L’orgue de Saint-Philippe revit à Larouche

« C’est le 20e orgue que je déménage et comme je suis rendu à 78 ans, ma femme ne veut plus que j’embarque dans des projets aussi gros. Ce sera donc mon dernier », lance avec entrain Luc Lessard. Il aime tellement ces instruments qu’on ne le croit qu’à moitié, mais si cette séquence remarquable prenait fin pour vrai, autant que ça se passe à Larouche où, pour la première fois depuis son inauguration en 1960, l’église Saint-Gérard Majella possède un orgue digne de ce nom.

Depuis l’ouverture de l’église Saint-Philippe d’Arvida, en 1964, c’est à cet endroit que résonnait l’instrument de marque Providence, pourvu de deux claviers, 21 jeux et plus de 1300 tuyaux faits de plomb et d’étain. Quand ce temple a été fermé au culte, comme ça arrive si souvent ces temps-ci, la fabrique a souhaité prolonger la vie de l’orgue en l’offrant à une autre communauté.

« J’ai proposé de l’installer à Larouche, où il n’y a jamais eu autre chose qu’un orgue électronique. Ça tombait bien, puisque les deux communautés sont membres de l’Unité paroissiale des Deux-Rives. L’affaire a été conclue et, au mois de juin, nous l’avons démonté à trois hommes, pendant une période de deux ou trois semaines. Puis est venu le déménagement réalisé grâce à la collaboration d’une dizaine de bénévoles », raconte Luc Lessard.

Du point de vue du Conseil de la Fabrique Saint-Gérard Majella, l’offre était d’autant plus intéressante que le déménagement s’est fait à coût nul. « Les frais ne dépasseront pas 5000 $, alors que la MRC du Fjord-du-Saguenay nous a accordé une aide de 2000 $, une somme à laquelle il faut ajouter 1000 $ provenant d’un donateur qui veut rester anonyme et 500 $ attribués par la municipalité », fait observer le marguillier Guy Lavoie.

Voici quelques-unes des personnes qui ont participé au déménagement de l’ancien orgue de la paroisse Saint-Philippe d’Arvida. Maintenant installé à l’église Saint-Gérard Majella de Larouche, cet instrument de marque Providence fait la fierté de Rénald Julien, marguillier, du facteur d’orgue Luc Lessard, de Guy Lavoie, marguillier, ainsi que du bénévole Réjean Gaudreault.

La différence sera comblée au moyen d’un concert-bénéfice tenu le 15 décembre à 14 h – le prix des billets a été établi à 10 $. La chorale de Saint-Gérard Majella et celle de l’église Saint-Dominique, à Jonquière, interpréteront des airs de Noël. Elles seront appuyées par Luc Lessard, qui assumera la fonction d’organiste. Au préalable, il accordera l’instrument une nouvelle fois, histoire de maximiser son potentiel expressif.

« En plus de s’en servir pendant la messe, on peut donner des concerts avec cet orgue qui a été fabriqué à Saint-Hyacinthe, où d’anciens employés de Casavant avaient fondé la compagnie Providence. Il est à l’aise dans le répertoire baroque et dans le classique, moins dans le romantique. En passant, c’est une élève du Jonquiérois François Brassard, Marie-Jeanne Tchernoff, de Chicoutimi, qui avait conçu le devis. C’est aussi elle qui a joué lors de l’inauguration », rapporte Luc Lessard.

Cette photographie permet d’apprécier la beauté de l’orgue Providence installé à l’église Saint-Gérard Majella de Larouche. On remarque une partie de ses 1300 tuyaux, le buffet en chêne et la boîte d’expression, la partie plus élevée, à droite, qui sert à calibrer le volume du son.

L’instrument a été placé dans le chœur de l’église, où il a fière allure avec sa forêt de tuyaux et son buffet en chêne. Seule la section qui se trouvait à gauche, à Saint-Philippe, celle qui abrite les tuyaux commandés à l’aide des pédales, a dû être déplacée vers l’arrière. On remarque également une structure plus élevée, à droite, ce qu’on appelle la boîte d’expression. Elle comporte des volets qui permettent de calibrer la puissance du son.

Pendant les travaux, l’autel a été déplacé, tout comme les chaises accueillant les fidèles. Ils retrouveront leur position originale dans quelques semaines. Le célébrant, tout comme les membres du chœur paroissial, se trouvera devant l’orgue, à la même hauteur que l’assistance. « Ça correspond au désir qu’avaient exprimé les choristes. Ils ne voulaient plus chanter sur une tribune », mentionne Guy Lavoie.

Il ajoute que la grande majorité des Larouchois s’est montrée favorable à l’acquisition du Providence, qui se marie bien à l’architecture moderne du bâtiment, une œuvre des architectes Évans Saint-Gelais et Fernand Tremblay. « Les gens l’ont trouvé beau », rapporte le marguillier. De son côté, Luc Lessard met en lumière la dimension symbolique de cette histoire, tellement en prise avec une époque où plein de choses qu’on croyait immuables traversent une phase de transition. « Le déménagement de cet instrument, c’est à la fois un deuil et une naissance », philosophe-t-il.

Cette image permet d’apprécier les qualités architecturales de l’église Saint-Gérard Majella de Larouche, pour laquelle on a craint le pire, mercredi dernier.

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MOMENT DE TENSION À L'ÉGLISE

Pendant quelques heures, le 16 octobre, on a craint que l’orgue Providence de l’église Saint-Gérard Majella termine sa carrière prématurément. Il était déjà installé dans le chœur, attendant de faire l’objet des derniers ajustements avant qu’on puisse l’utiliser pendant la messe dominicale, lorsque le bâtiment a été envahi par une intense fumée noire.

Avisé vers 7 h du matin, le marguillier Guy Lavoie a été impressionné par la scène qui se déployait sous ses yeux. Une forte odeur d’huile lui montait au nez, ce qui a permis de cerner l’origine du sinistre. 

« Le feu a pris dans la bouilloire à l’huile. La fumée a abouti dans la prise d’air avant de pénétrer à l’intérieur de l’église », a-t-il décrit, lors d’une entrevue accordée au Quotidien.

Un jour plus tard, l’alerte était passée, mais les traces de l’événement étaient faciles à percevoir. Une odeur âcre persistait dans le bâtiment, dont les murs faits de crépi n’affichaient plus un blanc immaculé. Les sections basses étaient plus foncées, tout comme le rideau blanc qui se déploie derrière le chœur, tout près de l’instrument de musique installé récemment.

« On dirait de l’ombrage, mais c’est de la boucane. Il va falloir nettoyer », affirme Guy Lavoie. Il réalise que ce scénario est relativement doux, vu les circonstances. On aurait pu perdre l’orgue, dont la valeur est estimée à 250 000 $ par Luc Lessard, celui qui lui a donné une seconde vie. Pire encore, l’église à l’architecture si originale qu’elle a figuré dans le magazine Time, peu de temps après son inauguration, en 1960, aurait pu disparaître corps et biens.

Ça aurait été d’autant plus choquant que cette structure aux formes élancées, jugée exceptionnelle à l’échelle de la région, selon le Conseil du patrimoine religieux du Québec, est en bon état. « Il faut surveiller la toiture, mais c’est tout », confirme Réjean Gaudreault, l’un des bénévoles ayant participé au déménagement de l’ancien orgue de la paroisse Saint-Philippe d’Arvida.