La manifestation s'est déroulée de façon pacifique, par un froid intense sous haute surveillance policière.

Manifestation à Chicoutimi: la droite et la gauche se rencontrent

La droite a rencontré la gauche, samedi après-midi, au centre-ville de Chicoutimi, alors qu'environ 150 personnes (une centaine pour la droite et une cinquantaine pour la gauche) ont pris part à la Marche pour la liberté d'expression, organisée par l'organisme Canadian Coalition of Concerned Citizens (CCCC).
La gauche a été plus bruyante que la droite lors de la manifestation. Le groupe a voulu dénoncer la haine qu'entretiennent certaines organisations, notamment à l'égard des immigrants.
La manifestation s'est déroulée de façon pacifique, par un froid intense et sous haute surveillance policière. La Sécurité publique de Saguenay (SPS) avait pris soin de déployer des policiers de la section Maintien et rétablissement de l'ordre (MRO), regroupée sous l'égide de l'Unité de contrôle de foules (UCF).
Les six agents de la paix en service étaient munis d'un bâton et marchaient entre les deux groupes pour éviter que des échauffourées éclatent. Des autopatrouilles suivaient les manifestants et des enquêteurs de la SPS surveillaient le tout à distance et de façon discrète, après avoir obtenu des informations de la Sûreté du Québec (SQ) concernant les activités de certaines organisations impliquées.
Le groupe le plus imposant en nombre était celui de La Meute, souvent associé à des idéologies d'extrême droite. Selon l'estimation de la SPS, ils étaient une centaine à prendre part à la marche, dont le point de départ était l'hôtel de ville de Saguenay, sur la rue Racine. La plupart d'entre eux étaient vêtus de noir et portaient des casquettes sur lesquelles était inscrit le mot « sécurité » en jaune, avec le logo de La Meute, une patte de loup, à l'arrière.
Les marcheurs brandissaient des drapeaux à l'effigie de leur regroupement. Des porte-étendard de Storm Alliance, un regroupement d'allégeance semblable qui a fait une percée au Saguenay-Lac-Saint-Jean récemment, étaient eux aussi identifiés aux couleurs de leur organisation. Les participants étaient principalement des hommes, mais il y avait aussi quelques femmes et des enfants.
Motion 103
L'objectif de la marche était de protester contre l'adoption de la motion 103 par le gouvernement canadien. Cette motion vise à endiguer le climat de haine et de peur qui s'installe dans la population et à condamner l'islamophobie. Les militants de gauche, munis de pancartes et de bannières, ont fait beaucoup plus de bruit que leurs opposants idéologiques. Ils scandaient des slogans comme « Respect, diversité, inclusion ! » et « Fascistes, racistes, assassins ! ». Des membres du collectif Emma Goldman faisaient partie de la délégation, mais leur porte-parole, Nicolas Migneault, a assuré que nombre des manifestants s'étaient présentés à titre de citoyens, pour manifester contre la haine véhiculée par ces groupes, notamment à l'égard des immigrants. Nicolas Migneault a distribué des tractes, sur lesquelles on pouvait lire que « la nouvelle droite s'accapare des notions de liberté pour les minorités qu'elle opprime elle-même » et que ces groupes entretiennent « la peur irrationnelle de l'autre ».
À l'inverse, La Meute est demeurée silencieuse tout au long de la marche. Ses membres ont refusé de s'adresser aux médias.
Des manifestations organisées par la CCCC avaient lieu simultanément dans plusieurs villes canadiennes. La marche de Chicoutimi a culminé à l'Hôtel du Parc, dans le quartier du Bassin, où les membres de La Meute sont allés se réchauffer.
Claude Patry s'est fait discret
Le chef du Clan 02, Claude Patry, s'est fait discret pendant la marche. L'ex-député de Jonquière n'a pas été vu sur le parcours par les journalistes et les patrouilleurs de la Sécurité publique de Saguenay (SPS).
Il faut dire que le froid intense d'hier a incité plusieurs participants à se couvrir le visage, ce qui rendait complexe l'identification des marcheurs. Pendant la manifestation, la journaliste du Progrès-Dimanche a demandé à trois membres de La Meute s'ils pouvaient nous diriger vers leur chef de clan. Tous sont demeurés silencieux ou ont tourné le dos. Joint par téléphone en fin d'après-midi, l'ex-député de Jonquière a confirmé qu'il était bien présent.
Il n'a voulu répondre à aucune question, dirigeant les demandes d'entrevues vers un représentant de La Meute de la région de Québec, Sylvain Brouillette. Ce dernier n'a pas rendu notre appel.