Les modifications au Règlement sur les services de garde éducatifs à l'enfance suscitent beaucoup de mécontentement chez les responsables en milieu familial.

Menaces de renier le public

L'entrée en vigueur de certaines modifications au Règlement sur les services de garde éducatifs à l'enfance suscite le mécontentement chez les responsables de services de garde (RSG) en milieu familial. Il y a quelques mois, avant même leur adoption, les changements avaient semé l'inquiétude. Aujourd'hui, certaines RSG songeraient même à se tourner vers le privé.
Les responsables de services de garde doivent composer avec de nouveaux règlements, depuis le 1er avril.
Notamment, les personnes désireuses d'ouvrir un service de garde doivent maintenant avoir effectué une formation préalable de 45 heures, avant même de déposer leur candidature. Auparavant, elles disposaient de deux années après l'ouverture pour le faire. Les produits d'entretien ménager doivent maintenant être tenus sous clé, partout dans la maison. Les remplaçantes occasionnelles doivent suivre une formation de 12 heures chaque année. Les enfants doivent être pesés aux trois mois afin de calculer la dose d'acétaminophène qui peut leur être administrée.
Du côté de l'Alliance des intervenantes en milieu familial du Saguenay-Lac-Saint-Jean (ADIM CSQ) qui regroupe 575 membres, Julie St-Arnaud, présidente, confirme que certaines RSG songent à transformer leur service de garde en service privé.
«On sort d'une tournée des bureaux coordonnateurs. On a rencontré nos membres et, effectivement, certaines ont avancé la possibilité de quitter pour le privé, malheureusement», confirme-t-elle. «Elles se sentent prises au piège dans leur propre maison. Elles déplorent que les milieux privés qui font l'objet de plus de plaintes aient beaucoup moins de règlements pour les encadrer.»
Certains règlements sont toutefois plus critiqués que d'autres.
«Auparavant, le règlement stipulait qu'il fallait que les produits toxiques soient tenus hors de la portée des enfants. Je pense que le règlement était déjà approprié. Maintenant, ils doivent être sous clé, même dans la salle de bain personnelle des RSG qui se trouve à un étage où les enfants ne vont pas.»
La formation des remplaçantes causerait aussi des maux de tête aux RSG. «La plupart des RSG se font rarement remplacer. En exigeant une formation de 12 heures sur le développement de l'enfant à quelqu'un qui remplace deux ou trois heures par année, ça devient difficile de trouver des remplaçantes. Quand elles auront des imprévus, les RSG seront obligées de fermer», prévoit-elle.
Le protocole lié à l'administration d'acétaminophène pose aussi problème. «Il faut maintenant la même concentration pour les poupons comme pour les enfants de cinq ans. Pour un enfant de cinq ans, il va falloir vider la bouteille.»
Julie St-Arnaud déplore la mise en place des nouveaux règlements alors que les associations syndicales, en renouvellement d'entente collective, avaient demandé un moratoire sur la question. «Notre demande n'a pas été entendue. Notre priorité demeure la santé et la sécurité des enfants. Mais nous aurions voulu négocier ces conditions.»
Bureaux coordonnateurs
Serge Boily, président du conseil d'administration des bureaux coordonnateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, confirme que les règlements suscitent un certain mécontentement. «En général, c'est bien accepté. C'est certain que quelques changements ne sont pas agréables. Quelques-unes ont évoqué l'idée que c'est tellement compliqué qu'elles seraient peut-être mieux au privé. Mais c'est une petite minorité.»
Serge Boily convient toutefois que des points nécessiteraient une clarification. «On entre dans une période d'ajustements. Certains règlements ont été éclaircis par le ministère, mais il y a encore des zones grises.»
Les responsables de services de garde privés en milieu familial, qui accueillent moins de six enfants, n'ont pas à obtenir de permis. Elles ne sont donc pas assujetties aux règlements qui encadrent les milieux subventionnés.