Pangea poursuit son expansion dans la région. Des pourparlers entre le groupe et la ferme Ruisseau Clair de Normandin sont en cours, a appris Le Quotidien.

L'UPA craint pour la relève

Pangea poursuit son expansion dans la région. Des pourparlers entre le groupe et la ferme Ruisseau Clair de Normandin sont en cours, a appris Le Quotidien.
Une mise en commun de certains actifs des deux parties serait envisagée. L'agriculteur, qui produit notamment des céréales, possède plus de 3000 acres de terres. L'entreprise, propriété de Serge Fortin et du Chicoutimien Charles Sirois, détient également des terres dans ce secteur. Le groupe, rappelons-le, est l'un des propriétaires terriens les plus importants de la région, avec plus de 5000 hectares de sols cultivables.
Jointe hier après-midi, la responsable des communications de Pangea, Marie Christine Ethier, a confirmé que des discussions ont lieu avec cette ferme de Normandin, mais également avec d'autres producteurs de la région.
L'UPA craint le pire
Ce possible partenariat à Normandin fait craindre le pire à l'Union des producteurs agricoles, qui voit d'un mauvais oeil l'expansion de Pangea. « C'est très préoccupant et dangereux ce qui se passe. La concentration des actifs, ce n'est pas bon. Ça crée par exemple une pression à la hausse sur les prix. Comment, nous, les producteurs, peut-on compétitionner contre ce genre de groupe? Ça va devenir impossible pour des producteurs d'acheter une terre. Les banques et les groupes pourront toujours mettre 1000 $ de plus que nous » pointe Mario Théberge, président de l'UPA du secteur Maria-Chapdelaine.
Le président régional, Yvon Simard, abonde dans le même sens, rappelant que le syndicat exige depuis longtemps l'intervention du gouvernement pour freiner le phénomène.
« Au Québec, les producteurs sont encore en majorité les propriétaires des terres agricoles. Mais il faut que Québec agisse avant qu'il ne soit trop tard », plaide M. Simard, précisant que d'autres groupes que Pangea achètent des terres dans la région, dont des fonds d'investissement.
Agriculteurs en faveur de Pangea
En questionnant les agriculteurs, toutefois, plusieurs se montrent enthousiastes face à l'expansion de Pangea. Ces derniers préfèrent cependant demeurer anonymes pour éviter des conflits avec le syndicat.
« Il y a plusieurs personnes qui n'ont pas de relève. Et de voir arriver un groupe qui veut te racheter, ça fait du bien. Il ne faut pas en vouloir aux agriculteurs de vendre à ces gens. Ils ont travaillé toute leur vie et là, ils veulent aussi profiter de la manne », lance un producteur laitier rencontré par Le Quotidien.
L'UPA estime que la ruée vers les terres agricoles nuit à la relève qui a du mal à compétitionner avec d'aussi gros joueurs, notamment pour l'achat de terre. Au contraire, pensent certains agriculteurs, estimant que Pangea donne une chance aux plus jeunes de pratiquer le métier.
« Il ne faut pas oublier que les jeunes qui voudraient se lancer en agriculture n'ont pas toujours les reins assez solides. S'ils n'ont pas de parents qui exploitent une terre, c'est dur pour eux de commencer, et c'était comme ça même avant l'arrivée du phénomène. Mais avec Pangea pour les encadrer, ils peuvent pratiquer le métier qu'ils aiment », exprime un autre agriculteur, qui croit à la volonté du groupe de remettre le patrimoine agricole en valeur.
Charles Sirois et Serge Fortin possèdent des terres un peu partout au Lac-Saint-Jean, mais également en Estrie et dans la région de Lanaudière. Au printemps dernier, les deux hommes avaient racheté les terres jeannoises acquises au départ par la Banque Nationale.
Sur leur site internet, on peut lire que le groupe propose « un nouveau modèle d'entrepreneuriat agricole en partenariat avec les agriculteurs et les communautés. »
Pangea, qui précise sur son site ne pas être un fonds d'investissement, veut mettre en place des coentreprises avec les agriculteurs de la province.
Des agriculteurs qui resteront au coeur des décisions en ce qui a trait au développement et à la gestion de ces terres agricoles.
Combien coûtent les terres?
En moins de 10 ans, le prix des terres agricoles de la région a plus que doublé. En 2012, l'hectare se vendait en moyenne 3770 $, alors qu'en 2003, on affichait 1775 $. Des prix qui demeurent toutefois bien loin des régions situées plus au sud de la province. En Montérégie, par exemple, le prix moyen de l'hectare a frôlé les 15 000 $ en 2012.