Marie Duplessis, candidate du Parti vert dans Trois-Rivières.

Marie Duplessis: La gestionnaire au service de l’environnement

TROIS-RIVIÈRES — À l’occasion de la campagne électorale fédérale, Le Nouvelliste vous présente cette semaine cinq entrevues éditoriales avec les candidats représentant, dans le comté de Trois-Rivières, les cinq principaux partis. L’ordre de publication a été déterminé selon l’ordre alphabétique des noms de famille des candidats.

«Non, Maurice n’est pas mon grand-père. D’autres questions?» Le slogan des pancartes de Marie Duplessis a de quoi attirer l’œil et faire sourire. Pour la candidate du Parti vert dans Trois-Rivières, c’était inévitable de pouvoir attirer un peu l’attention dans une campagne électorale où la dynamique dans le comté est différente d’ailleurs: c’est une campagne de candidats.

«Je suis sans doute la moins connue dans cette campagne et il faut que j’aille chercher mes votes un par un. En même temps, je trouve ça bien aussi qu’on mette l’emphase sur les candidats, car nous sommes appelés à être des députés aussi, et c’est important que les gens nous connaissent», lance la jeune femme.

Issue du milieu agricole où elle a œuvré pendant dix ans, tant au Québec qu’en Colombie-Britannique et même en Australie, Marie Duplessis comprend que c’est par la politique qu’on arrivera à améliorer les choses. «J’ai réalisé que dans le milieu agricole, on ne peut pas survivre sans l’appui politique, surtout avec la crise climatique. On a bien beau vouloir faire pousser du foin pour nourrir nos bêtes, si le champ est inondé jusqu’en juin, on n’y arrivera pas. L’agriculture est un domaine très fragile, mais qui est essentiel à l’économie du pays. Nous sommes à la merci de la politique, des accords de libre-échange», mentionne-t-elle, ajoutant son intérêt à voir changer les pratiques en agriculture afin de préserver la biodiversité, la qualité de l’eau et aussi les insectes pollinisateurs, essentiels à l’équilibre des cultures.

C’est aussi dans cette optique que le Parti vert proposerait la révision en profondeur du programme pour les travailleurs étrangers temporaires qui, selon Marie Duplessis, ouvre toute grande la porte à des abus envers ces travailleurs qui sont bien souvent vulnérables et exploités. Elle préférerait voir les processus d’immigration être facilités pour ces travailleurs et leurs familles. «C’est un choix de société qu’on se donne», croit-elle.

Marie Duplessis est claire: si elle avait absolument voulu être élue députée, elle se serait présentée pour un autre parti que le Parti vert. Mais c’est par convictions qu’elle accepte d’en être la défenderesse dans Trois-Rivières, afin de remettre la cause environnementale au premier plan. «On se bat pour que l’environnement devienne la question de l’urne, mais la campagne se mène sur des sujets de second degré. Le port du turban d’un chef de parti, le droit de voter voilée... On est toujours dans l’anecdote et on se préoccupe davantage de l’impact des politiques sur notre portefeuille. Je pense qu’on ne réalise pas encore ce que la crise climatique va coûter aux générations futures si on continue comme ça. J’entends les autres partis dire qu’on ne peut pas laisser l’économie s’écrouler au profit de l’environnement. La crise climatique fera en sorte que l’économie s’écroulera quand même si on ne fait rien», signale-t-elle.

Marie Duplessis s’insurge d’ailleurs de voir que d’autres partis peuvent encore penser investir dans les énergies pétrolières. Elle rappelle que son parti est le seul à s’opposer au projet de gaz naturel liquéfié (GNL) Québec. Mme Duplessis dit par ailleurs être tombée en bas de sa chaise en entendant les candidats locaux libéraux et conservateurs lors du débat sur l’environnement au Collège Laflèche, la semaine dernière, alors qu’on leur demandait si les partis s’engageaient à cesser d’investir dans le pétrole. «On a dit au public ce qu’il avait envie d’entendre. Il faut être culotté pas à peu près», dénonce-t-elle.

Enjeux locaux

Marie Duplessis sera évidemment en faveur du développement du train à grande fréquence, tant qu’il respectera deux conditions: qu’il soit carboneutre, mais également abordable pour la population. «On cherche à créer une alternative aux voitures, mais si la population n’a pas les moyens de le prendre, c’est raté», constate la candidate qui précise que le Parti vert serait même prêt à nationaliser le rail pour parvenir à des frais abordables.

Elle soutiendrait aussi les projets de développement du port notamment sur le plan récréotouristique, même si ce n’est pas pour elle une priorité absolue. «Je ne m’y oppose pas, j’y suis favorable. Le fleuve est une richesse et donner au public un plus grand accès, c’est bien. D’autant plus que ce serait bien dommage d’aller y passer un oléoduc juste en face si le public le fréquente beaucoup», lance-t-elle.

Par contre, pas question de donner son appui au projet de développement de l’aéroport de Trois-Rivières. «Ce n’est pas le projet le plus approprié, surtout si on mise sur le développement du TGF. Trois-Rivières a besoin de son argent pour le transport collectif, les rénovations vertes, la protection de ses cours d’eau», énumère-t-elle, en rappelant la très grande empreinte écologique, spécialement sur les gaz à effets de serre, du transport aérien.

La candidate qui étudie à l’UQTR en administration des affaires estime avoir beaucoup à apporter à son parti, au comté et au Canada. «C’est plutôt rare, dans un parti de gauche, de retrouver des gens qui étudient en économie. Pourtant, dans toutes les sphères de la société, on retrouve des économistes. On ne peut pas se passer de leur expertise et moi, je veux la mettre au service de mes convictions. Je veux être une gestionnaire à l’écoute du consensus scientifique», conclut-elle.

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