Richard Harvey, porte-parole du Comité des citoyens de L'Ascension, promet que ses membres sont prêts à entreprendre des moyens de pression s'ils n'obtiennent pas de réponses à leurs questions.

Matières résiduelles: 80 camions à l'ancien site

La Régie des matières résiduelles (RMR) du Lac-Saint-Jean confirme que des camions de lixiviat se sont rendus sur l'ancien site d'enfouissement technique de L'Ascension en mars. Il s'agit toutefois d'une mesure exceptionnelle sur le site qui demeure toujours fermé, assure l'organisme.
Au total, 80 camions transportant un total de 2500 m3 de lixiviat en provenance du bassin d'accumulation du lieu d'enfouissement technique d'Héberville-Station ont été transférés dans les bassins de l'ancien site d'enfouissement technique de L'Ascension pour y être traités, a mentionné la directrice des communications de la RMR, Stéphanie Fortin, au Quotidien
Le transport de lixiviat s'est déroulé du 15 au 23 mars. La RMR a reçu un certificat d'autorisation du ministère de l'Environnement pour procéder à l'opération qui permettait de transporter jusqu'à 7000 m3, selon les besoins. La municipalité a aussi donné son aval à la RMR.
Cette situation est exceptionnelle et ne se reproduira pas, a assuré Mme Fortin. L'opération a été réalisée par mesure préventive. Le transport de lixiviat était nécessaire en raison d'une période de rodage de l'usine de traitement du lieu d'enfouissement technique d'Hébertville-Station, qui est en opération depuis l'automne 2015.
« Ce qui est arrivé, c'est qu'on n'a pas traité à 100 % de la capacité de notre usine, parce qu'on était en démarrage, et ce sont des usines qui prennent entre 18 et 24 mois, vraiment pour s'ajuster, pour avoir un traitement optimal. Donc on ne traitait pas à pleine capacité », a expliqué Mme Fortin.
Le bassin d'accumulation de la nouvelle usine, en raison de la fonte des neiges et des précipitations, s'était rempli plus rapidement. Lorsqu'elle sera pleinement opérationnelle, l'usine de traitement aura une capacité trois fois plus importante qu'actuellement, lorsque le site deviendra le lieu d'enfouissement pour tous les déchets de la région.
Cela ne signifie pas pour autant que le site d'enfouissement technique de L'Ascension, fermé le 31 août 2014, a été rouvert. « Ça n'a rien à voir avec l'enfouissement des déchets, c'est vraiment un dossier qui est clôt à L'Ascension », a précisé la porte-parole.
Même si le site est fermé à l'enfouissement, des opérateurs doivent s'y rendre quotidiennement pour le traitement du lixiviat. Un suivi environnemental doit être effectué pendant les 25 à 30 années qui suivent la fermeture.
Pas d'impact sur la rivière
Le maire de L'Ascension, Louis Ouellet, assure pour sa part qu'il aurait été le premier à monter aux barricades, s'il avait été question d'une réouverture du site.
« Je ne peux pas leur interdire d'avoir accès à leurs installations de traitement. Ce que je leur ai demandé, c'est de le faire avant la période de dégel, pour ne pas détruire le chemin. Et je voulais m'assurer que les rejets demeurent les mêmes et qu'il n'y ait pas d'impact sur la rivière Péribonka, ce qui a été confirmé par le ministère », a-t-il expliqué.
Il estime en outre que la situation ne pose pas problème puisqu'il s'agit d'une situation ponctuelle. « Si c'était fait [le transport de lixiviat] chaque année, là ce serait problématique », a-t-il pointé.
Après avoir été en contact avec la RMR, le maire a exposé la situation aux membres du conseil municipal lors d'une séance plénière. Il souligne par ailleurs ne pas sentir de mouvement de contestation chez ses citoyens. Le seul téléphone reçu à ce sujet cette semaine a été celui du porte-parole du Comité des citoyens de L'Ascension, Richard Harvey, avec qui il a été difficile de discuter, a-t-il précisé.
Le Comité des citoyens prêt à bloquer l'accès
Le Comité des citoyens de L'Ascension est prêt à bloquer l'accès à l'ancien site d'enfouissement situé sur le territoire de la municipalité s'ils ne sont pas entendus.
