Les policiers Dominic Simard et Dominic Gagnon ainsi que le responsable régional de la lutte à la maltraitance des personnes âgées, Paul Girard, estiment que l’ensemble de la société peut faire la différence pour protéger les personnes âgées des différentes formes de maltraitance.
Les policiers Dominic Simard et Dominic Gagnon ainsi que le responsable régional de la lutte à la maltraitance des personnes âgées, Paul Girard, estiment que l’ensemble de la société peut faire la différence pour protéger les personnes âgées des différentes formes de maltraitance.

Maltraitance des personnes âgées: une lutte collective et quotidienne

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La maltraitance des personnes âgées ou adultes vulnérables qui habitent à domicile, dans les résidences pour personnes âgées et dans les CHSLD peut être contrée, et ce sont les citoyens et les professionnels de la santé qui vont faire la différence.

Le 15 juin sera la Journée mondiale de la lutte contre la maltraitance des personnes aînées. La maltraitance des aînées est répartie en sept catégories, soit la psychologie, la maltraitance organisationnelle, les abus sexuels, l’âgisme, la fraude, les abus physiques et la violation des droits.

« Le cas typique est le membre de la famille qui vide le compte de banque d’un aîné. Souvent, c’est parce que cette personne a aussi des problèmes de consommation, de jeu ou de toxicomanie », indique Paul Girard, coordonnateur régional de la lutte à la maltraitance, sous la responsabilité du CIUSSS et du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le symbole de cette journée, qui sera distribué au cours des prochains jours dans tous les milieux de vie, est le ruban violet. Il sert à sensibiliser les intervenants à cette réalité.

Jeudi, M. Girard était accompagné des membres du département communautaire du Service de police de Saguenay (SPS), Dominic Simard et Dominic Gagnon, pour souligner la tenue de cette journée et lancer un message clair sur la responsabilité de tous les citoyens dans cette bataille quotidienne pour contrer les abus. « Si vous constatez que votre voisin âgé est absent ou que quelque chose vous semble anormal, n’hésitez pas et contactez la police. Nous allons nous déplacer pour aller vérifier ce qui se passe. La personne âgée a pu être victime d’une chute dans sa résidence ou, quand il s’agit d’une personne diabétique, elle peut avoir des complications », insiste le policier Dominic Simard, pour qui le principe de précaution doit être mis de l’avant.

Pandémie

La solitude des aînés pendant la pandémie n’a pas facilité les choses. Des cas ont été répertoriés dans des résidences pour personnes âgées et le confinement a rendu la vie de plusieurs aînés plus difficile.

Paul Girard mentionne que pour un couple, vivre cloîtré dans un petit appartement sans pouvoir sortir pendant de longues semaines est une épreuve. Il y a toutefois moyen pour les intervenants de régler des situations avant qu’elles ne dégénèrent.

Les intervenants ont aussi constaté plusieurs cas d’âgisme pendant la pandémie. Des abus de locateurs ont aussi été dénoncés alors que certains d’entre eux ont profité de cette situation de détresse pour ajouter des clauses à leur bail.

La période de pandémie a fait ressortir un autre phénomène qui a déjà été constaté dans les milieux de vie, soit l’intimidation entre personnes âgées. Des cas ont été rapportés et il est difficile pour le propriétaire d’une résidence de résoudre ces conflits.

« La façon traditionnelle de régler des problèmes était de laisser un intervenant social seul dans le dossier. Aujourd’hui, on traite un problème avec une multitude d’intervenants. Ça peut comprendre les policiers, un travailleur social, la personne victime et celle qui abuse. Il faut que, dans ces situations, chacun soit conscient de ce qu’il a fait », reprend Paul Girard.

L’objectif, selon Dominic Simard, n’est pas de judiciariser une situation, mais bien d’y mettre un terme pour permettre à la personne victime de maltraitance de reprendre une vie normale. Les intervenants sont pratiquement toujours confrontés, dans ce genre de situation, au refus de la personne victime de dénoncer. Souvent, elle ne veut pas mettre un terme à une relation avec la personne qui abuse afin qu’elle lui rende encore visite. Il y a des liens d’affection entre la victime et l’agresseur qui rendent certaines situations complexes.

Formation interrompue

La pandémie a forcé l’interruption de la nouvelle formation sur la maltraitance dispensée dans le milieu de la santé. Le retour à la vie normale permettra la reprise de ces ateliers, lesquels vont permettre de sensibiliser les intervenants et d’étendre le concept.

La loi 115, destinée à encadrer la maltraitance, donne des pouvoirs. Les commissaires aux plaintes des CIUSSS ont également l’obligation de faire le décompte de ces situations de maltraitance. « Quand un responsable de l’entretien ménager passe dans un corridor et qu’il entend des choses anormales dans une chambre, il peut avoir un doute. Ce n’est pas vrai qu’un concierge n’est pas capable d’identifier une situation anormale », poursuit Paul Girard.

Pendant la pandémie, le processus de formation a été mis sur pause, mais les personnes aînées n’ont pas été oubliées pour autant. La Minute de douceur a permis à 1000 bénévoles d’entrer en contact téléphonique avec les personnes âgées partout dans la région. Ils ont ainsi pu s’informer sur la situation des personnes et des besoins spécifiques pendant le confinement.

Les propriétaires de résidence privée pour aînés ont également accès à des formations pour contrer la maltraitance. La FADOQ et les policiers communautaires sont disponibles pour répondre à certains besoins, dont celui de la fraude à l’encontre des personnes âgées. Un phénomène qui a pris de l’ampleur pendant la pandémie, notamment la fraude par texto.

Le policier Dominic Simard rappelle l’existence de la ligne Aide Abus Aînés, au 1 888 849-2287, et de la ligne Info-Santé Info-Social 811. Il existe aussi, précise le policier, le programme Pair géré par le Centre de prévention du suicide 02.

Il s’agit d’un programme efficace pour s’assurer que tout va bien pour une personne âgée vivant dans son appartement ou sa résidence. Après trois appels automatisés sans réponse, le système émet un avertissement aux gestionnaires du programme, lesquels demandent au service policier municipal d’effectuer une vérification.

LA MALTRAITANCE, C'EST QUOI ?

Il y a maltraitance quand un geste singulier, un geste répétitif ou une absence d’action appropriée se produit dans une relation où il devrait y avoir de la confiance et qui cause, intentionnellement ou non, du torts ou de la détresse chez une personne âgée.