Manger des «bibittes» pour sauver la Terre

Seriez-vous prêts à manger un burger moitié viande animale, moitié protéines d'insectes? Ou encore à donner des croquettes faites de protéines d'insectes à votre chien ou à votre chat?
Si ces idées vous rebutent, sachez qu'elles se concrétiseront probablement de votre vivant, puisque des solutions innovantes devront être mises de l'avant pour nourrir les neuf milliards d'êtres humains que comptera la Terre d'ici 2050. Ces protéines d'insectes pourraient même provenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean, si le projet que caressent l'entomologiste Robert Loiselle et l'enseignant en écologie à la retraite Serge Fortin se réalise.
L'entomologiste Robert Loiselle et l'enseignant en écologie à la retraite Serge Fortin sont à la recherche de partenaires pour développer un projet de production de protéines d'insectes destinées à la consommation humaine ou animale. Produit riche en protéines, faible empreinte écologique et coûts de production peu élevés: les avantages de l'élevage d'insectes sont multiples, soutiennent-ils.
Plusieurs organismes soutiennent déjà l'idée des deux partenaires. La section régionale de l'Association des biologistes du Québec, le groupe environnemental Eurekô! ainsi que le Cercle des entomologistes de la Sagamie ont déjà manifesté leur intérêt envers le projet.
Le groupe est maintenant à la recherche de bailleurs de fonds et de partenaires gouvernementaux qui permettraient de concrétiser leur idée.
«Il faudrait tout d'abord déterminer quels insectes seraient utilisés et dans quel contexte ils seraient élevés, le tout en respectant des normes d'hygiène strictes», explique Robert Loiselle.
Dans un des cas de figure, les insectes pourraient être utilisés pour recycler des restes de table en mettant sur pied un cycle de reproduction, ajoute-t-il.
Les larves seraient ensuite transformées en farine ou en pâte protéinée utilisable dans la fabrication de différents aliments. Cette farine, ou pâte, pourrait aussi servir à fabriquer de la moulée animale. Les insectes adultes seraient quant à eux utilisés pour nourrir les élevages de poisson, par exemple.
Nourrissants et économiques
Ces idées ont déjà fait l'objet d'études. Quelques initiatives semblables ont même déjà vu le jour à travers le monde. Les deux partenaires souhaitent se joindre à ce mouvement appelé à prendre de l'ampleur en raison des nombreux avantages de l'élevage et de la consommation d'insectes.
«Les insectes possèdent 30% plus de protéines que les viandes habituellement consommées, souligne Serge Fortin. Ces petites bêtes sont aussi faciles à élever.»
«Certaines larves se nourrissent de presque n'importe quoi, ajoute Robert Loiselle. En utilisant des restes de tables d'hôpitaux ou d'école, par exemple, nourrir les larves ne coûterait rien, et cela permettrait de recycler les matières organiques putrescibles, ce qui répond aux exigences gouvernementales.»
Le gouvernement québécois compte interdire d'ici 2020 l'élimination, donc l'enfouissement, des matières putrescibles, comme indiqué dans le Plan d'action 2011-2015 de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.
Problème mondial
L'élevage d'insectes, qui ne nécessite pas d'ajout d'hormones ou d'antibiotiques, permettrait aussi d'éviter un gaspillage d'énergie, comparativement aux autres élevages.
«Un boeuf ne donne que 10% de rendement par rapport à ce qu'il mange et à sa perte de chaleur, ajoute M. Loiselle. Pour le poulet et le poisson, c'est 30%, et avec les insectes, on parle de 50%. Les Chinois consomment de plus en plus de boeuf, et tandis que la population mondiale augmente, des terres agricoles sont consacrées à produire des céréales pour nourrir les boeufs. C'est insensé!»
Les deux hommes à la conscience écologique développée souhaitent avant tout proposer une solution au problème d'envergure mondiale qui se dessine. Serge Fortin avait eu l'idée de ce projet en constatant les besoins alimentaires criants en Haïti à la suite du séisme de janvier 2010. Si son projet n'a pu prendre forme en Haïti, il espère encore pouvoir un jour contribuer à sa réalisation.
Les personnes désirant participer au projet de Robert Loiselle et de Serge Fortin sont invitées à les contacter par courriel (robert_loiselle@uqac.ca).