François Desgagné réside dans un appartement du centre-ville de Londres.
François Desgagné réside dans un appartement du centre-ville de Londres.

Londres est sur pause

Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Détecté dans la ville de Wuhan en Chine, le nouveau coronavirus a rapidement fait son chemin jusqu’aux quatre coins de la planète. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé l’état pandémique de l’éclosion de COVID-19 le 11 mars dernier. Le Quotidien s’est entretenu avec des Saguenéens et Jeannois d’origine, expatriés un peu partout sur la planète, afin de découvrir leur réalité alors que les mesures et les consignes en lien avec la maladie à coronavirus varient d’un pays à l’autre. Quatrième arrêt : Londres.

La vie londonienne de François Desgagné diffère en peu de chose, au temps de la COVID-19, de celle de sa famille établie au Saguenay. Celui qui vit à Londres depuis un peu plus d’un an travaille de la maison depuis un mois, soit bien avant que le gouvernement le recommande. Il assure que toutes les précautions sont prises afin d’éviter de contracter la COVID-19.

Lui et son conjoint ont dû mettre fin abruptement, il y a quelques semaines, à un voyage en Irlande alors que la pandémie gagnait de plus en plus de terrain. Depuis, la vie se déroule en grande majorité dans leur appartement du centre-ville de Londres. Vivant dans un secteur peuplé et dans un immeuble de 27 étages, ils redoublent de prudence face au virus.

Le couple est en mode télétravail et les sorties quotidiennes sont encore permises afin d’y pratiquer une activité physique. Les parcs de Londres sont toujours ouverts. Toutefois, la surveillance policière est omniprésente et seules les personnes en mouvement y sont tolérées.

La crise de la COVID-19 a changé le paysage de la ville de Londres.

Les contacts avec les amis et la famille se font grâce aux réseaux sociaux et aux appels téléphoniques. Heureusement, ce ne sont pas les temps libres qui manquent pendant cette période.

Le Saguenéen d’origine avoue avoir traversé une courte période d’adaptation face à cette nouvelle réalité. Il a entre autres vécu une certaine incertitude quant à ses achats en épicerie. Le fait de vivre au centre-ville de la plus grande ville d’Angleterre ne permet pas des emplettes hebdomadaires ou bimensuelles dans des supermarchés, comme c’est le cas au Québec. M. Desgagné a l’habitude de faire des achats dans de petits commerces, et ce, quelques fois par semaine.

Sans grande surprise, la COVID-19 a causé de nombreuses surcharges et ralentissements des différents sites de commerce en ligne. François Desgagné s’est même retrouvé, un certain matin, à être la 200 000e personne en file d’attente pour faire ses emplettes virtuelles.

L’homme âge de 40 ans avoue que le stress vécu n’est pas en lien avec la situation, mais plutôt pour ses proches. « Il ne peut pas vraiment nous arriver quelque chose, alors le stress est tourné vers ma famille. Je pense à ma grand-mère qui ne peut recevoir de visite. À mes parents qui ne peuvent être en contact avec le reste de la famille », explique-t-il.

Pas de retour au Québec

Le fait de vivre la crise de la COVID-19 sur un autre continent ne change en rien les plans du couple qui n’a pas l’intention de rentrer au Québec le temps que la situation se calme.

« En aucun moment, on ne s’est demandé si on revenait. Nous ne sommes pas dans un pays en danger. Nous ne sommes pas malheureux, nous sommes en santé. Nous poursuivons le travail à distance », fait-il valoir.

François Desgagné avoue que l’acclimatation à leur nouvelle vie y est pour beaucoup.

« On a un cercle d’amis plus grand, on a développé des relations plus profondes. On se sent chez nous depuis le printemps dernier. Je ne suis pas certain que j’aurais la même réaction si nous étions arrivés en janvier de cette année », conclut-il.

François Desgagné s’attend à une vie différente au terme de cette crise. Selon lui, Londres pourrait avoir des allures de novembre, un moment de l’année où les touristes sont moins présents.

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LE RÊVE DE VIVRE À L'EUROPÉENNE

C’est une opportunité professionnelle pour son conjoint, qui oeuvre en finance, qui a amené François Desgagné a mettre le cap vers Londres en janvier 2019. En choisissant de s’expatrier, le couple qui résidait à Saguenay ne mettait pas le pied dans l’inconnu puisqu’il avait déjà l’habitude de voyager en Europe deux fois par année.

« C’était un rêve d’essayer la vie en Europe. C’est un rêve que nous avions depuis dix ans. Ce n’est pas évident de penser à un tel changement, surtout quand on habite en région », témoigne celui qui a toujours résidé à Chicoutimi, sauf pour terminer ses études.

La collaboration de son employeur lui a permis de faciliter la transition. Ainsi, les deux hommes se sont rapidement retrouvés avec un bon emploi à Londres, une situation qui n’est pas commune pour tous les couples d’expatriés.

Le visa du conjoint de celui qui est directeur en gestion informatique leur permet de rester à Londres pour une période de trois ans. Une prolongation du visa pourrait leur permettre d’y vivre deux années supplémentaires.  

Même s’il reste au minimum un peu moins de deux ans à leur aventure en Europe, la COVID-19 met un frein au rêve du couple qui a soif de tout voir, de tout entendre et de tout visiter. François Desgagné mentionne qu’ils ont l’habitude chaque semaine d’assister à différents événements en plus d’effectuer presque chaque mois une visite dans un autre pays européen.

« C’est ce qui rend la situation actuelle un peu triste. Ça ne nous permet pas de profiter au maximum de la vie en Europe. On y perd beaucoup de bénéfices. C’est un peu notre bonheur égoïste », explique celui qui est tout de même conscient de son privilège face à la crise.