000 tonnes de minerais entre Chibougamau et Grande-Anse, par camion ou par train, un sujet qui a largement soulevé l’intérêt du public qui s’est montré favorable au transport ferroviaire. Le BAPE n’a fait que constater que le tarif et la garantie d’un accès à long terme à la voie ferroviaire constituent toujours les pierres d’achoppement. L’option du transport par camion émettrait 25 076 tonnes de GES par année, soit deux fois plus que par le train. 

Parmi les impacts anticipés sur le milieu, le BAPE observe que les navires transportant les produits de l’usine traverseraient l’habitat essentiel du béluga. Pris isolément, les 25 navires par an auraient un impact limité sur l’espèce. L’évaluation des impacts sur la navigation de cette population devrait être effectuée de façon globale par les ministères provinciaux et le fédéral pour prendre en compte l’effet cumulatif des projets nécessitant du transport maritime pour les prochaines décennies.

Le BAPE s’est également intéressé à la gestion des sous-produits de la production de la fonte, entre autres aux 130 000 tonnes de scories de titane, des résidus pour lesquels il n’y a pas de débouchés en Amérique du Nord, mais qui pourraient trouver preneurs en Asie, selon Métaux BlackRock. On y mentionne que la RMR du Lac-Saint-Jean et Métaux BlackRock ont entamé des discussions au sujet de la possibilité d’enfouir ces sous-produits au site d’enfouissement d’Hébertville-Station pour un volume de 46 000 tonnes annuellement, ce qui contribuerait à réduire la vie utile du site. L’expédition vers le site de Stablex, à Blainville, constitue une autre option.

Si ces résidus s’avéraient être une substance dangereuse au sens du règlement sur les matières dangereuses, et qu’ils ne trouvaient pas preneurs, leur coût de prise en charge par une entreprise spécialisée pourrait menacer la viabilité de l’usine, y lit-on.

Le BAPE rappelle que quatre projets connexes doivent être réalisés avant la mise en opération de l’usine, soit l’aménagement d’une conduite en gaz naturel par Énergir, une ligne électrique par Hydro-Québec, l’extension du réseau d’aqueduc par Saguenay ainsi que la construction d’une usine cryogénique.

Le projet de mine, quant à lui, est toujours en évaluation par le Comité d’examen des répercussions sur l’environnement et le milieu social puisqu’au départ, il était prévu l’extraction de trois millions de tonnes de minerai annuellement, un volume réduit à 830 000 tonnes. 

David Dufour, directeur exécutif de Métaux BlackRock, et Jean Rainville, président et chef de la direction

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LA DIRECTION SATISFAITE

La direction de Métaux BlackRock se montre très satisfaite des conclusions du rapport du BAPE, même s’il contient certaines observations sur les incertitudes liées au projet.

Invité à réagir depuis la Grèce où il est en vacances, David Dufour, directeur exécutif — régions, a déclaré être content du travail accompli tout en affirmant que le BAPE n’a pu être mis au courant de certains éléments comme c’est le cas pour la disposition des 130 000 tonnes de scories de titane et de sous-produits. « Chaque élément déposé au BAPE devient public. Il y a des éléments qu’on ne peut montrer comme les contrats de vente, mais pour nous il n’y a pas d’incertitude pour leur disposition », affirme M. Dufour. 

En ce qui a trait au transport du minerai entre Chibougamau et Grande-Anse, M. Dufour croit qu’il est toujours possible d’arriver à une entente avec le CN et Roberval-Saguenay d’autant plus qu’il y a encore deux ans avant la mise en production de l’usine de boulettage. « On a la chance d’avoir deux alternatives, soit le camion ou le train. On pense pouvoir en arriver à une entente. Il y a des questions opérationnelles à régler comme le fait qu’on ne veut pas que le minerai arrive sous forme de Popsicle à Grande-Anse », affirme-t-il.

Commentant les émissions de GES, M. Dufour affirme que le complexe de Grande-Anse sera l’un des plus propres du genre au monde puisque le combustible utilisé sera du gaz naturel plutôt que du charbon. « Notre usine sera 70 % moins polluante qu’une usine au charbon. Lorsque nous serons en opération, nous ferons fermer deux usines en Russie et au Brésil qui utilisent le charbon. Notre approche est d’avoir un impact positif sur l’environnement et d’être carboneutre. »

Les prochaines étapes du projet seront l’obtention du certificat d’autorisation environnementale quelque part avant la fin de l’année et la mise en chantier de la mine et de l’usine de Grande-Anse au printemps 2019. M. Dufour a conclu que le contexte est extrêmement propice au projet alors que le prix du vanadium est présentement à 114 $ du kilo.

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LE CREDD SE RÉJOUIT

(Pascal Girard) – Par voie de communiqué, le Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDD) du Saguenay-Lac-Saint-Jean dit avoir retrouvé ses principales préoccupations dans le rapport du BAPE sur le projet de Métaux BlackRock.

Le CREDD avait en effet déposé un mémoire lors du processus de consultation tenu cet été.

« Nous sommes très contents que le rapport reprenne les éléments majeurs qui avaient été amenés par le public pendant les consultations, notamment les appréhensions concernant les émissions de gaz à effet de serre, le scénario de transport du concentré, les matières résiduelles du projet et le morcellement de l’étude d’impact par rapport aux infrastructures connexes », indique le groupe environnemental.

Dans le même document, le CREDD en a contre la décision du gouvernement provincial, alors dirigé par les libéraux de Philippe Couillard, d’avoir investi un quart de milliard dans le projet. « Le CREDD déplore que la décision d’investir un tel montant se soit prise avant la publication du rapport du BAPE », est-il écrit également. Selon le CREDD, Québec est ainsi venu cautionner le projet bien avant la sortie du rapport de la commission.