Le porte-parole du Comité des citoyens de L'Ascension, Richard Harvey, prévient que ses membres se préparent à employer des moyens plus drastiques s'ils n'obtiennent pas les réponses à leurs questions. Le comité rassemble une vingtaine de personnes.
Les agissements de la Régie des matières résiduelles (RMR) du Lac-Saint-Jean, des élus municipaux et du ministère de l'Environnement au sujet du transport de lixiviat par camion vers l'ancien site d'enfouissement ont indigné les membres du comité, rapporte-t-il. «C'est scandaleux, on est scandalisés. Ça ne se fera plus, croyez-moi, il n'y a plus un camion qui va rentrer ici», a lancé le porte-parole du groupe formé d'une quinzaine de représentants, lors d'un entretien téléphonique avec Le Quotidien.
Les membres du comité reprochent que les citoyens aient été tenus dans l'ignorance au sujet du transport de lixiviat et demandent à prendre connaissance des ententes intervenues.
«Gestapo environnementale»
Le comité s'affaire à obtenir des renseignements juridiques pour évaluer les recours et les options des citoyens dans ce dossier. Pour eux, même si aucun déchet n'a été enfoui dans l'ancien site, le transport de lixiviat revient à une réouverture du site. «Tout le monde sait que le problème dans les sites d'enfouissement, c'est le lixiviat», a-t-il ajouté.
Informé que la RMR du Lac-Saint-Jean avait mentionné que cette opération était exceptionnelle et qu'elle ne devait pas se répéter l'an prochain, M. Harvey a exprimé que son groupe avait de toute manière perdu confiance en l'organisme. «Ce n'est pas crédible, leur attitude n'est pas crédible!», a-t-il reproché. Au cours de l'entretien, il n'a pas hésité à qualifier la RMR de «Gestapo environnementale» et de «monstre qui s'autoalimente».
On sent que la situation ravive des souvenirs émotifs, liés aux démarches menées par les citoyens dans le dossier du site d'enfouissement depuis 2005. Une réunion du comité est prévue au début de la semaine prochaine pour faire le point et décider des actions qui seront entreprises. Richard Harvey promet que les citoyens n'abandonneront pas «jusqu'à ce que ce maudit site-là soit fermé».
Consultation des citoyens: 22 recommandations
Vingt-deux recommandations ont été formulées dans le rapport portant sur les consultations publiques menées par la Régie des matières résiduelles (RMR) du Lac-Saint-Jean sur le projet d'agrandissement du lieu d'enfouissement d'Hébertville-Station. La majorité des citoyens qui y ont participé s'opposaient au projet et ont partagé plusieurs de leurs inquiétudes.
Le rapport d'environ 90 pages publié cette semaine a été produit pour la RMR par Camil Laforge, travailleur autonome et coach, qui a aussi assuré l'animation en octobre et novembre des deux soirées d'information et des quatre ateliers thématiques.
La réduction de la quantité de déchets, la proximité des résidences, l'impact sur la valeur des propriétés, les odeurs, le bruit, la présence de goélands et la circulation des camions font partie des principaux sujets d'inquiétude des citoyens.
«Ce rapport nous permet de considérer tout le volet social, et la prochaine phase sera d'arrêter un choix sur le scénario final d'agrandissement du site qui sera présenté dans l'étude d'impact», a souligné la directrice des communications de la RMR, Stéphanie Fortin. L'organisme a l'intention de suivre les recommandations, dans la mesure du possible.  
Le rapport peut être consulté sur le site Internet du projet d'agrandissement du lieu d'enfouissement d'Héberville-Station (www.projetlet.com).
Qu'est-ce que le lixiviat?
Le lixiviat est le liquide issu de la maturation des déchets et du passage de l'eau de pluie au travers des déchets. «Je n'aime pas le dire comme ça, mais on peut dire que c'est du "jus de poubelle". C'est tout ce qui est formé par la décomposition des matières organiques», image la directrice des communications de la Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean, Stéphanie Fortin. Le lixiviat est pompé des cellules d'enfouissement jusqu'à des bassins, où il est acheminé à l'usine de traitement. Après plusieurs traitements, lorsque le liquide est rejeté dans l'environnement, il doit correspondre à une qualité d'eau de baignade.