Mariage de mémoire et modernité à la nouvelle bibliothèque d’Arvida

Après avoir subi une cure de rajeunissement de près de 6 millions $, la bibliothèque d’Arvida a officiellement rouvert ses portes, mardi. Le bâtiment a été complètement restauré selon les plans d’architecte originaux du début des années 40. L’intégration d’objets et de mobilier d’époque ajoute au charme des lieux où se marient mémoire et modernité.

Lors d’une conférence de presse tenue en matinée à l’étage du bâtiment, le conseiller municipal responsable du secteur, Carl Dufour, n’a pas caché sa joie de pouvoir annoncer de façon officielle que la nouvelle bibliothèque, dont la superficie a triplé, est enfin ouverte et mise à l’entière disposition des citoyens d’Arvida. Ceux-ci y trouveront une variété de bouquins, notamment des volumes en langues étrangères, des documents historiques rares et une collection de livres d’auteurs régionaux. Carl Dufour était accompagné de la mairesse de Saguenay, Josée Néron, de son collègue conseiller municipal et président de la commission des arts et de la culture, Jonathan Tremblay, et du député libéral provincial Serge Simard, qui était présent pour représenter son gouvernement. Le représentant de Dubuc à l’Assemblée nationale n’a toutefois pas hésité à « rendre à César ce qui est à César » en soulignant que c’est à l’époque où le député péquiste Sylvain Gaudreault était ministre que Québec a accordé une subvention de 1,7 million $ pour la rénovation de la bibliothèque d’Arvida.

Le conseiller municipal Carl Dufour, au centre, était très heureux d’inaugurer la bibliothèque de son secteur, mardi. Il était entouré de plusieurs dignitaires, dont la mairesse de Saguenay, Josée Néron, les députés provinciaux Serge Simard et Sylvain Gaudreault, de même que les conseillers municipaux jonquiérois Jonathan Tremblay, Julie Dufour, Jean-Marc Crevier et Kevin Armstrong.

75 ans plus tard

Près de 75 ans après l’inauguration de la première bibliothèque publique de la ville de l’aluminium, les Arvidiens ont donc accès à une succursale où le patrimoine et la technologie font bon ménage. Le bâtiment a certes été valorisé dans le respect de son cachet d’origine, mais la bibliothèque est dotée d’équipements ultramodernes. Des ordinateurs sont mis à la disposition des visiteurs, au même titre que des tablettes électroniques. Un système de tri robotisé, le premier à Saguenay, facilitera le travail des employés. Des salles de travail sont disponibles sur réservation pour que les organismes et les contribuables puissent bénéficier d’un endroit pour tenir des réunions. Les espaces ont été nommés en l’honneur de personnages ou d’institutions phares qui ont marqué l’histoire de la cité du métal gris. Featherstonhaugh and Durnford, notamment, en lien avec les architectes qui ont signé les premières esquisses de l’édifice. Steinberg, suivant le nom du premier supermarché à avoir occupé cette enceinte. Le Lingot, en rappel au journal d’Alcan publié depuis les années 40.

Carl Dufour était ravi de présenter le résultat final à ses collègues élus de l’arrondissement de Jonquière, de même qu’aux dignitaires présents lors de la conférence de presse. Alain Gagnon du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA) a assisté à la visite guidée, tout comme l’ancien maire d’Arvida et ex-député du Parti québécois, Francis Dufour.

« Pendant cinq ou six ans, ç’a été un jeu de dominos. Il y a eu des moments où on ne pensait jamais que ça allait réussir. Ce qu’on va offrir aux gens ce matin, c’est pratiquement une œuvre en soi », a signifié Carl Dufour. 

La tournée de la bibliothèque a permis aux journalistes et aux invités de constater à quel point la préservation et la mise en valeur du patrimoine ont été le leitmotiv du projet, et ce, dans le menu détail. Des lampes de l’ancien magasin People ont été retrouvées dans un entrepôt, puis remises en état de marche dans un agencement de type art déco qui se marie fort bien au mobilier imaginé et créé par la compagnie régionale Kitch Up. Les rideaux pendus aux fenêtres sont imprimés de la charte graphique d’Arvida : la lettre A et la rose des vents. Des plans d’architecte ont été intégrés à des vitraux et un agrandissement du plan d’urbanisme original de la ville se trouve fixé à un mur du premier étage. La bibliothèque compte aussi un salon des actualités et une salle multimédia, de même qu’une section pour enfants, ludique et colorée, baignée dans la lumière abondante en provenance de l’extérieur.

Un lieu spécial pour Jean-Paul et Imelda

L’ouverture de la nouvelle bibliothèque avait quelque chose de particulier pour Jean-Paul Gaudreault et Imelda Comeau. C’est entre ces murs, alors que le bâtiment abritait le supermarché Steinberg, qu’ils se sont connus. Il était emballeur, elle commis aux fruits et légumes.

Le couple est encore ensemble aujourd’hui, après 60 ans de mariage. Rencontrés dans le hall d’entrée de la succursale, les anciens employés étaient appuyés sur un panier d’épicerie, occupés à feuilleter des photos d’époque. Ces paniers sont mis à la disposition des utilisateurs de la bibliothèque pour transporter les livres, un clin d’œil à la toute première vocation du bâtiment.

La Ville a pris soin d’inviter Jean-Paul Gaudreault et Imelda Comeau à l’ouverture officielle. Ils étaient très émus de pouvoir momentanément revivre leur jeunesse et ce coup de foudre à l’origine de leur union.

« J’ai commencé à travailler chez Steinberg à 16 ans. J’y ai travaillé jusqu’à 55 ans et j’ai pris ma retraite il y a 30 ans, quand l’épicerie était rendue au Mail 170 (Faubourg Sagamie) », a raconté M. Gaudreault, aujourd’hui âgé de 86 ans. Son épouse est entrée chez Steinberg en 1956, d’abord comme caissière. Elle n’y a pas travaillé longtemps, mais conserve d’excellents souvenirs de ce lieu symbolique qui a marqué le cours de sa vie. Ils étaient accompagnés de Richard Leonardo, fils du premier gérant des viandes de l’épicerie. Venu de Montréal pour l’occasion, il a expliqué que c’est dans un appartement situé en haut du Steinberg, à l’époque où le marché se trouvait sur la rue Davis, qu’il a vu le jour au début des années 40. 

Collection

La collection de livres de la bibliothèque d’Arvida compte 50 000 documents et se décline sur 2156 pieds carrés. Les heures d’ouverture ont été bonifiées, passant de 41 par semaine à 54. La mairesse Josée Néron a dressé un parallèle entre la nouvelle bibliothèque et le désir de reconnaissance d’Arvida par l’UNESCO. 

« C’est un autre geste qui démontre la volonté de Saguenay de faire rayonner ce secteur tant au plan national qu’international », a-t-elle déclaré.