Le directeur artistique de la Fabuleuse histoire d’un Royaume, Louis Wauthier, a été suspendu sans solde par Diffusion Saguenay pour une période d’un mois, en février, en lien avec des allégations d’inconduite sexuelle.

Louis Wauthier admet avoir commis une erreur de jugement

Le directeur artistique de La Fabuleuse histoire d’un Royaume, Louis Wauthier, a été suspendu sans solde par Diffusion Saguenay en février en lien avec des allégations d’inconduite sexuelle.

(Mélyssa Gagnon) - Il aurait eu une relation avec un homme majeur qui travaillait sous son autorité. 

« Diffusion Saguenay admet que M. Louis Wauthier, metteur en scène de La Fabuleuse histoire d’un Royaume depuis presque 30 ans, a fait une erreur de jugement en ayant eu des relations privilégiées et intimes avec un comédien adulte. Dès lors, la direction a mis en place une série de mesures pour éviter d’autres situations similaires et, par extension, a suspendu le metteur en scène pour quatre semaines », peut-on lire dans un communiqué diffusé mercredi avant-midi par la direction.

L’organisme de diffusion culturelle confirme qu’une plainte a été déposée à la Sécurité publique de Saguenay (SPS), mais que celle-ci a été jugée sans fondement. Le rapport d’une firme à qui Diffusion Saguenay a confié le mandat de faire enquête a conclu qu’il n’y n’avait pas eu d’agression. Diffusion Saguenay estime toutefois qu’il s’agit d’une « grave erreur de jugement, étant donné le poste d’autorité qu’occupe M. Wauthier au sein de l’entreprise ». 

Des mesures ont été mises en place par la corporation, puis ont été annoncées aux comédiens du spectacle, et un code d’éthique est en cours d’élaboration pour éviter que de telles situations surviennent à nouveau.

« Le conseil d’administration a été ébranlé par cette situation, et est très soucieux d’une bonne gouvernance. Par conséquent, nous avons demandé à la direction de Diffusion Saguenay de prendre toutes les mesures pour qu’il n’y ait plus de telle situation », a déclaré Me Pierre Mazurette, qui vient tout juste de quitter la présidence du conseil d’administration de Diffusion Saguenay. 

Tous les employés seront rencontrés au cours des prochaines semaines pour que la direction puisse leur expliquer les grandes lignes de son nouveau code d’éthique. 

Me Mazurette précise que l’organisation a offert, à quatre reprises, à l’ex-comédien adulte qui a porté plainte contre Louis Wauthier d’intégrer le programme d’aide aux employés (PAE).

Dans le même communiqué, Louis Wauthier s’est excusé.

Diffusion Saguenay soutient le metteur en scène et croit qu’il faut tourner la page. 

« Nous pensons que même si M. Wauthier a erré dans une situation particulière, cela ne lui enlève pas son grand talent de metteur en scène », a conclu Me Mazurette.

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« JE N'AI PAS COURU APRÈS »

(Normand Boivin) - Le metteur en scène Louis Wauthier assume pleinement les gestes qui ont conduit à sa suspension sans solde pour un mois. Dans une entrevue exclusive qu’il tenait à accorder au Quotidien, il a admis avoir fait une erreur de jugement, mais il ne peut encore s’expliquer les raisons de la plainte dont il a fait l’objet.

Il ne blâme pas la personne qui l’a dénoncé, un comédien qui, au moment de leur liaison, avait atteint l’âge adulte depuis plusieurs années, mais lorsqu’on lui pose la question, il ne peut se prononcer sur les motifs qui ont guidé la plainte.

« Jamais au grand jamais je n’ai usé de mon autorité pour avoir des relations avec cette personne », dit-il, encore perturbé par cette histoire qui remonte à plusieurs mois. Et tout ce qu’il souhaite aujourd’hui, en s’ouvrant ainsi, c’est que tout le monde tourne la page pour laisser toute la place à la prochaine édition de La Fabuleuse, qui commence le 7 juillet.

« J’avais toujours une inquiétude », dit-il pour expliquer sa sortie et celle de Diffusion Saguenay, alors que le dossier est clos depuis février. Car depuis plusieurs semaines, les médias de la région, dont Le Quotidien, avaient eu vent de rumeurs. La Sécurité publique de Saguenay avait confirmé qu’il y avait eu enquête, mais aucun crime, et rien n’avait été publié.

« Me veut-on du mal ? Je suis une bonne personne, ajoute Louis Wauthier, et il fallait que ça cesse. » Il a donc préféré faire face à la musique et rendre publics les non-dits pour tourner la page, tout en sachant que les prochains jours seront éprouvants.

« Ce soir (mercredi), donnait-il comme exemple, je vais faire face à mes comédiens. »

Consentement

Louis Wauthier est associé à La Fabuleuse depuis sa création par Ghislain Bouchard pour le 150e de la région en 1988, puis a succédé à l’auteur pour en prendre la direction en 1995. « Je dirige La Fabuleuse depuis longtemps. Ai-je eu un écart ? Oui, j’ai eu un écart et je fais face à la situation, car il est important que cela ne se reproduise pas », a-t-il confessé au début de notre entretien.

M. Wauthier n’a que des contacts professionnels avec les comédiens, mais il s’est développé quelque chose avec l’un d’eux il y a plusieurs mois. Une courte relation a lié les deux adultes qui se sont vus à trois reprises dans l’intimité. « Je n’ai pas couru après. Ça s’est développé entre nous deux. Du moins, c’est ce que je pense. Si la personne a mal interprété ou s’est sentie obligée... Je suis énormément ébranlé, car ce n’est tellement pas moi ça. Forcer n’est pas dans ma nature. »

Nous lui avons demandé si la personne a pu dénoncer par esprit de vengeance ou à la suite d’une déception. Il ne peut répondre et de toute façon ne cherche pas d’autre coupable. Il répète qu’il n’aurait pas dû. Tout simplement. Et qu’il ne le refera plus jamais. C’est ainsi que ça fonctionne aujourd’hui, dès qu’intervient un ordre hiérarchique, une relation d’autorité.

D’ailleurs, le comédien a porté plainte en octobre, quelques mois après les faits, dans la vague #MeToo créée par l’affaire Weinstein à Hollywood.

Dès le départ, Louis Wauthier a offert sa pleine collaboration à la police (qui n’a pas trouvé d’acte criminel) et à Diffusion Saguenay, son employeur. Il a été suspendu avec solde le temps de l’enquête confiée par Diffusion Saguenay à une firme externe qui a duré deux mois. Le mois sans solde s’est ajouté par la suite pour bien marquer le coup.

M. Wauthier se dit tout à fait d’accord avec cette suspension, car ça rend le message plus clair pour lui et les autres. D’ailleurs, Diffusion Saguenay a changé ses règles de fonctionnement à la suite de cet événement. « L’équipe de production et les dirigeants de La Fabuleuse n’ont pas à être en contact avec les bénévoles en dehors du travail », explique Marie-Alice Simard, codirectrice par intérim de Diffusion Saguenay. Mais ça ne concerne pas les bénévoles eux-mêmes. « Ça serait beaucoup trop difficile à appliquer. On ne peut pas surveiller tout le monde », conclut Mme Simard.