Les communautés innues de Mashteuiatsh (photo), de Pessamit et d’Essipit souhaitent attendre la fin des processus d’évaluation environnementale avant de prendre position sur le projet de GNL Québec.
Les communautés innues de Mashteuiatsh (photo), de Pessamit et d’Essipit souhaitent attendre la fin des processus d’évaluation environnementale avant de prendre position sur le projet de GNL Québec.

Mashteuiatsh, Pessamit et Essipit ne prennent pas position sur GNL Québec

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Les communautés innues de Mashteuiatsh, de Pessamit et d’Essipit ne prendront pas position sur le projet de GNL Québec avant la fin des processus d’évaluation environnementale. Aucune entente n’a été signée avec les communautés qui ont suspendu les discussions avec le promoteur.

Des intervenants des trois communautés ont présenté l’état des discussions avec GNL Québec et leurs préoccupations face au projet, jeudi soir, lors des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet d’usine de liquéfaction de 9 G$ à Saguenay.

Le site projeté de l’usine, sur la zone industrialo-portuaire du port de Grande-Anse, à La Baie, se trouve dans une zone située au sud-ouest du territoire des communautés innues du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord.

Cette zone sud-ouest représente un territoire de 245 000 kilomètres carrés partagé entre les trois Premières Nations. Les communautés possèdent sur ce territoire des droits ancestraux en vertu de l’article 35 de la Constitution canadienne, a expliqué Charles-Édouard Verreault, vice-chef de la communauté de Mashteuiatsh, qui est située au Lac-Saint-Jean.

«Le projet Énergie Saguenay, s’il voit le jour, aura une incidence majeure sur nos droits ancestraux», a-t-il souligné.

Un projet «trop au stade embryonnaire»

Les communautés ont décidé de suspendre les discussions qui avaient été entamées avec le promoteur en vue d’établir une entente, jugeant le projet «trop au stade embryonnaire» pour qu’elles puissent prendre position pour ou contre le projet, a pour sa part expliqué Carl Cleary, directeur aux relations gouvernementales et stratégiques de Mashteuiatsh.

Les communautés préfèrent attendre que les processus d’évaluation environnementale du projet d’usine de liquéfaction et du gazoduc soient complétés.

«Le projet d’Énergie Saguenay aura notre consentement seulement si le projet de gazoduc l’obtient également. Deux enjeux importants persistent: l’impact sur le béluga et une réelle substitution énergétique», a de son côté exposé Martin Dufour, chef de la communauté Essipit, située sur la Côte-Nord.

Dans leur mémoire, les trois Premières Nations proposent qu’un système de traçabilité du gaz naturel soit instauré pour vérifier que le gaz naturel liquéfié exporté remplacera des énergies plus polluantes.

Les impacts du transport par méthanier dans le Saguenay sur les bélugas préoccupent aussi les communautés. «Il fait partie de notre culture. Autrefois, on le chassait et on le transformait. Aujourd’hui, il fait partie de notre patrimoine», a exposé le chef Martin Dufour.

Discussions entamées en 2014

Les premiers échanges entre GNL Québec et les communautés autochtones ont débuté en 2014. Carl Cleary a qualifié ces discussions de «régulières et transparentes et empreintes de bonne foi».

Un comité de suivi a ensuite permis d’échanger à partir de 2017 sur une entente portant sur les répercussions et avantages entre GNL Québec et les trois communautés.

L’entente discutée concerne plus précisément la phase de construction et d’exploitation du projet, notamment pour l’accès à des contrats et à des emplois. Une équipe de négociation a été mandatée. «Il reste encore des étapes importantes», a précisé M. Cleary, au sujet des discussions.

Les communautés souhaitent notamment mener des consultations auprès de leurs membres afin de leur présenter l’ensemble du projet.

La seconde partie des audiences du BAPE sur le projet de GNL Québec dirigées par les commissaires Laurent Pilotto et Denis Bergeron se déroule en mode numérique en raison de la deuxième vague de COVID-19.

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TÉMOIGNAGES ET OPPOSITION CITOYENNE

À l’exception de l’intervention des trois communautés innues, tous les intervenants qui ont pris part à la huitième séance des audiences se sont opposés au projet.

La séance rassemblait une majorité de citoyens, dont plusieurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, parmi les 13 intervenants qui ont pris la parole. La séance en mode numérique a récolté un millier de visionnements sur Facebook.

Le collectif La Planète s’invite en santé, qui rassemble un regroupement de professionnels de la santé, a exposé ses préoccupations au sujet des impacts globaux du projet de GNL Québec sur la santé des populations.

Les deux représentants de l’organisme ont évoqué les risques liés à la fracturation hydraulique, au transport par gazoduc et les impacts des changements climatiques sur la santé.

Le président de la commission, Denis Bergeron, a indiqué aux participants que la commission était toujours en discussion avec le ministère de la Santé et des Services sociaux afin d’obtenir des réponses à ses questions sur les impacts psychosociaux du projet.

«Malheureusement, on doit regretter que compte tenu de la mobilisation pour ce qui est de la situation sanitaire, les réponses tardent à venir pour ce qui est de la commission, a-t-il mentionné. Mais soyez assurés qu’on tient vraiment à avoir des réponses de la part du ministère à ce sujet.»

L’absence de représentant du ministère lors de la première partie de l’audience, en septembre, avait été soulevée par plusieurs participants.

Les audiences se poursuivent vendredi à 13h, en diffusion sur la page Facebook du BAPE (https://www.facebook.com/BAPEquebec) et sur le site Internet de l’organisation (https://www.bape.gouv.qc.ca/fr/).

Il s’agira de la dernière séance de la semaine, avant la reprise des audiences la semaine prochaine.

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«ON EST DÉJÀ PERDANTS» 


Anne Gilbert-Thévard, citoyenne de La Baie et ancienne co-porte-parole de la Coalition fjord, a témoigné de la division et de la polarisation qu’elle a constatées dans la région à la suite de son militantisme contre le projet de GNL Québec.

«Je suis outrée par la division, la violence et l’absence d’un vrai débat public que ce projet a amené dans notre région. Avant même que le projet s’implante, on est déjà perdants», a-t-elle déploré.

Par ailleurs, la Coalition fjord s’est dite par voie de communiqué «scandalisée par l’attitude irresponsable» de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord, de Port de Saguenay et du ministre de l’Environnement, à la suite d’un article de La Presse révélant jeudi que la création d’une aire marine protégée dans le Saguenay avait été abandonnée dans la zone portuaire où GNL Québec souhaite construire son usine de liquéfaction.