Le maire Jean Tremblay a utilisé sa majorité au conseil de ville pour remporter deux votes renversant des recommandations de la Commission d'aménagement du territoire, du génie et de l'urbanisme.

Marc Pettersen à l'urbanisme, «ma pire erreur»

La Commission d'aménagement du territoire, du génie et de l'urbanisme (CAGU) et le Service de l'aménagement du territoire et urbanisme, sous la responsabilité de la précédente, ont connu une rude journée, mardi, à Saguenay.
D'abord, sa Division permis et programmes a été ciblée par le vérificateur général dans son rapport à l'effet que peu ou pas de suivi se faisait sur le terrain pour vérifier si les travaux effectués étaient conformes aux permis émis. Ensuite, le conseil municipal a voté à la majorité à deux reprises contre des recommandations de la CAGU touchant des projets de promoteurs privés. Puis, le maire Jean Tremblay a affirmé aux journalistes, après la séance, que nommer le conseiller municipal Marc Pettersen à la tête de la CAGU « était la pire erreur de son mandat. »
Dans un premier temps, le vérificateur général François Gagnon a présenté aux médias le contenu de son rapport 2016, dont une partie avait déjà été obtenue par Le Quotidien en juin concernant le laxisme dans la gestion du carburant à Saguenay. Au total, François Gagnon a émis 34 recommandations. Outre l'essence, son rapport contenait deux sections principales, à savoir la gestion des permis et certificats ainsi que la gestion des ententes d'achat contractuelles. Concernant la première, le VG a constaté que « la Division des permis et programmes exerce un contrôle rigoureux avant la réalisation des travaux afin de bien informer le citoyen sur ses obligations et contraintes. Cependant, elle ne réalise que peu ou pas d'inspection pour s'assurer du respect réel de sa réglementation. » Selon M. Gagnon, les seules fois où un inspecteur se rend sur place pour vérifier, c'est à la suite de plaintes de citoyens. Une équipe serait mise sur pied en ce moment à Jonquière pour commencer à remédier au problème. Le vérificateur a aussi posé la question s'il n'était pas plus efficace pour la Ville de ne pas délivrer de permis pour des travaux mineurs, de l'ordre de 2000 à 3000 $, si ces derniers ne représentent pas un risque pour la réglementation.
La conférence de presse du VG s'est tenue à 10 h 50 à la salle du conseil de l'hôtel de ville. Une heure plus tard, au même endroit, c'était au tour de la CAGU d'être bafouée à deux reprises. Lors d'une rencontre de la commission tenue le 22 août, les membres avaient refusé à Jacques Goupil, le président de la chaîne Hôtels Gouverneur, d'installer une pancarte annonçant le projet Lux du boulevard Talbot sur l'autoroute 70. La CAGU avait refusé de recommander le changement de zonage à la suite d'une analyse du secteur. Lors du conseil municipal, le maire Tremblay a plutôt proposé d'accepter directement la demande. « L'ancienne Auberge des Gouverneurs dit : "Je veux une pancarte sur la 70". Il investit des millions et des millions. On propose qu'il puisse mettre sa pancarte sur l'autoroute 70 », a lancé Jean Tremblay. Comme il contrôle la majorité du conseil, le vote a été remporté au détriment de la recommandation. Fait à noter, les cinq membres élus de la CAGU sont des conseillers indépendants, non membres du Parti des citoyens de Saguenay ou du comité exécutif (Marc Pettersen, Carl Dufour, Jonathan Tremblay, Simon-Olivier Côté et François Tremblay.)
Le manège s'est répété concernant une demande d'exclusion à la Commission de protection du territoire agricole du Québec concernant le projet Luxuor, qui prévoit au total la construction de 180 unités de logement en zone blanche (ouverte au développement) et 700 en zone agricole permanente. L'appui de la Ville viserait la demande pour la zone agricole. La CAGU avait déjà refusé le projet à quatre reprises avant une résolution d'appui du conseil le 2 novembre 2015. Le vote a été remporté avec 10 voix pour et sept contre. « C'est ça la démocratie », a clamé le maire après le vote. Plus tard en entrevue, il a réitéré que c'est le conseil qui avait préséance sur la commission.
Finalement, après la séance, le maire a été appelé à commenter le rapport du vérificateur général, plus particulièrement le blâme sur le manque de suivi dans les permis. « La pire erreur de mon mandat a été de nommer Marc Pettersen à la commission », a-t-il lancé. Marc Pettersen a répliqué quelques minutes plus tard en disant qu'il avait été l'objet d'attaques simplement pour lui nuire en vue de la prochaine élection. « Oui, il y a 600 demandes de permis en retard, mais c'est parce qu'il n'y a pas assez de fonctionnaires », a-t-il analysé. Il a reçu l'appui de la conseillère Julie Dufour, qui trouve « irresponsable de mettre toute la faute sur Marc Pettersen. »
François Gagnon, vérificateur général de Saguenay, n'a pas l'intention de poursuivre ce travail au-delà du mandat actuel.
Peut-être le dernier rapport de François Gagnon
Le vérificateur général de Saguenay, François Gagnon, ne sait pas s'il sera toujours là pour remettre son prochain rapport annuel, mais il est sûr d'une chose, il ne deviendra pas le prochain vérificateur général nommé pour un plein mandat, lui qui avait été appelé en renfort par Québec à la suite de l'imbroglio qui avait suivi la nomination de Rina Zampieri à une prolongation de mandat. 
« Je m'attendais à être là en principe jusqu'à l'année prochaine. J'avais loué ma maison pour deux ans. C'est sûr que je n'appliquerai pas. Je m'apprêtais à profiter de la retraite quand on m'a appelé », a-t-il révélé en entrevue après le dépôt de son premier rapport, un document qui avait été débuté par Alain Girard, nommé par intérim par Saguenay, après la démission de Mme Zampieri.
François Gagnon avait par le passé occupé le même poste à Sherbrooke et Québec. Il a été nommé de façon temporaire en décembre dernier par le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire.
« Le ministre est censé préciser dans la loi comment on nomme un vérificateur général », a-t-il indiqué, faisant référence à la refonte de la loi sur les cités et villes.
Il espère déposer son rapport le 30 juin prochain. 
M. Gagnon a aussi ajouté qu'il était conscient que son dépôt risquait de passer inaperçu en raison de l'annonce d'Ubisoft. 
« Avoir su qu'il y aurait une conférence aussi importante, j'aurais peut-être pensé à retarder à demain (mercredi) le dépôt de mon rapport », a-t-il admis. 
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a indiqué qu'il avait reçu une copie du rapport il y a quelques jours. 
Le document a été déposé au conseil municipal au bénéfice des autres élus.
Recommandations
Dans son rapport, François Gagnon a calculé le taux de suivi des recommandations de 2012 et 2013. Sur les 96 recommandations, 77 d'entre elles ont été suivies ou ont connu des améliorations notoires, contre 17 qui n'ont pas satisfait les critères. « C'est 80 %. C'est pas mal dans la moyenne provinciale », a reconnu le comptable d'expérience.
Les différentes unités de la Ville sont évaluées de façon rotative aux cinq ans par le vérificateur général.
États financiers
Le rapport fait aussi état de l'obligation des organismes qui reçoivent plus de 100 000 $ de Saguenay de fournir des états financiers vérifiés. François Gagnon en a répertorié 13. Parmi ceux-ci, seuls l'Association des centres-villes de Chicoutimi et Vélo Chicoutimi ne les ont pas fournis. Il ne cite toutefois pas de conséquence en lien avec ce manquement.