La belle Maélie, sa maman, Lilianne Côté, et son père, Michel Maltais, ont traversé de dures épreuves ensemble. Les voici photographiées lors d’une grande fête organisée pour souligner la fin des traitements de la bambine en septembre.

Maélie au pays des merveilles

« Enfin, c’est fini. La leucémie n’aura pas ma vie ! ».

Voilà la nouvelle devise des Côté-Maltais d’Alma, un slogan imprimé en lettres géantes sur une immense banderole qui ceinture désormais le sous-sol de la maison familiale. L’enseigne a été fabriquée par une entreprise spécialisée pour souligner la fin des traitements de la petite Maélie, cinq ans, en septembre dernier. 

La fillette a reçu un diagnostic de leucémie en juillet 2015. Tout est arrivé très vite. Sa maman, Lilianne Côté, a remarqué l’apparition de petits points rouges sur le corps de son enfant et s’en est inquiétée. L’infirmière d’Info-Santé avec qui elle a discuté au téléphone lui a dit de se rendre immédiatement à l’urgence. Même si elles n’étaient pas présentes en très grand nombre sur le corps de Maélie, ces lésions, appelées pétéchies, pouvaient signifier deux choses : une méningite ou une leucémie. C’est la seconde option qui s’est avérée et Liliane Côté se souvient d’événements qui se sont bousculés. Elle a dû les assimiler, sans s’affaler. 

« Entre notre arrivée à l’urgence et le diagnostic, il s’est écoulé une heure. Tout est arrivé très vite. C’est tombé sur moi comme une tonne de briques. Je suis là, seule à l’urgence avec Maélie. Je suis assise sur une chaise avec mon bébé dans les bras et je ne peux pas m’écrouler. Il faut que je la supporte et que je sois forte pour elle. Alors je lui ai dit : “Maélie. Ça va être long, ça va être dur, mais on va s’en sortir ensemble. Et quand tu seras guérie, on va aller à Walt Disney” », raconte Lilianne Côté, au téléphone, sur un ton empreint d’un lyrisme résilient. Ses mots de maman, prononcés avec tellement d’amour et de tendresse, envoient une onde de frissons au bout du fil. Les poils se dressent immédiatement sur les bras de la personne qui les reçoit.

Dans la contrée des rêves

Le voyage à Disney aura lieu en février, grâce à l’implication de l’organisme Rêves d’enfants. Maélie peine à y croire. En fait, tout cela demeure flou pour l’instant dans la tête de la fillette. Le périple à venir est davantage associé à la possibilité de se sauver temporairement des rigueurs de l’hiver. La fillette aura sans doute toute une surprise lorsqu’elle verra ses héros et héroïnes, de visu, campés dans le décor féérique qu’elle a l’habitude de voir à travers un écran de télévision. Le voyage d’une semaine réunira les parents, Lilianne et Michel, la grande sœur de Méalie, Alicia, de même que le grand-père maternel et sa conjointe.

Évidemment, la perspective de se retrouver dans un univers aussi fabuleux a de quoi faire rêver. Cela dit, Lilianne Côté garde les deux pieds sur terre et n’est pas près d’oublier les événements qui ont été son lot quotidien pendant deux ans. Si Maélie a avalé sa dernière pilule de chimio en août dernier et que tout le monde s’est réuni lors d’une grande fête pour crier collectivement victoire, un voile d’inquiétude continuera de planer au-dessus de la famille. 

« Il y a toujours une épée de Damoclès. On vit avec cette angoisse tous les jours et on ne sait jamais s’il y aura une rechute », confie Lilianne Côté, la voix cette fois un peu plus grave. Malgré l’aspect tragique de la situation, la maman de Maélie a toujours refusé de croire que la maladie aurait le dessus sur sa fille. Au plus fort de la tempête, alors que la petite puce était amaigrie et affaiblie par les traitements de chimiothérapie au point de ne plus pouvoir marcher, la mère refusait de croire que Maélie plierait l’échine.

« J’étais peut-être dans le déni, mais il n’y a pas un soir où je me suis couchée en me disant “je ne sais pas si elle va être là demain matin” », poursuit Lilianne Côté.

Maélie est animée d’une telle joie de vivre qu’il est impossible, pour ses proches, de se laisser gagner par les soucis et la tristesse. Celle qui a fait son entrée à la maternelle en septembre est un soleil sur deux pattes. Son énergie, sa chaleur, sa douceur irradient comme une source de vie sur ceux et celles qui gravitent autour d’elle. Le fait d’être atteinte de leucémie et de lutter avec toute la force de son petit corps l’a équipée d’une maturité qu’il n’est pas donné à tous les enfants de cinq ans et demi de posséder. Elle voit la vie du bon côté et fait sans cesse la démonstration des prouesses de son « vieux génie ».

