La desserte ferroviaire est la propriété de Port de Saguenay.

Métaux BlackRock choisit le train

La société minière Métaux BlackRock (MBR) choisit le train pour transporter les 830 000 tonnes de concentré de ferrovanadium entre Chibougamau et le port de Grande-Anse afin d’alimenter sa future fonderie.

La décision a été annoncée en exclusivité au Quotidien par David Dufour, directeur exécutif-régions de MBR, à la suite d’une entente intervenue la semaine dernière entre le Canadien National, Roberval-Saguenay (propriété de Rio Tinto) et le Port de Saguenay, propriétaire de la desserte ferroviaire de 12 kilomètres à partir de la ligne de chemin de fer de RS.

En entrevue, M. Dufour a indiqué que l’entente de principe intervenue règle un des principaux enjeux environnementaux soulevés l’été dernier par de nombreux intervenants durant l’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dont le rapport a été déposé en octobre.

« On ne règle pas tous les détails, mais on va travailler avec ces entreprises pour s’assurer d’avoir le matériel à temps pour opérer l’usine. Il reste les contrats à négocier et à signer. »

M. Dufour explique qu’en vertu de l’entente, le minerai sera pris en charge par le Canadien National à partir de Chibougamau jusqu’à Jonquière, à la hauteur du Complexe Jonquière. Par la suite, Roberval-Saguenay sera mandaté pour effectuer le transport jusqu’au site de l’usine.

« Nous sommes sous l’égide d’une entente de confidentialité qui vient baliser les grandes lignes du transport », précise M. Dufour.

Les discussions ont permis d’établir que pour les cinq prochaines années, le ferrovanadium pourra être transporté sur la ligne de chemin de fer.

Advenant l’expansion future de l’aluminerie Alma et de l’usine AP-64, les parties conviennent de s’asseoir à nouveau afin de trouver un mode d’opération acceptable pour toutes les parties.

« RTA est un bon partenaire. Nous serons capables de trouver des solutions pour assurer la fluidité du transport des wagons dont nous serons propriétaires et qui seront à usage exclusif », explique M. Dufour. La prise en charge du concentré entre l’usine et le port sera entre les mains du Port de Saguenay et d’Arrimage Québec.

La compagnie considère également que le développement de Port de Saguenay sera tributaire, à moyen et long terme, de la mise en place de mesures visant à améliorer la fluidité du trafic ferroviaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

C’est pourquoi la direction de MBR maintient sa position pour l’aménagement d’une voie de contournement dans le secteur Jonquière, une solution qui fait présentement l’objet d’une étude par Saguenay. L’entreprise prévoit expédier son concentré à raison de trois convois de train de soixante wagons chacun par semaine.

La future mine de MBR à Chibougamau est située à 26 kilomètres du réseau ferroviaire.

La compagnie étudie présentement deux scénarios pour le transport de son concentré jusqu’aux wagons de chemin de fer. Il est question de la construction d’une desserte ferroviaire de 26 kilomètres tel que prévu au projet original avec transbordement du concentré à la mine. Une autre option vise le transbordement du concentré dans les wagons à un centre qui serait établi sur le site de l’ancienne Scierie Gagnon à 25 kilomètres de la mine. Des discussions ont lieu avec des partenaires locaux afin de déterminer la faisabilité de la desserte ferroviaire.

David Dufour est directeur exécutif-régions de MBR.

+ DES USINES CHINOISES INTÉRESSÉES PAR LES SCORIES DE TITANE

L’entreprise Métaux BlackRock affirme avoir trouvé des clients chinois pour acheter des scories de titane, un sous-produit qui avait soulevé des interrogations dans le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. 

Rappelons que le rapport du BAPE contenait 72 recommandations déposées au ministre concernant des mesures à adopter avant l’émission du certificat d’autorisation et l’adoption du décret final.

Parmi les préoccupations soulevées, la disposition des 130 000 tonnes de scories de titane, un sous-produit qui aurait pu être considéré comme une matière dangereuse en raison des risques liés à leur lixiviation. C’est pourquoi des études de caractérisation avaient été demandées par le BAPE.

À la lumière des études réalisées et déposées il y a trois semaines par des laboratoires indépendants, M. Dufour affirme que ces matières ne sont pas considérées comme dangereuses. « La valorisation sera assurée en vertu de discussions que nous avons avec des usines chinoises qui souhaitent récupérer les 50 % de titane qu’elles contiennent ». MBR a déjà envisagé d’expédier ces scories au site d’enfouissement d’Hébertville si elles ne trouvaient pas preneur. 

Parmi les autres aspects du projet qui restent à régler figure l’acheminement des eaux de refroidissement de la future usine, un dossier entre les mains de Saguenay. 

M. Dufour a conclu que l’entente intervenue avec les transporteurs ferroviaires vient réduire la pression pour l’entreprise et l’ensemble des acteurs socio-économiques tout en améliorant le projet d’un point de vue environnemental.

Selon les données du rapport du BAPE, le transport par camion aurait représenté l’émission de 25 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année, soit deux fois plus que le transport par train.

MBR espère obtenir ses dernières autorisations gouvernementales en décembre ou janvier en prévision d’une mise en chantier au printemps 2019.

+ LE PRÉFET LUCIEN BOIVIN SATISFAIT

Le préfet de la MRC du Domaine-du-Roy, Lucien Boivin, est satisfait de la décision de Métaux Blackrock, de choisir le transport par train pour alimenter sa future usine de Grande-Anse.

Invité à réagir à l’annonce, M. Boivin a rappelé que le passage sur les routes régionales d’une centaine de camions par jour chargés de minerai aurait représenté des inconvénients pour plusieurs municipalités du territoire comme La Doré, Saint-Félicien, Roberval et autres.

Le préfet ajoute que le choix du train ouvre la voie à des retombées économiques potentielles pour le secteur dans le cadre d’un projet dont il refuse de dévoiler les détails.

Outre cet aspect, M. Boivin reconnaît que le choix du train comme moyen de transport peut également causer certains inconvénients. C’est pourquoi, il a été convenu avec MBR de créer un comité de vigie dont l’objectif sera d’assurer le dialogue avec les intervenants concernés.