En 2013, Marc-André Bédard a reçu le titre d’officier de l’Ordre national du Québec. Il pose en compagnie de Pauline Marois, alors Première ministre du Québec.
En 2013, Marc-André Bédard a reçu le titre d’officier de l’Ordre national du Québec. Il pose en compagnie de Pauline Marois, alors Première ministre du Québec.

Marc-André Bédard laisse un héritage magistral

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
L’ex-ministre de la Justice et vice-premier ministre du Québec dans les gouvernements de René Lévesque et Pierre-Marc Johnson, Me Marc-André Bédard, s’est éteint mercredi à l’hôpital de Chicoutimi des suites de la COVID-19.

Celui qui fut député péquiste de Chicoutimi de 1973 à 1985 et au parcours politique irréprochable a été hospitalisé la veille en raison de la détérioration de son état de santé. M. Bédard résidait au Manoir Champlain qui est en ce moment le foyer d’une éclosion majeure de COVID-19.

Le Québec a découvert l’avocat de Chicoutimi en 1973 alors qu’il parvenait à se faire élire pour la première fois comme député à l’Assemblée nationale dans le « groupe des 6 », passé à l’histoire pour avoir constitué l’opposition face au gouvernement libéral de Robert Bourassa, qui détenait une majorité écrasante.

Au Saguenay, le bouillant procureur faisait déjà partie du paysage politique en tant que fervent défenseur de la souveraineté du Québec. Marc-André Bédard était de la fondation du Parti québécois, en 1968, en compagnie de René Lévesque, alors qu’il a fédéré les différentes factions nationalistes.

Importante contribution 

Il est difficile de résumer la carrière politique de Marc-André Bédard, et surtout d’en mesurer la véritable contribution à la société québécoise, en raison de l’ampleur des réformes qu’il a dirigées en tant que ministre de la Justice. Dès sa nomination à ce poste de premier plan, il s’est attaqué à la modernisation de la justice québécoise en commençant par le Code civil du Québec qui constitue l’une des pierres angulaires de notre société de droit.

Il a fait de même avec la Charte québécoise des droits et libertés, éliminant du paysage toutes les notions de discrimination à l’endroit des différents groupes de la société. C’est sous son règne de ministre de la Justice que les droits des femmes au Québec ont fait un bond spectaculaire. Le premier grand mouvement en ce sens s’est produit alors que Marc-André Bédard a mis un terme aux poursuites judiciaires contre les médecins qui pratiquaient des avortements. Le ministre avait la profonde conviction que l’avortement était une question sociale et que les femmes avaient le droit de mettre un terme à leur grossesse.

Sous son influence, le Québec se retrouve aujourd’hui avec le droit de la famille le plus égalitaire au monde. Tout comme il est sans doute l’un des plus grands procureurs généraux de l’histoire du Québec.

Une place aux régions

Tout en modernisant la justice québécoise, le député de Chicoutimi a pris la direction politique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il veillait à ce que le gouvernement du Québec fasse une place de choix aux régions et ce fut la grande époque des conseils régionaux dédiés au développement social, économique et environnemental.

Il a lancé la première phase de l’autoroute Alma-La Baie. Son nom est évidemment associé à tout le développement de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) en plus de la bataille de titans qu’il a livrée aux grands centres pour permettre à l’hôpital de Chicoutimi de conserver sa vocation dans les spécialités et certaines superspécialités.

Lors de la dernière grande entrevue qu’il accordait au Quotidien, Marc-André Bédard confirmait « avoir eu mal pendant longtemps », après le référendum de 1980, alors qu’à la tête des forces souverainistes, le Saguenay-Lac-Saint-Jean avait livré la marchandise en votant majoritairement Oui.

Marc-André Bédard a quitté la politique en 1985 et, dans le cadre de son retour à la vie civile, il s’est de nouveau attelé à la tâche de travailler au développement des institutions régionales de premier plan.

« L’UQAC a été une heureuse bénéficiaire de son engagement et ne peut que se réjouir du dévouement et de l’importance qu’il accorde aux études universitaires, à la recherche, au savoir. Marc-André Bédard défend depuis toujours le caractère stratégique de l’UQAC pour le développement de la région », peut-on lire dans un hommage rendu à l’ex-politicien par l’institution d’enseignement.

« Conseiller au bureau du recteur de 1985 à 1996, il a travaillé avec ténacité à la création de deux chaires de recherche qui deviendront le Consortium de recherche sur la forêt boréale, qu’il préside encore aujourd’hui, et le Centre québécois de recherche et de développement sur l’aluminium (CQRDA), qui sont encore deux pôles majeurs de recherche de notre institution. Il est aussi membre honoraire de la Fondation de l’UQAC. »

La première vague de réactions à la grandeur du Québec au décès du compagnon de route de René Lévesque a été surprenante. L’avocat de Chicoutimi, qui a toujours fait preuve d’une grande humilité, est aujourd’hui considéré comme un personnage politique majeur dans une période de changement et de transition du Québec vers un État moderne et surtout avant-gardiste en matière d’égalité.

Sur le plan personnel, j’ai surtout côtoyé M. Bédard après sa carrière politique. Il n’avait de cesse de vous entretenir sur les institutions, leur importance et surtout la nécessité de les utiliser comme instrument de développement pour la région et le Québec. Ce fut de nombreuses rencontres agréables et instructives au cours desquelles l’ex-ministre n’hésitait pas à demander votre point de vue par rapport à différents enjeux.

Possiblement en raison de son humilité, et surtout par cette proximité qui a toujours été sa marque de commerce pendant toutes ces années de vie publique, les gens de la région n’avaient pas nécessairement mesuré le rôle de titan de ce politicien attachant. Aujourd’hui et hier, ce sont des témoignages de tous les camps politiques qui nous permettent de prendre la véritable la mesure des réalisations de ce fils d’agriculteur de Lac-à-la-Croix au Lac-Sain-Jean.

Marc-André Bédard était aussi et surtout un homme d’une grande gentillesse.

La Coopérative de solidarité du Quotidien offre ses condoléances aux membres de la famille de Marc-André Bédard.