Des biologistes du ministère des Forêts, de la faune et des Parcs ont capturé des brochets dans le lac Otis dans le cadre de pêches expérimentales, mardi et mercredi.

L’omble de fontaine du lac Otis menacé par le brochet

La biologiste du bureau régional du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Amélie Bérubé, confirme la capture de brochets par des techniciens de la faune dans le lac Otis, à Saint-Félix d’Otis, mercredi.

« La présence de brochets dans le lac Otis est maintenant documentée scientifiquement. Une équipe de techniciens de la faune du ministère s’est rendue sur le plan d’eau, mardi matin, dès que nous avons entendu parler d’une capture », a indiqué Amélie Bérubé, lors d’une entrevue.

Le Quotidien avait rapporté la présence de brochets sur son site Internet dans la journée de samedi. L’histoire a piqué la curiosité des biologistes du ministère, qui se sont rendus sur le lac pour valider l’information. « Une chose est certaine, c’est que ces brochets ne se sont pas retrouvés naturellement dans ce plan d’eau. Il ne fait pas de doute qu’ils ont été introduits par une action humaine. On ignore cependant où et comment ils ont été introduits », certifie la spécialiste du ministère.

Première preuve scientifique

« Ça fait plusieurs années que nous avons des mentions sur la présence de brochets dans ce lac, mais nous n’avions aucune preuve. Les mentions faites dans les années 80 étaient à ce point crédibles que nous avons réalisé en 1989 des pêches expérimentales au filet maillant dans plusieurs secteurs du lac, mais les techniciens de la faune n’avaient rien capturé à cette époque malgré un effort de pêche important », explique la biologiste.

« Nous avons aussi fait des pêches expérimentales en 2011 dans le lac Otis, mais c’était pour évaluer la population d’ombles chevaliers. Nous n’avions pas capturé de brochet à cette occasion, mais les deux poissons ne fréquentent pas le même habitat », précise-t-elle.

La biologiste indique que les spécimens capturés seront analysés. « Nous allons consulter les spécialistes de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) pour voir s’il y a possibilité d’étudier les otolithes pour trouver des informations sur la croissance des brochets », fait savoir celle qui s’inquiète aussi de la présence de ce piscivore dans ce lac.

« La présence de brochets peut certes être une menace pour les populations d’ombles de fontaine, et ça pourrait avoir un impact réel sur la qualité de pêche, car on ne connaît pas de lac où il y a une cohabitation brochet-omble de fontaine. Les deux poissons partagent le même habitat, et le brochet finit par dominer », précise-t-elle.

« Pour ce qui est de la cohabitation omble chevalier et brochet, nous sommes en recherche d’informations, mais nous n’avons pas beaucoup de données à ce sujet. Il y a seulement 300 lacs d’ombles chevaliers au Québec. On sait que l’omble chevalier préfère les eaux froides en profondeur et ne fréquente pas le littoral, comme le brochet et l’omble de fontaine. On sait cependant que la cohabitation touladis-brochet existe. Nous allons surveiller l’évolution de la présence du brochet dans le lac Otis », avance la biologiste.

Pour ce qui est du bassin versant, la spécialiste dit qu’il n’a pas lieu de s’inquiéter. « Il pourrait y avoir des migrations dans le lac Goth, mais il n’y a pas de risque pour les autres lacs environnants. La plus grande menace vient de la proximité de ce lac avec d’autres plans d’eau dans le secteur. Ça devient facile pour des pêcheurs inconscients de capturer un brochet et de l’introduire dans un autre lac », dit-elle.

« Il faut rappeler aux gens que les poissons se sont adaptés à leur milieu de vie depuis 10 000 ans et que l’introduction d’une autre espèce dans un plan d’eau pourrait modifier considérablement les dynamiques des populations », fait valoir Amélie Bérubé, qui implore les adeptes à ne pas introduire de poisson dans un lac.