« À l’hôpital, on lui demandait tout le temps de se soumettre alors elle est habituée de faire ce qu’on lui demande. Elle nous a dit qu’elle aimait bien l’école parce qu’elle apprend à faire un “travail de qualité” », rigole sa mère.

Les affres de la maladie se sont fait sentir chez tous les membres de la famille entre ce jour fatidique de 2015 et les derniers relents de l’été dernier. Michel Maltais et Lilianne Côté ont vécu le cancer de leur fille chacun à leur façon. La maman croit que les membres du couple se sont bien « complétés à travers tout ça ».

« Quand on vit des événements comme ça, il y a deux options. Soit qu’on s’éloigne ou qu’on se rapproche. Pour nous, ça va bien, mais la maladie de Maélie nous aura marqués à jamais. Peu importe ce qui nous arrive dans la vie, il y aura toujours ce lien qui va nous unir pour toujours », croit la mère de famille.


« Entre notre arrivée à l’urgence et le diagnostic, il s’est écoulé une heure. Tout est arrivé très vite. »
Lilianne Côté

Une âme, deux corps

Alicia, 8 ans, la grande sœur de Maélie, n’a pas été marquée au fer rouge par le drame qui a secoué sa famille.

Ses parents ont tout fait pour ne pas la négliger et ont redoublé d’ardeur pour amoindrir les contrecoups associés au fait de porter le titre de grande sœur d’un enfant malade. Aujourd’hui, Maélie et Alicia sont soudées. La chimie fraternelle les rend homogènes, comme si elles ne formaient qu’une seule âme habitant deux corps.

Les sœurs Maltais ont d’ailleurs adoré leur récent stage à la Clinique vétérinaire Sagamie, où elles ont pu prendre soin d’animaux et assister à une intervention chirurgicale en direct. C’est l’un des éléments qui ressort de cette traversée du désert au cours de laquelle Maélie a fourbi les armes. La gamine est dorénavant fascinée par le monde médical. Cette passion est presque aussi ardente que l’amour qu’elle porte aux animaux. Pendant presque deux ans, Maélie n’a pu caresser aucune bête parce qu’elle était vulnérable aux virus. Elle s’est permis la totale chez le vétérinaire, où elle a pu s’offrir, à volonté, le plaisir procuré par l’effleurement du pelage d’un chien. Ce n’est pas rien, quand on a cinq ans.

Un Noël sobre

Chez les Maltais-Côté, Noël sera intime et frugal, cette année. Pas de flafla, par de superficialités. Le cadeau que Michel, Lilianne, Maélie et Alicia entendent s’offrir au réveillon est immatériel et ne s’achète pas dans un magasin. Il est beaucoup trop gros et bien trop puissant pour être contenu dans une boîte de carton. Il se nomme Amour. Son emballage est le plus beau qui soit parce qu’il arbore les couleurs de la vie. Pastel, éclatantes, douces, vibrantes, comme le paysage que l’on contemple avec l’émerveillement de celui qui l’observe pour une toute première fois.

Des amis partis trop tôt

Au cours des deux dernières années, le cancer a monstrueusement emporté avec lui des amis de Maélie. Hélixane, Nelson, Tristan. Dans le cas d’Hélixane, ce fut un choc pour la famille puisque la bambine, qui a fermé les yeux à jamais le 26 mars 2016, a été la camarade de chambre et complice de Maélie à l’hôpital.

« Elle était la meilleure amie de Maélie. Hélixane faisait souvent le clown et ça la faisait beaucoup rire. Quand j’ai appris qu’elle était décédée, je me suis mise à vomir. Ça m’a fait mal. C’est venu m’arracher les entrailles », raconte Liliane Côté.

Maélie voulait assister aux funérailles. La maman avait discuté avec une psychologue au préalable, qui lui a expliqué qu’avant l’âge de huit ou neuf ans, les enfants ne comprennent pas le « non-retour » de la mort et que le deuil se vit plus facilement pour eux. Ainsi donc, Maélie s’est placée à côté du cercueil de son amie et s’est mise à le flatter doucement.

Le départ de Tristan Boily, l’été dernier, a eu l’effet d’un « coup de massue » chez les Maltais-Côté.

« On se dit qu’on est chanceux, mais on comprend tellement la douleur des familles. On garde un lien d’attachement avec elles et, dans le cas des parents de Tristan, on sait qu’on va les revoir bientôt », conclut Lilianne Côté.