Le médiateur Dominique Émond, spécialisé dans la médiation transformative et intégrative, considère qu’il est possible d’intervenir dans des relations difficiles pour éviter la malveillance à l’endroit des personnes aînées. Cette approche permet aux personnes concernées de faire le point et de poursuivre leur relation.

Maltraitance à l'endroit des aînés: une mince ligne à tracer

Le recours à la médiation peut s’avérer une solution utile pour faire cesser une situation de malveillance à l’endroit des aînés et, éventuellement, sauver des relations familiales pour des personnes âgées qui n’ont plus qu’un enfant ou un parent comme visite régulière dans un CHSLD ou une résidence privée.

Une vingtaine d’intervenants de différentes organisations publiques qui offrent des services aux personnes âgées (OMH, résidences privées, services publics) ont participé, dans le cadre de la Journée mondiale contre la maltraitance des personnes aînées, à une formation sur la médiation. La formation était offerte par Dominique Émond, médiateur accrédité par l’Institut de médiation et d’arbitrage du Québec.

« Le cas typique est le fils qui va voir sa mère dans un centre chaque fois que le chèque de pension arrive. Souvent, la personne âgée conserve cette unique relation et une dénonciation risque de faire perdre ce lien important pour l’aînée qui habite en centre », évoque Dominique Émond.

La maltraitance ou la malveillance envers les personnes aînées est toutefois plus complexe que l’exemple classique. Il s’agit d’une vaste zone grise qui va de la malveillance involontaire aux gestes posés volontairement pour profiter d’une personne devenue vulnérable et dans certains cas sans défense.

« La façon de définir ce qu’est la malveillance est l’intention avec laquelle un geste est posé. Un enfant qui oblige son père à cesser de conduire une automobile pour le protéger ou protéger les autres automobilistes, car il juge qu’il y a des risques, ne fait pas de malveillance. Par contre, si on oblige une personne aînée parce que ce qu’elle fait nous dérange, ça constitue de la malveillance. La ligne est mince », reprend le spécialiste.

Le professionnel de la santé, l’intervenant ou l’employé d’un centre d’hébergement qui doute d’une situation de malveillance, qu’elle soit volontaire ou non, peut contacter la ligne Aide Abus Aînés ou même un collègue. Dominique Émond affirme qu’il est préférable pour une personne de se tromper sur une interprétation d’un comportement que de laisser perdurer et détériorer une situation de malveillance ou de maltraitance. Les professionnels ont été informés de l’existence de la médiation et Dominique Émond assure qu’il est possible d’entrer dans plusieurs types de conflits afin de désamorcer des situations.

L’exemple d’un enfant qui agit avec malveillance avec son père ou sa mère par vengeance pour le traitement qu’on lui a infligé quand il était jeune est un exemple qui peut expliquer l’origine d’une situation conflictuelle. « Il est possible de dire à un aîné que son enfant a aussi eu des moments difficiles dans sa vie. »

Dénominateur commun

Le dénominateur commun de toutes les situations reste cependant le même. Il met en présence une personne vulnérable qui, pour différentes raisons, peut accepter la malveillance ou le mauvais traitement. L’objectif fondamental pour le médiateur est de ramener un équilibre dans les relations.

La maltraitance ou la malveillance n’est pas le fait uniquement des relations familiales dysfonctionnelles. Une première tranche de 30 % des cas comprend un abus financier. La seconde tranche de 30 % représente les cas de malveillance psychologique, volontaire ou non. La portion de malveillance en matière des droits de la personne est toute de même élevée à 15 %. Les situations reliées à de mauvais traitements physiques ou de la négligence représentant 12 % des cas.

Dans les centres

Les services publics, incluant les centres d’hébergement, sont quant à eux à l’origine de 5 % des cas. Selon Dominique Émond, le gouvernement est conscient de cette situation et le médiateur précise que la très grande majorité des intervenants auprès des personnes âgées ont des comportements corrects.

La médiation a ses limites. Dominique Émond évoque l’importance pour les personnes conscientes que la santé et la sécurité d’une personne sont en cause de dénoncer ces cas à la police. Dans son esprit, encore là il est préférable de faire une erreur d’interprétation que de ne pas intervenir dans une situation où une personne vulnérable est à risque.