Historiquement, les Innus du Lac-Saint-Jean ont reçu deux compensations pour la perte de territoire depuis la construction de la centrale de l’Isle-Maligne et le rehaussement du niveau du lac Saint-Jean.

Mashteuiatsh réclame des redevances auprès de Rio Tinto

Mashteuiatsh s’inscrit dans la lignée des municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui souhaitent obtenir des compensations de la compagnie Rio Tinto pour l’exploitation des ressources hydrauliques. La communauté a décidé de mener sa propre campagne auprès de la multinationale.

Selon des informations recueillies par Le Progrès au cours des dernières semaines, Mashteuiatsh a fait connaître ses intentions à la direction de Rio Tinto. Il s’agit d’un changement dans le cadre des relations entre la multinationale et la communauté innue.

Le conseil de bande de la communauté n’a pas nié cette information. La demande d’entrevue logée par Le Progrès a toutefois été refusée pour le moment. « Nous ne souhaitons pas faire d’intervention publique à ce sujet pour l’instant », a répondu Dave Casavant, du service des communications de Mashteuiatsh.

« On ne parle pas nécessairement d’obtenir une redevance en argent sur la quantité d’énergie produite à partir des centrales électriques de la région qui sont situées sur le territoire ancestral. Il y a une idée d’obtenir une forme de soutien au développement économique comme un bloc d’énergie », a expliqué une source bien informée qui a voulu conserver l’anonymat.

Rio Tinto n’a pas l’intention de faire état publiquement des discussions avec la communauté innue et a également refusé la demande d’entrevue. « Nous sommes en constante discussion avec nos différentes parties prenantes et nos partenaires, incluant la communauté de Mashteuiatsh. Il n’y a rien de nouveau dans ce dossier », s’est contentée de répondre la porte-parole de la multinationale, Véronick Lalancette.

Deux compensations

Les Innus du Lac-Saint-Jean ont reçu deux compensations pour la perte de territoire depuis la construction de la centrale de l’Isle-Maligne et le rehaussement du niveau du lac Saint-Jean. Selon les informations transmises par le service des communications, une petite compensation a été versée en 1933 par le fédéral, quelques années après la construction de la centrale hydroélectrique.

La seconde entente a été conclue entre le gouvernement canadien et la communauté de Mashteuiatsh en novembre 2018. Le montant versé par Ottawa de 11,9 millions $ représente la valeur actualisée des compensations qui auraient normalement dû être versées à la communauté lors du relèvement des eaux du lac Saint-Jean en 1926.

Cette revendication particulière a été déposée au gouvernement canadien en 1985. « En 2016, à la suite des délais imposés par la lenteur du processus gouvernemental, Pekuakamiulnuatsh Takuhikan (Mashteuiatsh) avait entamé une procédure judiciaire devant le Tribunal des revendications particulières », stipule un document transmis par le service des communications de Mashteuiatsh.

Après la construction des centrales de l’Isle-Maligne et de Shipshaw, la compagnie Alcan, aujourd’hui Rio Tinto, a érigé trois centrales sur le cours de la rivière Péribonka entre 1945 et 1960. Le gouvernement du Québec a autorisé la construction de ces trois complexes et n’a pas compensé les communautés de Mashteuiatsh et de Betsiamites pour ces projets.

Les trois projets, avec la création des réservoirs des Passes-Dangereuses et Manouane, ont modifié la cartographie des territoires de chasse des familles des deux communautés.