En 2011, Mario Cantin a gravi une partie du mont Everest à la mémoire de sa fille Mélanie. Il relance l’aventure sept ans plus tard avec le désir de se rendre au sommet.

Mario Cantin à la conquête de l’Everest

Quinze ans après s’être fixé pour objectif de gravir les sept plus hautes montagnes du monde, le Saguenéen Mario Cantin poursuit son épique périple. Dès dimanche, l’amoureux de plein air, qui habite dorénavant la région de Montréal, prendra d’assaut ni plus ni moins que l’Everest. Tout au long de l’expédition, laquelle s’échelonnera sur 10 semaines, il sera accompagné et guidé par sa fille Mélanie, décédée dans un accident de voiture en 2002.

Mélanie était alors âgée de 19 ans. L’annonce de sa mort a frappé la famille Cantin de plein fouet. Lors d’une entrevue accordée au Progrès-Dimanche en juin 2011, Mario Cantin a confié qu’après avoir déversé sa colère et sa peine en assenant des coups à tous les classeurs de la maison, il a senti l’irrépressible besoin de donner un sens à ce terrible coup de dé du destin. Il avait alors décidé d’entreprendre une quête spirituelle en escaladant des montagnes. À sa feuille de route figuraient les monts Aconcagua, McKinley, Kilimandjaro, Everest, Elbrus et Puncak Jaya, de même que le massif Vinson. 

Au moment de l’entrevue, réalisée il y a presque sept ans, Mario Cantin était tout juste de retour du Népal, où il était venu à bout de 6500 des 8800 mètres du géant de l’Himalaya. Affligé d’une infection sévère de la gorge (toux du Congbu), celui qui porte aujourd’hui le chapeau de vice-président régional, région de Laval, pour la Banque Nationale, a dû être placé en isolement pendant plusieurs jours. Au cours de la même expédition, un alpiniste est décédé. Le banquier s’était promis d’affronter l’Everest à nouveau dans un horizon d’environ cinq ans, avec la ferme volonté de se rendre au pinacle pour y planter une photo de sa fille. Le jour J est enfin arrivé et c’est le cœur rempli de fébrilité que Mario Cantin s’est envolé, mercredi soir, en direction du Népal.

« Ça fait sept ans que j’y suis allé. C’est le chemin qui continue. Je me sens comme un enfant de quatre ans », a-t-il confié, à la faveur d’une entrevue téléphonique réalisée peu avant son départ. 

Celui que les régionaux connaissent pour son implication au Double défi des deux Mario de la fondation Sur la pointe des pieds est un homme sensible. Cette tendresse transpire lorsqu’il parle du motif qui le pousse à affronter les éléments et à se projeter à nouveau dans une situation qui sort de l’ordinaire et qui recèle des éléments de danger. Cette raison se décline en trois syllabes et se lit comme suit : Mélanie.

« Pour rebondir d’une situation, tu dois lui donner un sens. Chaque montagne que j’aborde, chaque préparation pour une expédition, ça me permet de cheminer et de donner un sens à ce qui s’est passé. C’est de loin la meilleure décision que j’ai prise. Ce n’est pas une course. Ça prendra le temps que ça prendra, mais je vais aller jusqu’au bout », fait valoir Mario Cantin, qui a déjà gravi le mont McKinley, l’Aconcagua et le Kilimandjaro. 

L’atteinte du camp 2 de l’Everest prendra six semaines. Quatre semaines supplémentaires seront requises avant que Mario Cantin puisse atteindre son but. Il sera parti pendant deux mois et demi. Celui qui dirige 300 employés est convaincu qu’au plan humain, l’expérience profitera aussi à tous ceux et celles qui évoluent sous sa gouverne.

Les excursions de Mario Catin lui permettent de donner du sens au décès de sa fille Mélanie, partie en 2002 à l’âge de 19 ans.

+ Entraîné et prêt 

Mario Cantin s’entraîne depuis 18 mois pour prendre d’assaut le Chomolungma, de son nom d’origine. Il a complété la traversée de Charlevoix à quatre reprises, voûté sous le poids de son sac à dos. Une fois avec son ami Mario Bilodeau, le reste en solo. 

« Dans ce genre de situation, c’est toi par rapport à toi-même. L’entraînement me permet aussi de maîtriser la solitude. Quand tu te lances dans ce genre d’expédition pour une raison et que ta raison est bonne, tu as tout simplement envie de continuer. Tout le monde a quelque chose dans sa vie, une épreuve à laquelle il y a un sens à donner. Chacun a son Everest », illustre Mario Cantin.

L’aventurier espère atteindre la crête de l’Everest le 10 mai. Tout au long de l’ascension, qu’il réalisera en compagnie d’un Sherpa et de sept personnes qu’il ne connaît pas, le père de famille aura la possibilité de communiquer avec ses proches. Une fois par semaine, il diffusera des messages inspirants aux internautes.

« Je n’affronte pas la montagne, je la prends comme une amie. C’est ma façon à moi de donner une seconde vie à ma fille. Je me dis que c’est dans le chemin qu’on grandit, pas au sommet. Je veux malgré tout me rendre jusqu’au bout pour aller gratter les orteils de Mélanie », image Mario Cantin, qui aura en tête sa conjointe et ses deux autres enfants tout au long du trajet. 

« La vie me fait des cadeaux. Mes enfants en sont un beau. Plus j’avance, plus je me rends compte d’une chose. Ce n’est pas nous les mentors de nos enfants, ce sont eux qui sont les nôtres », conclut Mario Cantin, qui se dit animé de la ferme intention de monter tout là-haut pour mieux revenir auprès de ceux qu’il aime.